Homélies de Mgr Touvet

Chers amis, chers frères et sœurs,
Cette célébration des saints Apôtres Pierre et Paul nous rassemble avant la dispersion des vacances d’été. Nous venons de vivre la phase consultative du synode des évêques, d’abord diocésaine puis nationale. Certains groupes de chrétiens et certains médias ont tenté d’agiter l’opinion catholique chacun à leur façon. Ainsi pour les uns, ce sont encore les évêques qui auraient décidé tout seuls et les consultations ne serviraient à rien dans cette Église qui refuse la démocratie. Pour les autres, les évêques de France auraient transmis au Saint-Siège des propositions absolument révolutionnaires. Pour les uns, il existerait une opposition frontale entre le clergé et les fidèles. Pour les autres, un rapport de force entre les évêques et le pape, celui-ci étant acharné contre l’Église de France…
Nous sommes bien loin de l’Évangile avec tout cela ! Et bien loin aussi de la synodalité. L’Église ne fonctionne pas sous l’influence de groupes de pression, mais sous l’action de l’Esprit-Saint. C’est la question que nous devons nous poser : avons-nous écouté le Saint-Esprit ? Nous sommes-nous vraiment écoutés les uns les autres pour chercher ensemble à répondre à l’appel du Seigneur ? Il est bon de le rappeler : la synodalité est le « modus vivendi et operandi » (manière de vivre et mode opératoire) de l’Église car tous les baptisés partagent la même dignité et portent donc ensemble la responsabilité de la vie de l’Église, tout en ayant des fonctions différentes. Nous devons développer ces lieux de rencontre et de fraternité et apprendre ce qu’est vraiment la synodalité. Elle s’articule sur la collégialité des évêques, successeurs des Apôtres, qui portent non seulement chacun la charge pastorale d’un diocèse, mais aussi ensemble celle de toute l’Église catholique. Parfois, n’est-ce pas, ils sont appelés au secours pour une mission supplémentaire !… Les évêques sont appelés à discerner dans l’Esprit ce qui est bon pour le peuple de Dieu et la Mission. En communion avec l’évêque de Rome, et dans l’obéissance envers lui, ils reconnaissent sa primauté et agissent dans la ligne qu’il définit. Synodalité-collégialité-primauté. Voilà la règle d’or pour la vie de l’Église.
Une autre façon de considérer cette participation de tous à des degrés divers, c’est de prendre en compte et d’intégrer l’articulation entre la dimension hiérarchique et la dimension charismatique. Saint Pierre et saint Paul, fêtés en même temps aujourd’hui, nous disent cela. « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Pierre nous rappelle la nécessité d’enraciner et d’appuyer la vie de nos communautés sur le dépôt de la foi, sur la succession apostolique, sur l’enseignement du Magistère de l’Église, sur la tradition liturgique. Pas de self-service ni d’options, mais un socle d’unité et de communion indispensable pour demeurer le corps du Christ. Nous savons ce que les divisions ont produit dans l’histoire de l’Église et comment elles affectent parfois nos communautés. Paul, lui, est devenu l’apôtre des païens alors qu’il persécutait l’Église de Dieu : le Seigneur « m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. » Il nous donne l’élan de la mission dans le souffle de l’Esprit et avec une vraie liberté pleine de joie. La Congrégation pour la doctrine de la foi écrivait en 2016 : « Pierre et Paul donnent aux charismatiques des instructions sur la façon d’exercer les charismes. Leur attitude est d’abord celle d’un accueil favorable ; ils sont convaincus de l’origine divine des charismes ; toutefois, ils ne les considèrent pas comme des dons qui pourraient se soustraire à l’obéissance envers la hiérarchie ecclésiale ou qui auraient droit de s’exercer de manière autonome ». Toute communauté doit nécessairement vivre de la dimension hiérarchique de l’Église et de sa composante charismatique. P as l’une sans l’autre, et pas l’autre sans l’une. Ainsi je le redis, notre mission ne consiste pas à faire tourner une institution de façon figée, ni à s’affranchir des règles communes pour laisser trop de place à l’improvisation. Nul ne peut prétendre agir sous l’inspiration de l’Esprit-Saint sans être attaché à l’institution qui veille à la fidélité due à l’Évangile du Seigneur. Et l’institution ne doit pas brider ou tuer dans l’œuf les initiatives spontanées, mais les accueillir et les accompagner en exerçant une vraie vigilance. Je cite encore le texte de la CDF en 2016 : « Le même Esprit donne à la hiérarchie de l’Église la capacité de discerner les charismes authentiques, de les accueillir avec joie et gratitude, de les promouvoir avec générosité, de les accompagner et d’exercer sur elles une vigilante paternité. »
Le dernier événement qui touche l’Église de France frappe aussi de très près notre diocèse. Le constat qui a conduit le Cardinal De Kesel à prononcer la dissolution de la communauté du Verbe de Vie est justement celui-là : d’un côté manque de vigilance de la part de l’Église, et tout particulièrement des évêques, qui a laissé place, pendant les 25 premières années, à des dérives inadmissibles dans l’exercice du gouvernement de la communauté ; et de l’autre, une spiritualisation excessive faisant perdre le sens du réel et générant toutes sortes d’abus de pouvoir et d’asservissement. Ce que vivent nos frères et sœurs du Verbe de Vie doit nous conduire tous à examiner comment nous laissons à Pierre et à Paul, à Paul et à Pierre, un peu de place en nous, toute leur place en nous. En effet nous ne sommes pas là au service de nous-mêmes, de nos idées personnelles, de nos caprices ou de nos fantasmes. Mais tous, baptisés, confirmés, ordonnés, mariés, consacrés, nous sommes appelés à accueillir ce que l’Église nous enseigne et nous donne, et aussi à laisser jaillir les dons de l’Esprit dans nos paroles et nos actions pour que nous puissions toucher les cœurs et conduire vers Jésus.
Ce soir nous rendons grâce pour l’engagement de chacun dans la vie de l’Église. Je veux vous remercier tous pour votre fidélité à suivre le Christ et à témoigner de son amour, et aussi pour votre implication dans la vie de l’Église de Châlons. Je veux aussi devant vous et avec vous remercier vivement les prêtres, les diacres, les consacrés qui rendent présent le Seigneur Jésus prêtre, pasteur et serviteur et témoignent, par le don d’eux-mêmes, de cet amour sans mesure qui vient du Seigneur et comble nos cœurs. Je souhaite d’une façon toute particulière exprimer aussi notre reconnaissance aux prêtres aux laïcs qui cessent leur mission. Enfin, je souhaite redire à nos frères et sœurs du VdV que nous ne les regardons pas de travers, qu’ils sont nos amis très chers, et que l’abbaye d’Andecy a été une belle « oasis » pour beaucoup, même si nous ne mesurions pas la souffrance des uns et des autres dans le fonctionnement interne de la communauté. Nous leur adressons toute notre amitié, notre soutien, nos encouragements et l’assurance de notre prière.
Par l’intercession des saints Apôtres Pierre et Paul, puisse notre Église diocésaine être toujours plus enracinée dans la Tradition vivante de l’Église, accentuer sa communion avec le successeur de Pierre, et déployer généreusement un élan missionnaire rempli de l’audace et de l’ardeur de Paul.
Amen.
 
Nous voici rassemblés dans notre belle cathédrale de Châlons… Nos coeurs sont habités par l’émotion, l’affection, la joie, le désir de Dieu…
Vous vous présentez : baptisés de Pâques ou recommençants…
J’ai été très touché par vos lettres très belles et émouvantes… certains me parlent de leur rencontre avec Jésus grâce à des témoins authentiques ou des temps de prière ; d’autres me disent que ce sont leurs enfants qui les ont guidés jusque là ; d’autres évoquent une épreuve vivifiante qui a permis un retour à Dieu, à la foi, à la prière .. une vraie conversion
Je vous propose de nous immerger dans l’événement de la Pentecôte, de relire le récit comme si nous y étions, de nous mettre à la place des apôtres : Pierre et les autres … ils avaient tout quitté pour suivre Jésus, ils sont été témoins de son enseignement et de ses guérisons, et voilà que Jésus est mort. Pire encore, le tombeau est vide ! Tout s’écroule pour eux. Pourtant Jésus se montre à eux : il est vivant. Ils en parlent et se sentent donc menacés. Les voilà dans la peur qu’il ne leur arrive la même chose qu’à Jésus.
La peur, l’enfermement … le vent… la foule qui entend les merveilles de Dieu … les langues de feu, signe de l’action de Dieu qui embrase les cœurs de façon irrésistible…
C’est toujours le mystère de Pâques : mort et résurrection : Jésus passe des ténèbres et du silence du tombeau à la lumière de la vie !
Les Apôtres quittent leur enfermement et parlent ouvertement
Un véritable renouveau vécu dans le baptême : se dépouiller de l’homme ancien et revêtir l’homme nouveau, entrer dans une Vie nouvelle, ne plus vivre selon la chair et l’esprit de ce monde, mais selon l’Esprit de Dieu qui porte les fruits suivants : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi »(Galates chap 5)
Eh bien nous y sommes aujourd’hui : la Pentecôte n’est pas un événement du passé, mais une réalité pour nous aujourd’hui.
Les apôtres continuent de prêcher aujourd’hui par leurs successeurs, les évêques. Et les évêques le font avec tous les fidèles baptisés confirmés, disciples missionnaires. Je compte sur vous !
L’Evangile n’est pas condamné à rester dans des cercles fermés de gens qui tournent en rond, l’Eglise ne doit pas restée centrée sur elle-même ouverte, elle n’est pas une institution à faire tourner mais un peuple qui annonce l’Évangile.
Il nous faut sortir de la peur et de l’enfermement. Ne nous laissons pas imposer un discours abusif sur laicité : l’Etat est neutre, soit, mais nous sommes libres de témoigner et de parler de Dieu, et cette liberté nous est garantie par l’Etat.
Je vous lance un défi :
Trouver le langage des gens d’aujourd’hui pour les rejoindre : ceux qui n’ont pas de tradition chrétienne forte , d’autres qui font appel à l’Église de temps en temps .. ou pas du tout, et ceux qui rejettent toute idée de Dieu, et les religions dans leur ensemble
Pour les uns : le langage du témoignage spontané et vocationnel, dites-leur ce que vous m’avez écrit !
pour d’autres : langage de la Bible : lire et connaître pour citer des paroles de Jésus et des versets de psaume
pour d’autres encore : le langage de la charité, fraternité et solidarité, en se retroussant les manches pour servir
D’autres : le langage numérique : témoignage sur les réseaux où sont les autres qui ne croient pas …
Ou encore : le langage de la prière et de la louange, la liturgie de l’Eglise
Je vous appelle : vous n’allez pas repartir comme ça … engagez-vous comme « disciples missionnaires », comme « prophètes de l’espérance », je compte sur vous pour participer à des missions ponctuelles dans les écoles et les paroisses, je compte sur vous dans les services caritatifs, faites un pèlerinage comme celui que je conduirai à Rome en septembre, peut-être participerez-vous au Conseil diocésain de pastorale, retrouvez 4-5 chrétiens dans une Fraternité de proximité, je compte sur vous pour vivre la Messe dominicale car elle est vitale.
Chers amis, Chers frères et sœurs,
Ce n’est pas une fiction, « ce n’est pas du cinéma » – dirait-on couramment, la guerre gronde aux confins de l’Europe depuis 3 mois. Le président ukrainien, champion de la communication, a réussi à participer à l’ouverture de ce festival. Ça fait son effet. Tous admirent son courage. Mais nous assistons impuissants à ce triste spectacle : destruction et siège, violence des séparations familiales, tortures et tueries. Nous voyons sur nos écrans ces populations en détresse, ces cadavres. Nous regardons les larmes, nous entendons les cris… C’est la dure réalité de l’humanité en souffrance et en danger. Dans le langage militaire, on parle d’un « théâtre d’opérations ». Mais nous n’avons pas envie d’applaudir. Nous préférerions utiliser nos mains pour accueillir et soigner, pour donner à manger et consoler. D’aucuns le font déjà. Et toute personne de bonne volonté devrait laisser parler son cœur et se donner dans l’action. « Heureux les artisans de paix », nous dit Jésus dans l’Évangile des Béatitudes. En effet, la guerre ne résout jamais rien, mais dans un cercle vicieux, elle ajoute de la violence à la violence. Notre vocation chrétienne se trouve provoquée par les évènements de cette actualité nouvelle qui vient perturber le formidable équilibre trouvé par nos grands-parents après la 2è guerre mondiale. La volonté humaine avait alors rejoint le désir de Dieu, selon lequel l’humanité est appelée à vivre dans la communion et la paix, dans son amour infini et éternel. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui, et chez lui, nous ferons une demeure ». Cette parole de Jésus entendue aujourd’hui dans l’Évangile selon saint Jean nous invite à un sursaut dans notre existence quotidienne. Oui un vrai sursaut !
Pourquoi tant de distance entre le plan de Dieu et l’action des hommes, même de ceux qui prétendent aimer Dieu ? Pourquoi dans nos vies si ordinaires ne laissons-nous pas assez de place à l’extraordinaire de Dieu ? Pourquoi tant de mesquineries, de violence, de mensonge ? Pourquoi tant de portes fermées à l’amour de Dieu : « nous viendrons chez lui » dit Jésus, encore faudrait-il que la maison soit ouverte… Le temps pascal nous offre la lumière de la résurrection. Voilà l’extraordinaire de Dieu ! Il a vaincu la mort ! Jésus s’est relevé de son tombeau ! Il nous offre ainsi sa toute-puissance d’amour et de miséricorde. Il nous invite à vivre comme lui et avec lui. Nous qui sommes baptisés, c’est bien la grâce que nous avons reçue : nous sommes déjà ressuscités avec Jésus. Mais alors, pourquoi tant de portes fermées et tant de violence ? Pourquoi un tel vide entre l’appel de Dieu et la réponse des hommes ? Car enfin… il semble bien que nous voulions la même chose. Je veux mon bonheur et le bonheur des miens. Dieu veut aussi mon bonheur et le bonheur de tous, n’est-ce pas ? Oui, bien sûr, mais Dieu n’est pas une fée carabosse ! Il ne nous sauve pas sans nous, il ne nous force pas à le suivre ; sa toute-puissance est de l’ordre de l’amour et de l’invitation à l’amour. Il n’intervient pas comme un chef de guerre, mais avec la douceur et la non-violence du dernier, du plus fragile, en aimant, en donnant sa vie sur la croix. Par sa mort et sa résurrection, la mort est morte. Jésus a anéanti tout ce qui détruit l’humanité. Et il poursuit cette œuvre de salut en nous donnant son Esprit-Saint. Revêtus de cette Force venue d’en-haut, nous sommes appelés à travailler avec lui au salut du monde. Il compte sur nous pour déployer son amour dans le monde et aller frapper aux portes des cœurs et inviter à ouvrir à Celui qui donne la Vie éternelle.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », nous dit Jésus. N’est-ce pas ce que nous recherchons tous, depuis la banalité quotidienne qui nous assourdit de bruit, d’agitation et nous étourdit par des artifices en tous genres, jusqu’à la fine pointe de nous-mêmes, lorsque nous luttons avec nos peurs cachées, avec nos angoisses existentielles et nos questions spirituelles, et enfin jusqu’aux drames qui agitent notre humanité ? Jésus ressuscité, déployant la force de Son Esprit, nous laisse la paix et nous donne Sa paix. Mais Il nous dit : « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne ! » (Jn 14, 27). La paix à la manière du monde, c’est la paix des murs qui séparent. Surtout ne pas être dérangé … ! Surtout chacun chez soi, chacun pour soi ! Mais ce n’est pas la manière de Dieu pour déployer l’œuvre de son Esprit-Saint, dont les fruits sont « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22). Sa manière à lui, c’est la paix qui se nourrit des richesses et de la pauvreté de l’autre, qui invite au partage et à la rencontre. C’est le service respectueux, l’ouverture d’esprit, le dialogue, le pardon.
Quand le monde laisse éclater le bruit des bombes, fait hurler de peur, et génère tension et haine, Dieu nous invite à la conquête et à la construction d’une paix bien plus fondamentale : celle des ponts et non celle des murs. Il nous donne même les pierres de construction. Mais au lieu de faire des ponts, on élève des murs protecteurs autour de nos fragiles personnes. Ainsi donc, au lieu de crier vers le ciel pour que le Dieu tout puissant fasse quelque chose, retroussons les manches et mettons-nous à l’ouvrage, comme l’ont fait Paul et Barnabé lors du concile de Jérusalem en l’an 49. Ils veulent apporter la paix au milieu des tensions entre chrétiens issus du judaïsme et ceux issus du paganisme : ils décident de ne pas imposer à ces derniers les prescriptions observées par les juifs, comme la circoncision. Et pour bien montrer que c’est le désir de Dieu, ils disent cette formule absolument remarquable : « l’Esprit-Saint et nous avons décidé ». Ouvrons donc la porte de notre cœur à l’Esprit-Saint qui nous « enseignera tout » et nous fera souvenir de tout ce que Jésus nous a dit. (cf Jn 14)
Contemplons ensemble « la Ville sainte, la Jérusalem céleste ». C’est une image qui nous parle de l’Église, et même du Royaume à venir. Cette cité est ouverte sur l’extérieur pour accueillir toute l’humanité : les douze portes à chacun des quatre points cardinaux évoquent cet appel universel à la paix et l’amour, tout comme les noms des douze tribus d’Israël. Une lumière éclaire cette ville : ni le soleil ni la lune, ni les projecteurs de Cannes, mais l’Agneau, Jésus, Messie humilié et Roi de gloire. Laissons-nous inspirer, laissons l’Esprit de Dieu écrire et mettre en scène avec nous, par nos actions et nos engagements de chrétiens, le plan d’amour de Dieu. À nous de bâtir cette ville à la manière de Dieu. Amen.
Chers amis, Chers frères et sœurs,
Le magnifique élan donné au pèlerinage diocésain par mon prédécesseur s’est trouvé quelque peu brisé par le coup de frein de la pandémie. A cette époque en 2020, nous nous sommes contentés – ou pas d’ailleurs – de témoignages et prières sur les réseaux sociaux, enfermés que nous étions. Une fois le confinement un peu desserré, nous avons éprouvé une vraie joie à nous rassembler deux dimanches sur un parking pour la messe en voiture. On en a parlé dans le monde entier. Puis en octobre, nous avions vécu le pèlerinage en sens inverse, d’ici à la cathédrale. C’est là que je vous ai présenté le projet missionnaire « Prophètes de l’espérance ». L’an dernier, c’était à nouveau compliqué. Les rassemblements n’étaient pas autorisés. Nous étions une petite poignée à nous retrouver pour faire la marche, et le pèlerinage diocésain était reporté au 15 août. Grande joie d’accueillir ce jour-là les Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre. Cette fois, nous y voilà : pèlerinage diocésain !
Comme beaucoup autour de nous, nous n’avons pas été épargnés par la tristesse et l’angoisse, ni par la maladie pour certains, même plusieurs fois, ni par des formes de révolte ou d’agacement contre les contraintes dont la pertinence pouvait nous échapper. La période a été rude. Nombreux sont ceux qui restent très marqués, inquiets.
Le temps pascal nous offre de célébrer notre renaissance dans le Christ ressuscité. Nous sommes là au cœur de notre foi. Dépositaires d’une parole de salut, nous avons le devoir de la proclamer. C’est le kérygme : « Jésus, le Christ, Dieu fait homme, est mort pour nous. Par sa résurrection il nous a donné la vie éternelle ! ». Si l’actualité dévoile les horreurs de la guerre, mais aussi l’aggravation de la situation climatique, et encore les violences sociales ou intrafamiliales, l’inquiétude face au coût de la vie, les drames engendrés par les trafics de drogue, les fausses nouvelles, et tant d’autres souffrances…, nous annonçons le Christ Sauveur venu libérer son peuple et toute l’humanité de l’esclavage spirituel du péché et de la mort. Les discours humains ne peuvent combler notre soif de vérité et de justice. C’est la Parole de Dieu qui éclaire chacun de nos pas et nous ouvre le chemin de l’espérance. Par sa résurrection au matin de Pâques, le Seigneur Jésus est vainqueur de la mort et de toutes les œuvres de mort une fois pour toutes. La grâce du Baptême est de participer déjà à cette victoire, même s’il faut poursuivre le combat de l’espérance. Et cette grâce est source d’une immense joie. Aujourd’hui – c’est le thème de notre pèlerinage – nous voulons « redécouvrir la joie ».
Dans l’Apocalypse, nous avons entendu la voix de l’Ancien qui dit : « voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. » C’est la foule de tous ceux qui font le choix de suivre le Christ, leur Pasteur éternel ; la foule de toux ceux qui témoignent, souvent contre vents et marées et qui restent fidèles ; la foule de ceux qui sont sauvés du mal, du péché, de la mort. L’Ancien le dit : « Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera […] Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ». Cette proclamation rejoint la parole de Jésus entendue dans l’Évangile : « je leur donne la vie éternelle, jamais elles ne périront ». C’est ce formidable message, ces quelques mots transmis de génération en génération, cette promesse retentissante et resplendissante qui éclaire notre vie, notre route, et la vie de notre Église.
Dans le récit des Actes des Apôtres, nous percevons l’opposition entre d’une part la dureté et la tristesse des juifs qui, pourtant ont reçu la promesse de Yahvé, la Loi et la Terre, et d’autre part la joie des païens qui accueillent la Parole de Dieu, deviennent croyants. Ce contraste existe toujours aujourd’hui : on peut observer la fatigue, la lassitude, la dépression des chrétiens de longue date qui ont tout reçu et qui pourtant, selon les mots du Pape François, ont « un visage de Carême sans Pâques ». On voit aussi les colères et les rigidités, les jalousies et les chasses gardées qui provoquent des tensions et des blessures. Et nous observons la joie et l’enthousiasme des jeunes croyants qui disent leur foi avec simplicité, qui prient et chantent le Seigneur sans complexe, qui n’hésitent pas à se lancer dans l’annonce explicite. Il nous faut redécouvrir la joie chrétienne. Il n’y a pas que le covid qui nous a blessé ou anéantis. Il y a aussi la routine, l’anesthésie ambiante, le décompte statistique, l’esprit de concurrence, la peur du changement. Je le dis et je le répète : si nous nous obstinons à reproduire ce qu’on a toujours fait, nous allons creuser notre tombe. Si nous acceptons de nous convertir personnellement et communautairement, si nous vivons la rencontre avec le Christ, alors nous connaitrons la joie. Que chacun relise les premiers paragraphes de cette magnifique exhortation du Pape François « la joie de l’Évangile ».
Sans me prendre pour le Bon Pasteur, car il n’y en a qu’un, le Christ Seigneur, je souhaite répéter ici devant vous les paroles de Jésus avec toute la force de mon cœur épiscopal : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ». Oui, aujourd’hui, je parle aux brebis du troupeau qui m’a été confié : Je ne vous conduis pas en mercenaire, en faux berger – que Dieu me pardonne mes faiblesses – mais je donne ma vie pour vous, je cherche à vous connaître, à vous accompagner, je vous aime, je suis prêt à tout pour vous. C’est à vous que je dis cela, frères et sœurs. Sans prétention ni vanité, bien humblement en vérité.
Je vous le dis, redécouvrons la joie d’être chrétiens, baptisés, disciples de Jésus. Nous ne sommes pas les tenants d’une idéologie mais de la vérité de Dieu ; notre vocation n’est pas terrestre mais céleste ; nos valeurs ne sont pas humanistes mais divines ; notre lumière ne dépend pas des éoliennes mais du feu du cœur de Dieu. Redécouvrir la joie d’être baptisés, c’est vivre la rencontre avec Jésus, c’est mesurer combien l’amour du Seigneur est grand, c’est rendre grâce et laisser jaillir notre louange, sourire, tendre la main. Redécouvrir la joie dans nos communautés, dans nos familles humaines toutes générations réunies, c’est vivre la fraternité, admirer les qualités de l’autre, chanter ensemble, servir les plus pauvres, ouvrir nos portes, se pardonner les uns aux autres.
Je vous le dis aussi, redécouvrons la joie d’être confirmés, remplis de l’Esprit-Saint de Dieu, la Force venue d’en-haut. Nous sommes appelés à être des disciples missionnaires. Oui, missionnaires ! En paroles et en actes. Chacun aura sa façon d’être missionnaire : témoignage, parole, entraide, hospitalité, service, engagement civil ou professionnel. Mais au final, l’annonce doit être explicite. Nous n’avons rien à cacher : si nous servons, si nous rendons visite, si nous accueillons, si nous donnons à manger, c’est bien au nom de Jésus. Si nous prêchons, si nous contons la Bible, si nous témoignons, c’est toujours pour laisser résonner des paroles comme celle du psaume : « Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau. Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour, sa fidélité demeure d’âge en âge. » Redécouvrir la joie d’être confirmés, c’est nous laisser modeler et conduire par le souffle de l’Esprit, c’est sortir, aller, pour dire, chanter, proclamer, crier le nom de Jésus.
Je vous le dis enfin, à vous, diacres et prêtres, redécouvrons la joie d’être ordonnés. L’usure peut nous toucher et nous démolir insidieusement. Chaque année, nous renouvelons nos engagements devant l’évêque, mais le contexte difficile d’aujourd’hui nous fatigue, les critiques nombreuses dont nous faisons l’objet, y compris et surtout en interne, nous blessent. Le petit nombre nous décourage. Pourtant, les épreuves du temps présent ne retirent rien à la joie d’agir au nom du Seigneur en nous donnant tout entiers au service de nos frères et sœurs baptisés. Nous ne sommes pas des fonctionnaires du culte enfermés dans nos bureaux, nous ne travaillons pas à notre compte, mais dans l’obéissance choisie librement au moment de l’ordination, nous recevons une mission de l’évêque et nous y donnons notre vie sans compter nos heures – raisonnablement tout de même – pour offrir la joie du salut en Jésus. Redécouvrir la joie d’être prêtre ou diacre, c’est prêcher l’Évangile, c’est célébrer la messe chaque jour, c’est visiter les familles, c’est connaître les brebis, c’est se donner à nouveau pour offrir à nos frères et sœurs la joie d’être baptisés et confirmés, c’est aussi partager la joie des jeunes qui entendent l’appel et qui désirent nous rejoindre pour servir, comme Jean et Wandrille présents aujourd’hui. Joie d’être appelés et joie d’appeler.
Et à vous, familles, je le dis : redécouvrez la joie de l’amour « Amoris laetitia ». Au-delà des épreuves, des blessures, la famille reste le lieu d’apprentissage de la vie, de l’amour, du pardon, de l’hospitalité. Redécouvrez la joie de vivre l’Évangile en famille, de prier en famille. Vous serez ces oasis de vie et de fraternité, accueillantes et ouvertes, dans lesquelles l’Évangile sera annoncé par les grâces du sacrement de mariage, et dans lesquelles aussi germeront les vocations dont notre Église a besoin.
Frères et sœurs, ne nous laissons pas voler notre joie. Cette belle journée de pèlerinage avec la prière, les rencontres, le grand jeu en famille, nos chants … nous en donne encore et encore. Nous repartons ce soir à la maison, tout éclairés de cette joie intérieure que Marie donna à Elisabeth, et que Jean-Baptiste ressentit dans le sein de sa mère.
Exultons, crions et dansons de joie.
Oui, le Seigneur nous aime. Il nous a sauvés.
Amen. Alleluia !
Chères sœurs de Nazareth,
Et vous tous frères et sœurs,
En ce Dimanche, jour du Seineur, nous acclomons le Christ ressuscité de smorts et nous nous asociaons au chant des anges entendu dans le livre de l’Apocalypse : « honneur, gloire, louange à notre Dieu ! ».
Et si nous faisions une petite recherche sur la façon dont nous parlons de Jésus … ? nous parcourons attentivement les différents parcours de catéchèse, nous écoutons tout aussi attentivement les prédications… : eh bien, nous trouvons surtout Bethléem et Jérusalem, un peu la Samarie ou Jéricho, et le désert. Mais Nazareth … beaucoup moins, assez peu. Si, bien sûr, nous connaissons le récit de l’annonciation. Mais Jésus à Nazareth nous est peu familier. Peut-être parce que les Évangiles passent très vite, il est vrai, sur cette période de sa vie, de son enfance au début de son ministère public. Nous savons seulement qu’il « grandissait en âge et en sagesse ». C’est là justement que cela devient intéressant ; à nous de découvrir.
Il y a 200 ans, un projet voit le jour ici à Montmirail, plus précisément à Montléan. Le magnifique spectacle d’hier soir nous a permis de mieux connaître l’histoire de la vie religieuse à Montmirail. Nous sommes rassemblés pour en fêter l’anniversaire, non pas pour évoquer le passé avec le risque d’y mettre un peu de nostalgie ou de regret, d’autant que la communauté des sœurs a ici désormais un effectif réduit à l’unité, et que’il n’y a plus de prêtre résident ici, mais une équipe de prêtres habitant à Sézanne, au service de 6 paroisses, soit au total 122 communes. Nous sommes là pour chercher comment vivre aujourd’hui de l’esprit qui animait les fondateurs de la congrégation des Sœurs de Nazareth. Certes un projet associatif est à l’étude pour pérenniser vie et activité dans l’ancien couvent ; mais nous, chrétiens de Montmirail, du diocèse de Châlons, de la région et de plus loin, nous nous trouvons devant un défi : perpétuer l’esprit de Nazareth à la suite, – et avec – les sœurs dont la vocation est de « recevoir, vivre et communiquer le mystère de Jésus de Nazareth ». Quoi de mieux, pour célébrer cet anniversaire, que de relever ce défi.
1/ Pour recevoir ce mystère, entrons chez Marie et Joseph, dans la maison de la Sainte Famille, et observons, écoutons, admirons, contemplons. Marie « conserve et médite dans son cœur », Joseph travaille et y associe Jésus. Nous ne sommes pas habitués, nous qui vivons dans le bruit et l’agitation, avec de la musique diffusée partout, les téléviseurs et ordinateurs allumés, les messages instantanés. Qu’il est bon d’être ici, à Nazareth – et les sœurs y sont pour de vrai là-bas – qu’il est bon de découvrir cette atmosphère de travail toute simple et paisible. Nous apprenons de Marie comment accueillir en nous la volonté de Dieu et y répondre avec générosité. Nous voyons Jésus qui grandit, qui apprend. Nous admirons Joseph qui travaille, tout en restant disponible pour les siens comme il le fut lors de la fuite en Égypte. Nous sommes dans un lieu de silence et de recueillement, d’affection. Il y règne une paix douce et belle, pleine de lumière et de joie. Sans exagération, sans excitation. Grande simplicité. Dieu est là, humblement, caché, pauvre. Il se donne, il donne déjà sa vie. Dans le secret de notre chambre, dans nos maisons familiales, dans l’église de notre village, avec l’Évangile en main ou notre chapelet, dans le silence, vivons cette contemplation de Jésus enfant, apprenons de lui le cœur de la Bonne Nouvelle, goûtons sa présence à nos côtés. Ouvrons notre cœur à ce mystère. C’est la source.
2/ Maintenant, pour vivre ce mystère, pour en vivre, nous demandons aux sœurs de Nazareth leur secret. Elles nous répondent que leurs fondateurs ont prévu qu’elles conjuguent le mieux possible dans la vie quotidienne d’une part le silence et le retrait pour contempler, et d’autre part la disponibilité dans le travail. Cela doit pouvoir être vécu, je pense, même par ceux et celles qui ne sont pas religieuses, n’est-ce pas ? Nous retrouvons là une des clés de la vie chrétienne qui permet de vivre notre vocation de disciples-missionnaires. D’abord écouter et regarder Jésus, devenir ainsi son disciple. Puis témoigner de l’amour de Jésus dans notre activité quotidienne, en famille, au travail, dans nos associations et nos collectivités locales. .. pour donner du sens, répandre le goût de l’Évangile, en étant d’abord dans la compagnie de Jésus. Avant de partir en mission jusqu’à Jérusalem, être là, à Nazareth. Le bienheureux – bientôt saint le 15 mai ! – Charles de Foucauld, a vécu réellement le mystère de Nazareth et nous en parle ainsi : « l’âme produira des fruits exactement dans la mesure où l’homme intérieur se sera formé en elle… Si cette vie intérieure est nulle, il y aura beau avoir du zèle, de bonnes intentions, beaucoup de travail, les fruits seront nuls. C’est une source qui voudrait donner la sainteté aux autres, mais qui ne peut, ne l’ayant pas ; on ne donne que ce qu’on a et c’est dans la solitude, dans cette vie seul avec Dieu seul dans ce recueillement profond de l’âme […] que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne aussi tout entier à Lui. » Le frère universel nous donne donc le même secret que les sœurs, secret bien utile dans notre vie trépidante où j’entends tant de gens me dire au sujet de la prière ou de la messe « je n’ai pas le temps ! ». Mais enfin, grandir dans l’amour du Seigneur, nous laisser modeler par Jésus lui-même, nous laisser aimer par lui, accepter la pauvreté et l’effacement, goûter le silence… il y a toujours du temps pour aimer, l’amour ne prend pas de week-end ou de vacances ! C’est si important de vivre le mystère de Jésus de Nazareth.
3/ Enfin, il s’agit de communiquer ce mystère. Cette communication n’est pas autre chose que l’évangélisation. Le monde est plein d’artifices, et tout ce qui compte, c’est de paraître, de suivre le mouvement comme des moutons de panurge. Or, les chrétiens sont dans le monde les témoins d’une loi d’amour, d’une parole de vérité qui surpasse tous les langages humains et les beaux discours. Plutôt que de se laisser bercer et endormir par le paganisme croissant, notre vocation est de dire, même si c’est contre le vent dominant, la vérité que Dieu nous enseigne. L’Évangile est une Bonne Nouvelle aujourd’hui comme hier. Je suis témoin des angoisses et des peurs, nous sommes témoins des violences et des tensions. On voudrait nous enfermer dans un monde froid, sans Dieu, sans transcendance, sans perspective. Mais « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes », nous dit l’apôtre Pierre. Les sœurs de Nazareth ont donné depuis 200 ans ici la chaleur de la miséricorde, de l’attention aux plus pauvres, aux jeunes, aux malades, aux personnes âgées. Par leur présence et leur témoignage, leur compagnonnage, elles ont donné Jésus, tout simplement. Le projet missionnaire diocésain consiste à être des « prophètes de l’espérance » et à développer des oasis dans le désert. Nous y voilà. Enracinés dans les deux siècles passés, je souhaite que les chrétiens de Montmirail se mobilisent pour que cette oasis de Nazareth demeure, accueille fraternellement au nom de Jésus, prie dans l’allégresse, enseigne la foi avec courage, serve généreusement les plus pauvres, témoigne avec enthousiasme de l’Évangile. La pêche sera miraculeuse ici aussi, j’en suis convaincu.
Pour conclure, je vous laisse cette prière qui conclut la « petite couronne » à l’Enfant jésus, Petit Roi de grâce, au Carmel de Beaune, dans le diocèse de Dijon : « Jésus, attire-moi tout à Toi. Que je vive comme Toi et pour Toi, dans la simplicité et la persévérance les joies et les épreuves de cette vie, Pour vivre dans Ta gloire au Ciel avec Toi »
Amen.
Chers frères et sœurs,
Dans la nuit a resplendi l’éclat de la lumière, et le chant de joie des chrétiens a retenti : alléluia ! Christ est ressuscité ! Dieu a vaincu la mort. Telle est notre foi. Cette Bonne Nouvelle, Évangile pour aujourd’hui, ne peut pas rester sans écho, confidentielle. Elle doit être partagée, proclamée, annoncée sans crainte, ni timidité, ni arrogance non plus, mais avec fierté et enthousiasme. L’apôtre saint Pierre en est un des premiers messagers à Césarée : « nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour ». Par tous les moyens disponibles, la parole, le service, l’engagement dans la cité, la liturgie aussi, et encore la radio, les réseaux sociaux, les conversations, les chrétiens doivent être les messagers de l’Évangile aujourd’hui et demain. Nul ne pourrait garder pour soi une bonne nouvelle qu’il viendrait d’apprendre concernant sa famille, son avenir professionnel, ou un cadeau reçu. Il en est de même pour la Bonne Nouvelle par excellence, la résurrection de Jésus. Nous ne pouvons pas nous taire. L’apôtre Pierre le dit dans le même discours à Césarée : « Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts ». Nous le savons bien, dans certains pays, beaucoup de disciples de Jésus ne peuvent témoigner sans risquer l’arrestation, ou la prison, ou même la mort. Soit ils restent muselés, soit ils parlent et sont alors les martyrs du XXIe siècle, victimes de l’idéologie ou du terrorisme. À l’inverse, nous vivons dans un cadre où la liberté d’opinion, de religion, de parole nous est garantie dans les textes – il faut tout de même la police autour de la cathédrale pendant la messe – et pourtant nous n’osons pas, nous sommes bien frileux parmi les prises de parole qui prônent une laïcité très restrictive. De plus, la loi contre le séparatisme votée l’été dernier, établit une sorte de surveillance en ce qui concerne la liberté de culte ou d’association ou de parole. Les évêques, avec les responsables des autres Églises chrétiennes, ont fait savoir aux pouvoirs publics et au législateur leurs immenses réserves. Ils ont été écoutés… gentiment… Regardez plutôt : nos frères catholiques ukrainiens, comme les irakiens il y a quelques années, nous le disent avec force : « on n’enchaine pas la Parole de Dieu », même le joug d’un pouvoir totalitaire ou les menaces de la violence aveugle n’y parviennent pas. L’Église gréco-catholique en Ukraine a subi une politique d’anéantissement menée par Staline, et elle est toujours là, sortie de la clandestinité. Les rues des villes irakiennes étaient noires de monde Dimanche dernier pour la procession des Rameaux alors que tout, les églises en premier, avait été détruit et ruiné, profané par les islamistes.
La Pâque est le passage par la mort pour entrer dans la vie. Jésus, mort sur la croix, se relève du tombeau au matin de Pâques. Nous-mêmes, dans le Baptême, nous vivons ce passage. Nous passons par la mort avec Jésus pour renaitre avec lui pour la vie éternelle. Oui, nous vivons toutes sortes de morts dans nos vies personnelles, familiales, associatives, mais aussi dans nos paroisses, nos écoles catholiques, nos missions. L’acceptation est difficile et douloureuse. Des renoncements ressemblent à des deuils. Pour autant, avec le psalmiste, et en regardant Jésus, nous pouvons redire ce qui vient d’être chanté : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur. La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. » Nous croyons à la victoire de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de la vérité sur le mensonge, de la grâce sur le péché. Notre acte de foi, redit cette nuit au pied du cierge pascal, est la colonne vertébrale de notre vie comme le tuteur l’est à l’arbre. Encore faut-il que chacun, nous soyons vraiment greffés à Jésus comme le sarment au pied de la vigne. La Mission des chrétiens ne se mesure pas avec des chiffres, des résultats statistiques. Elle se traduit par une charité active et une parole libre, un témoignage joyeux. C’est vrai, notre époque est troublée, et les fidèles du Christ pourraient se croire les « derniers des mohicans », au point qu’ils en viendraient à abandonner, à se décourager, ou à se replier sur eux-mêmes. Mais la foi est là. Nous sommes là.
Frères et sœurs, en ce saint jour de Pâques, jour de renouveau, jour d’espérance et de victoire, jour des baptisés, je souhaite vous le redire avec toute l’ardeur de ma foi : prenons le relais des apôtres pour aller annoncer l’Évangile dans nos familles, nos villages, nos milieux, nos associations… Marie Madeleine a reçu un titre extraordinaire : elle fut « apôtre des apôtres », elle qui s’était rendue au tombeau au petit matin. C’est elle qui annonce. On peut imaginer sa précipitation, la façon avec laquelle elle est revenue chercher les apôtres pour leur dire ce qu’elle avait vu au tombeau. Dans les temps d’aujourd’hui, des signes de renouveau nous sont donnés. Ce qui manque parfois, c’est l’ardeur des témoins. D’aucuns sont prêts à se rendre disponibles, et d’autres ont serré le frein à main. Je vous propose de vous laisser conduire dans l’expérience spirituelle des apôtres au matin de Pâques : les femmes arrivent affolées et racontent ce qu’elles ont vu. Ils foncent au tombeau. Le plus jeune arrive le premier. Normal. Mais il attend l’ancien. Bien. Ils entrent, ils voient et ils croient. Puis ils témoignent à leur tour. Les jeunes nous poussent à sortir de nos vieilles routines et de notre allure lente. Je le vois dans l’Église de France, de nombreuses initiatives jaillissent, souvent en dehors des cadres habituels des mouvements et des paroisses. Des centaines ou des milliers de jeunes se lèvent, partent en mission. Certains vont au bout du monde avec un organisme de solidarité internationale. D’autres interrompent leurs études, ou attendent une année avant de chercher un travail, et ils donnent du temps pour l’Évangile. Je souhaite que notre Église diocésaine – je l’admets, c’est vrai, les jeunes sont nombreux à quitter la région après le bac – que notre Église se laisse déplacer, un peu bousculer, pour oser aller par des chemins nouveaux, ouvrir les tombeaux de nos habitudes et de nos découragements. Que nous sachions nous consacrer, non pas d’abord aux structures et aux réunions, mais aux expériences d’évangélisation. Celui qui évangélise, qui ose dire sa foi et rendre compte de l’espérance qui est en lui – nous avons entendu les paroles de saint Pierre à Césarée – celui-là est évangélisé. Au moins, c’est du concret, et pas de la théorie. Les « disciples-missionnaires », les « prophètes de l’espérance », pour ne reprendre que ces deux appellations que j’ai empruntées au Pape François et au saint pape Jean-Paul II, ils sont là, j’en suis sûr, j’en connais, je vous connais. Ils ne demandent qu’à aller, qu’à sortir. Ne gardons pas le tombeau fermé. Ouvrons les portes pour laisser le Christ ressuscité nous rejoindre, nous éclairer de sa douce lumière, nous partager son Esprit-Saint.
« Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre », nous dit saint Paul dans sa lettre aux Colossiens. La priorité pour nous tous est de fortifier l’enracinement de notre vie chrétienne dans les réalités spirituelles. Le bienheureux Charles de Foucauld, qui sera canonisé le 15 mai, écrivait ceci : « l’âme produira des fruits exactement dans la mesure où l’homme intérieur se sera formé en elle… Si cette vie intérieure est nulle, il y aura beau avoir du zèle, de bonnes intentions, beaucoup de travail, les fruits seront nuls. C’est une source qui voudrait donner la sainteté aux autres, mais qui ne peut, ne l’ayant pas ; on ne donne que ce qu’on a, et c’est dans la solitude, dans cette vie seul avec Dieu seul dans ce recueillement profond de l’âme qui oublie tout le créé pour vivre seule dans l’union avec Dieu, que Dieu se donne tout entier à celui qui se donne aussi tout entier à Lui. »
En célébrant le mystère de l’Eucharistie en ce jour béni, nous venons puiser à cette source de vie et d’amour, Jésus mort et ressuscité, pour donner inlassablement comme par contagion, le goût de l’Évangile, pour annoncer et proclamer le nom de Jésus. C’est Jésus qui vient demeurer en nous et parler à travers nous. Plus notre vie sera eucharistique, et plus elle sera missionnaire. Plus nous serons à l’écoute de Jésus, et plus nous parlerons en son nom. Plus nous laisserons Jésus vivre en nous, et plus nous vivrons comme lui. Voilà notre force et notre joie. C’est Dieu lui-même qui, par son Esprit, est l’acteur principal de la Mission. À nous d’être ses porte-voix, ses porte-parole, ses porte-lumière. Il est ressuscité. Bonne nouvelle du salut à proclamer et chanter par toute notre vie.
Amen. Alleluia

Chers frères et sœurs, 

Il y a quelques jours, dans cette cathédrale, l’évêque des Ukrainiens de France nous donnait son témoignage sur la guerre qui fait rage dans son pays. À Lourdes, 8 jours après, le même Mgr Lonchyna a redit aux évêques de France son appel au secours, affirmant que cette tragédie est bien le combat de David contre Goliath. Depuis, des images de plus en plus atroces nous parviennent, les mensonges de la propagande sont de plus en plus gros au fur et à mesure que les crimes sont épouvantables. Les pleurs de l’agressé résonnent jusqu’à nous, surtout quand ce sont les cris d’une mère qui retrouve le corps de son fils ligoté, torturé et tué, ou ceux d’une femme enceinte sur un brancard avec son ventre perforé.  

Ces larmes et ces cris nous touchent et nous émeuvent. Et puis … ? Nous nous sentons bien impuissants, sauf à ouvrir nos maisons pour accueillir les déplacés, ces jeunes mamans et leurs enfants qui cherchent un abri, alors que leur mari est resté pour défendre leur pays. 

Ces larmes et ces cris, sans oublier ceux des arméniens, des burkinabés, des libanais, des soudanais, et de tant d’autres victimes de la violence humaine, sans oublier non plus ceux des petits bébés à naître qui sont tués dans le ventre de leur mère et ceux des vieillards ou des grands malades à qui on voudrait faire une piqûre… tous ces cris sont l’écho du grand cri de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Au milieu des ténèbres de la mort et de la ruine, c’est toute l’humanité qui hurle avec Jésus un appel à la paix, à l’amour, au respect de la vie. 

Nous venons de faire la marche de la Croix dans les rues de Châlons. Nous avons porté la croix. Nous avons porté le poids de la souffrance des malades, le poids de la détresse des migrants et exilés, de l’angoisse des mourants, de la peur des prisonniers. Dans le silence parfaitement respecté tout au long de cette marche, nous avons entendu en fait les cris de la foule, les pleurs, les appels, les prières, les cantiques qui remontent des caves.  

Et nous voici dans la cathédrale pour célébrer ce qui apparaît humainement comme une défaite, une déroute, un échec sur toute la ligne. À part Marie et saint Jean, ils sont tous partis, ils ont fui par peur ou par lâcheté. Ils n’ont pas compris les appels de Jésus à prendre la dernière place et à se donner. Ils n’ont pas compris les annonces de la Passion. Et pourtant déjà, le prophète Isaïe annonçait tout cela. La figure du serviteur souffrant parle de Jésus, 6 siècles avant : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? ». En vénérant la Croix dans un instant, c’est cet homme défiguré marchant vers sa mort que nous contemplons. Pas pour nous complaire dans la souffrance tels des badauds curieux et épris d’un voyeurisme malsain, mais parce que cet instrument de supplice est en fait un arbre. Pas un arbre mort. Mais un arbre de vie, un arbre qui porte le plus beau fruit du monde et de toute l’Histoire : Dieu lui-même, l’amour infini de Dieu, le pardon des péchés, la promesse de la vie éternelle. Saint Paul nous le dit : « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. » 

Ce n’est donc pas une défaite, une déroute ou un échec. La croix va s’éclairer bientôt de la lumière de Pâques, nous le savons, nous le croyons. Toutes nos croix présentes, toutes les morts que nous devons vivre trouveront dans la lumière du matin de Pâques une force et une grâce de renouveau.  

Frères et sœurs, Jésus nous le dit sans détour : « celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suivre ». Nous ne sommes pas masochistes pour autant. Nous ne choisissons pas la souffrance pour la souffrance.  Mais nous reconnaissons sur le visage de Jésus la figure du Messie, nous entendons dans le cri de Jésus la Parole de la vie. Nous voulons apprendre aujourd’hui à voir les traits de Jésus sur le visage des Ukrainiens et des Burkinabés, et aussi des malades et des mourants. Nous voulons apprendre à entendre la voix de Jésus dans les appels au secours des pauvres, des migrants. « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ne restons pas inactifs. Porter la croix, c’est avant tout porter celle des autres, c’est agir pour guérir, soutenir, réconforter. C’est aimer par des actes. C’est donner notre vie comme Jésus. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » n’est pas une belle parole en l’air. C’est une exhortation, un commandement qui nous oblige.  

Nous t’adorons et nous te bénissons, Seigneur, parce que tu as racheté le monde par ta sainte croix. Amen. 

Chers frères et sœurs,
Depuis quelques semaines, nous utilisons une nouvelle traduction française du missel romain. Elle a été voulue par le saint Pape Jean-Paul II. Un long travail a été nécessaire jusqu’à l’édition des nouveaux livres liturgiques. Cela nous change. D’aucuns s’interrogent sur les raisons profondes de ce changement. D’autres critiquent déjà ce qu’ils appellent « un retour en arrière » à cause du vocabulaire sacrificiel employé. Retour en arrière ? Non, évidemment non. Tout simplement une référence plus juste et fidèle au texte latin qui fait l’unité de la loi de la prière dans l’Église catholique. La traduction française, faite un peu en hâte au début des années 70, dans un contexte de remise en question de tout, édulcorait tout de même un aspect fondamental de la célébration eucharistique et donc, de la compréhension que les fidèles ont pu en avoir. On a parlé davantage de repas. On a même vu en certains lieux les fidèles attablés dans l’église le Jeudi-Saint comme à la salle à manger. Bien des excès ont eu lieu depuis 50 ans en matière liturgique, y compris des textes inventés, qui ont favorisé les divisions, les chapelles, les revendications que nous entendons aujourd’hui sur l’usage du missel antérieur au concile sur lequel le Pape François a tranché récemment. Notre époque peut-être plus sage nous permet de redécouvrir ce qu’est véritablement le mystère eucharistique dont nous faisons mémoire solennelle en ce soir du Jeudi-Saint.
La Parole de Dieu nous enseigne à ce sujet. Il s’agit bien d’un sacrifice. Jésus fait le don de sa vie. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne », dit-il. Déjà le peuple hébreu, retenu en Égypte, fut invité par Dieu, à travers la médiation de Moïse, à immoler un agneau au coucher du soleil. On mangerait ensuite la viande pendant que le sang marquerait les montants et le linteau des maisons où aurait lieu le repas. Ce serait un mémorial de la sortie d’Égypte. Repas de la Pâque, c’est-à-dire du passage de la captivité à la liberté, de la mort à la vie.
Jésus a rassemblé ses apôtres au Cénacle à Jérusalem pour ce repas de la Pâque, dans le plus grand respect envers la tradition des pères, et fidèle à la loi de Dieu lui-même. Avec les juifs, il célèbre la libération du peuple saint. Mais par ses mots et ses gestes, la Pâque juive devient la Pâque chrétienne. En donnant son corps à manger sous le signe du pain, en donnant son sang à boire, sous le signe du vin, il se désigne lui-même comme l’Agneau véritable, l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Nous savons bien que, le lendemain, il ne fera pas semblant de mourir. Son corps flagellé, déchiré, crucifié va bien être livré. Son sang, jaillissant de toutes ses blessures profondes, va bien être versé. Saint Paul nous dit : « chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». Ainsi, chaque fois que nous célébrons la sainte Eucharistie, nous faisons mémoire du sacrifice de Jésus sur la croix, par lequel est répandu dans les âmes le don de la miséricorde. Et faire mémoire, ce n’est pas évoquer un souvenir, un évènement historique comme on fêterait un anniversaire, c’est vivre aujourd’hui ce sacrifice, cette offrande, et en recevoir les bienfaits.
Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, le prêtre, conformément au commandement de Jésus « vous ferez cela en mémoire de moi », s’offre lui-même en sacrifice pour l’annonce de l’Évangile et la sanctification de ses frères et sœurs dans la foi. Il dit bien « ceci est mon corps » et non pas « ceci est le corps de Jésus » parce qu’il est configuré au Christ Prêtre par l’ordination. Et tous les fidèles sont invités à s’unir à ce sacrifice en offrant eux-mêmes leur propre vie. Ils exercent par là leur sacerdoce baptismal, leur vocation à sanctifier le monde à la manière d’un ferment. Cela apparaît plus clairement dans la nouvelle traduction pour la prière sur les offrandes : le prêtre dit : « priez, frères et sœurs, que mon sacrifice qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant » – et le peuple répond : « Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Église ». Le « retour en arrière » est un fantasme inintéressant. Ce qui importe, c’est le mystère à accueillir dans la foi multiséculaire de l’Église, sans céder aux courants de la sécularisation qui affectent aussi l’Église et pourraient déformer ce qui est profondément religieux et sacré pour en faire une simple réunion sympathique des chrétiens.
Mais l’Eucharistie est aussi une vérité à vivre. La participation à l’action sacrée de la liturgie, à l’offrande vécue avec et comme Jésus, ne suffit pas à faire de nous des disciples. La célébration de l’Eucharistie débouche nécessairement sur la Mission. Le fidèle du Christ ne peut se contenter de communier au Corps très saint du Seigneur, vivant cela comme un devoir accompli ou la satisfaction d’une dévotion privée déconnectée de la vie quotidienne. Dans l’Évangile selon saint Jean qui n’évoque pas l’institution de l’Eucharistie comme les trois autres, nous avons bien entendu comment Jésus, au cours de ce même repas, traduit d’une autre façon encore le sacrifice qui est le sien. Il s’abaisse et fait lui-même, malgré les premières protestations de Pierre, le geste réservé à l’esclave : laver les pieds des convives. Ce soir, nous contemplons aussi ce que certains théologiens appellent le « sacrement du frère ». Si nous sommes bien invités et convoqués chaque Dimanche pour célébrer l’Eucharistie, nous sommes aussi invités et convoqués à nous mettre au service des autres de façon concrète. Saint Jean Chrysostome (354-402) l’écrivait dans un de ses commentaires de l’Évangile de saint Matthieu : « Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne commence pas par le mépriser quand il est nu. Ne l’honore pas ici avec des étoffes de soie, pour le négliger dehors où il souffre du froid et de la nudité. Car celui qui a dit : ceci est mon corps est le même qui a dit : vous m’avez vu affamé et vous ne m’avez pas nourri. Quelle utilité à ce que la table du Christ soit chargée de coupes d’or, quand il meurt de faim ? Rassasie d’abord l’affamé et orne ensuite la table. Tu fabriques une coupe d’or et tu ne donnes pas une coupe d’eau. » (Homélie Mt 50, 3).
Nous allons célébrer dans un instant avec humilité le lavement des pieds, non pas comme du théâtre mais comme un mémorial : « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Les diacres y puisent tout particulièrement le sens profond de leur ministère de la charité. Puis nous allons célébrer le mémorial du sacrifice de la Croix. Nous sommes bien au cœur de la Pâque chrétienne. C’est la célébration des mystères du salut. La liturgie emploie d’ailleurs le mot « aujourd’hui » ; vous y ferez attention dans le récit de l’institution de l’eucharistie. Nous ne faisons pas un mime ou un spectacle. Jésus est là au milieu de nous aujourd’hui. C’est lui qui donne sa vie pour nous aujourd’hui pour que nous donnions notre vie à nos frères. C’est lui qui lave nos pieds aujourd’hui en se faisant notre serviteur pour que nous devenions les serviteurs de nos frères. C’est lui qui nous donne aujourd’hui son corps à manger et son sang à boire pour que, nourris et abreuvés du pain de la vie et du vin du Royaume éternel, nous puissions nourrir nos frères de l’amour infini du Père. C’est lui qui prie au jardin des Oliviers et vit son agonie aujourd’hui pour que nous priions avec lui sans nous endormir et répétions avec lui : « Père, non pas ma volonté, mais ta volonté ».
Aujourd’hui, entrons dans ce mystère très saint. Recevons avec foi la vie que Jésus nous offre. Et faisons l’offrande de nous-mêmes avec Jésus. Amen.
Chers amis, Chers frères et sœurs,
« Je suis l’Alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le souverain de l’univers ».
Rassemblés pour célébrer la Messe chrismale au cours de la Semaine Sainte, nous nous tournons d’un seul cœur et d’une seule âme vers le Christ Jésus. Il est le Seigneur, le Roi de l’univers, hier, aujourd’hui et demain. Il était au commencement, il demeure parmi nous, il règne dans la gloire pour l’éternité. Nous approchons des jours saints où nous célébrons le mystère de la Passion du Seigneur et sa résurrection d’entre les morts. C’est le cœur de notre foi : par son sacrifice sur la croix et par sa résurrection, il a sauvé le monde en terrassant les œuvres de la mort et le prince du mensonge. Il nous a sauvés en nous pardonnant nos péchés et nous arrachant au pouvoir de la mort. Quand nous célébrons les sacrements de l’Église, nous accueillons précisément le salut en Jésus, le salut éternel, et nous participons à la vie de Dieu. Nous sommes déjà vainqueurs des puissances du mal et de la mort.
Traditionnellement célébrée le Jeudi-Saint au matin, mais légèrement avancée pour permettre une participation plus large du peuple chrétien, la messe chrismale met un accent très fort sur les prêtres, réunis autour de l’évêque : ils sont invités à renouveler les engagements de leur ordination et à redire leur fidélité au ministère qu’ils exercent en communion avec l’évêque. Comme ils le font dans chaque eucharistie, ils se donnent aujourd’hui à nouveau, avec et comme le Christ, Prêtre unique et éternel qui s’offre en sacrifice d’agréable odeur sur la croix. Tous, nous accompagnons nos prêtres de notre amitié et de notre prière, et nous leur redisons notre soutien et nos encouragements. Nous ne devons pas crier contre eux avec les loups même si c’est dans l’air du temps, mais rendre grâce pour leur ministère qui est grand et beau, et nécessaire à la vie de l’Église et à notre vie chrétienne. Merci, les prêtres !
De nos jours, dans la plupart des diocèses, on associe volontiers les diacres qui promettent eux aussi de servir en tous temps et en tous lieux à l’image de Celui qui s’est fait le serviteur de tous. Nous prions pour eux et leur redisons notre reconnaissance pour le signe qu’ils donnent d’une Église servante. Merci, les diacres !
Le fait que l’évêque consacre aujourd’hui le Saint-Chrême, outre qu’il bénisse l’huile des malades et l’huile des catéchumènes, manifeste aussi le caractère et la dignité de tout baptisé, recréé à l’image du Christ ressuscité, consacré et envoyé pour témoigner, établi pour sanctifier le monde à la manière d’un ferment, pour louer et honorer Dieu par des psaumes et de libres louanges et par toute sa vie. Le Saint-Chrême est cette huile parfumée dont nous sommes marqués au jour de notre baptême et de notre confirmation, de notre ordination sacerdotale ou épiscopale. L’onction signifie que nous sommes consacrés, mis à part, tout en restant dans le monde, pour répandre la bonne odeur de Dieu, inlassablement, comme un parfum de joie et d’espérance. C’est notre mission commune : l’annonce de la Bonne Nouvelle en paroles et en actes, comme par une sorte de contagion. C’est notre vocation : non seulement mourir en odeur de sainteté, mais vivre en odeur de sainteté !
Ensemble nous construisons l’Église, Corps du Christ et Temple de l’Esprit. Jésus seul en est la Tête, et nous sommes les membres du corps, chacun avec notre vocation et notre mission. Certains sont configurés au Christ-Tête pour guider le troupeau. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »
Depuis quelques mois, nous vivons une expérience synodale. Le Saint-Père a voulu procéder à une consultation très large du Peuple de Dieu pour préparer l’assemblée du synode des évêques qui se tiendra à Rome en octobre 2023 justement sur le thème de la synodalité. Nous vivons là quelque chose qui appartient à l’expérience de l’Église. Comme l’exprimait le Pape déjà en 2015, « Marcher ensemble, laïcs, pasteurs, évêque de Rome, est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique ». Et il soulignait un risque majeur, celui de l’intellectualisme, faisant du synode « une sorte de « parler de soi », où l’on procède de manière superficielle et mondaine, pour finir par retomber dans les classifications stériles idéologiques et partisanes habituelles, et se détacher de la réalité du Peuple saint de Dieu, de la vie concrète des communautés dispersées à travers le monde ».
Après un démarrage très timide et lent, qui n’est pas propre au diocèse de Châlons, beaucoup ont pu se retrouver en différents petits groupes pour discuter de la façon dont nous vivons aujourd’hui la synodalité, ou pas assez, ou pas du tout, et pour examiner comment tous les membres de l’Église participent à la prise de décisions, non pas pour faire tourner la boutique et défendre chacun son petit pouvoir à soi, son petit domaine, sa chasse gardée, mais pour agir ensemble au service de la mission. Il ne faut surtout pas perdre cette perspective missionnaire : elle est essentielle à la vitalité et à la fécondité de ce processus synodal.
La synthèse diocésaine sera publiée au moment du pèlerinage diocésain le 8 mai, et chacun pourra en prendre connaissance. Certes, on n’aura pas pu éviter certaines confusions avec une assemblée constituante ou un congrès syndical… certaines expressions ressemblent davantage à une lettre au Père Noël, un fourre-tout de revendications et autres complaintes. Certains groupes, on doit le regretter, ont exclu par principe la participation d’un prêtre. C’est triste, mais c’est ainsi. L’essentiel, il faut le dire, c’est d’avoir participé, d’avoir fait l’expérience, à condition que ce fut, non pas avec mes semblables qui pensent comme moi, mais dans un brassage heureux qui exprime bien la diversité des membres du Peuple de Dieu. Des témoignages que j’ai entendus récemment m’ont apporté beaucoup de joie en ce sens. C’est ainsi que nous avancerons, que nous construirons l’Église de jour en jour, non pas selon nos propres critères mondains mais en écoutant le Saint-Esprit qui est le véritable protagoniste de la Mission.
Pour manifester cette action communautaire, j’avais écrit ceci dans le projet missionnaire diocésain « Prophètes de l’espérance » (§53), avant que le Pape ne lance le grand synode sur la synodalité : « je veux initier un mode plus synodal de gouvernance afin de vivre davantage le mystère de l’Église-communion. Il s’agit d’introduire plus de transversalité et d’échange pour éviter toute sclérose et accueillir toujours la fraicheur de l’Esprit-Saint. » Et j’indiquais qu’un conseil pastoral serait mis en place dans chaque espace missionnaire. Autant, je garde l’intuition de mettre ainsi en œuvre une synodalité permanente dans la vie diocésaine, comme lieu de communion, d’écoute, de recherche missionnaire, autant je vois maintenant que cette mise en place devra se faire en fait à l’échelle diocésaine. Je vous confirme donc, vous l’avez lu dans « Église de Châlons » de janvier dernier, que je vais bientôt travailler avec un conseil pastoral diocésain. Les 5 doyens m’aideront à le composer d’ici la rentrée de septembre. Chaque espace missionnaire y sera représenté par deux fidèles laïcs. Et je vous invite donc à exprimer à votre doyen votre intérêt pour ce service, ou à répondre généreusement si vous êtes appelé à en faire partie. Ce conseil ne sera pas le tout du diocèse, mais je travaillerai avec lui comme je travaille aussi avec le conseil des prêtres, et d’autres conseils en tous domaines. Ces conseils me permettent de discerner et de décider ; c’est ma mission de successeur des apôtres.
Notre assemblée d’aujourd’hui signifie bien que chacun a sa place dans la vie de l’Église. Ministres ordonnés, et fidèles laïcs dont certains sont consacrés. Nous allons offrir ensemble le pain et le vin à l’autel, les prêtres vont invoquer la puissance de l’Esprit-Saint sur ces dons, puis nous communierons au Corps et au Sang du Seigneur qu’ils nous distribuent : ainsi nous construisons le Corps du Christ, nous devenons ce que nous recevons. Frères et sœurs, puissions-nous, par notre participation à l’Eucharistie, aujourd’hui et chaque Dimanche, aller de l’avant dans une vie plus synodale qui articule avec justesse le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel. Ils ne s’opposent pas comme dans une parodie de lutte des classes, mais ils se complètent harmonieusement pour servir l’œuvre de Dieu. Ce qui importe, c’est de suivre le Christ, d’écouter sa parole, d’accueillir la vie qu’il nous donne par le mystère de Pâques. Que chacun entre avec foi dans la célébration de ces mystères très saints pour y trouver, pour lui et pour toute la sainte Église de Dieu, la grâce de renouveau nécessaire pour la Mission aujourd’hui et demain.
« Je suis l’Alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le souverain de l’univers ».
Amen
 
Chers frères et sœurs, amis de Jésus,
La fameuse crise sanitaire semble toucher à sa fin, du moins nous l’espérons. Occasion de retrouver « la vie normale » avec toutes les rencontres, les travaux, les services à rendre, les projets à développer, tant pour nous-mêmes, nos familles, nos amis, et aussi dans les activités professionnelles.
Mais voilà que la guerre a éclaté sur notre continent. Nous pensions que nous étions à l’abri de ce fléau depuis les grandes réconciliations après la 2ème guerre mondiale. Il faut se mettre à l’évidence : les œuvres de destruction et de mort, les folies perverses et les mensonges d’un seul homme peuvent entrainer des drames immenses comme celui auquel nous assistons. Il n’y a pas que dans les films de James Bond ! Et les choses risquent toujours de s’envenimer et de nous entrainer dans un cercle vicieux. L’escalade est très périlleuse, un peu comme dans notre vie quotidienne, avouons-le, avec nos frères et sœurs, voisins ou collègues : une dispute peut conduire à des calomnies et anathèmes, des procès, des règlements de compte. Ce Dimanche, en écho à ce que nous avons vécu il y a 4 jours, le mercredi des Cendres, je vous demande, frères et sœurs, de faire monter vers le Ciel une fervente supplication pour la paix.
Le Carême qui commence est un temps d’entrainement à la vie chrétienne. Les sportifs s’entrainent, les musiciens aussi. Pourquoi pas les chrétiens ? Par cet entrainement, notre foi est mise à l’épreuve de la vérité et de la fidélité. Jésus nous montre l’exemple au désert en résistant à toutes les tentations. Chaque année, les catéchumènes qui se présentent pour devenir chrétiens nous bousculent et nous interpellent. Ils nous aident à sortir de notre routine, à revenir à l’essentiel, à nous tourner davantage vers Dieu et vers nos frères pour vivre vraiment de l’Évangile. Au nom du Seigneur, je suis votre entraineur.
Quel est notre programme d’entrainement ?
Nous avons entendu mercredi dans la bouche même de Jésus un appel à pratiquer la prière, le jeûne et le partage. 3 axes d’effort bien connus qui attendent de notre part un véritable engagement et des repères pratiques et précis pour chaque jour. Peut-être un peu moins connu et pratiqué : le jeûne. C’est pourtant un moyen très efficace pour faire plus de place à Dieu et aux autres : dans ce domaine, il y a mieux à faire que de se priver de chocolat, surtout si on n’est pas gourmand. Il y a mieux à faire que de ne pas manger de viande le vendredi, surtout si le poisson est très bon. L’idée est de renoncer à quelque chose qui nous accapare et nous empêche d’écouter Dieu et d’entendre les appels des pauvres. Il s’agit de s’entrainer au combat spirituel, le combat contre le mal, contre tout ce qui nous rend esclave, afin de trouver la liberté d’aimer en donnant notre vie. Voilà déjà un point de l’entrainement.
Il y a aussi 3 repères que j’exprime souvent aux jeunes confirmands et qui se mémorisent bien grâce à leur première lettre commune : E comme Évangile, Eucharistie, Église. Ils sont valables pour les chrétiens que vous êtes, et aussi pour vous, les catéchumènes que je vais appeler et qui deviendrez chrétiens pendant la sainte nuit de Pâques.
E comme Évangile : saint Paul nous le dit dans sa lettre aux romains : « la Parole est dans ta bouche, elle est dans ton cœur ». La Parole de Dieu est une nourriture. Elle est aussi une lumière sur notre route. L’Évangile est la Bonne Nouvelle du salut en Jésus. Il contient et dit le trésor de l’amour et de la miséricorde de Dieu. L’Évangile annonce et proclame la victoire du Seigneur sur le mal et la mort, pour toujours. S’entrainer à la vie chrétienne, c’est s’entrainer à vivre l’Évangile très concrètement. Pour le vivre, il faut le connaître. Et pour le connaître, il faut le lire, le méditer, le prier, le manger et le digérer. Nous, les chrétiens, nous avons le livre des Évangiles à la maison. Parfois, il est couvert de poussière sur le dessus de la bibliothèque, il ne sert pas souvent, les pages ne sont même pas cornées… parfois, c’est un magnifique volume posé sur la cheminée ou la table du salon, en exposition comme dans une vitrine… mais non, ce n’est pas un décor ou une guirlande, c’est un livre de Vie. Frères et sœurs, pas une seule journée de notre vie sans ouvrir l’Évangile et lire quelques versets ! Voilà le conseil que je vous donne. C’est concret. C’est facile, on trouve aussi les 4 Evangiles sur internet, sur son smartphone.
E comme Eucharistie : le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. Le Pain de la vie et le vin du Royaume éternel. « Source et sommet de toute la vie chrétienne », comme le rappelaient les Pères du concile Vatican II. S’entrainer à la vie chrétienne, c’est enraciner, fonder, construire notre vie dans la rencontre avec le Seigneur, principalement dans la sainte Eucharistie. Est-ce que nous nous rendons compte ? L’Église nous enseigne que, conformément aux paroles mêmes de Jésus, ce pain, c’est bien son corps, c’est Lui qui est réellement présent au milieu de nous et qui s’invite chez nous. Telle est notre foi catholique : à la messe, nous ne sommes pas au théâtre, ce n’est pas un mime, pas un symbole. C’est une réalité. Le Seigneur se rend vraiment présent et nous nous prosternons devant Lui. S’entrainer, c’est l’adorer, contempler son visage, se nourrir de Lui pour vivre comme Lui, « par Lui, avec Lui et en Lui ». Et si Jésus nous dit que « celui qui mange de ce pain vivra pour toujours », redisons-nous bien que celui n’en mange pas mourra. Le chrétien qui se tiendrait éloigné de l’Eucharistie irait de jour en jour en se desséchant, ne portant plus de fruit. Saint Jean Paul II disait : « mettez l’Eucharistie au cœur de votre vie personnelle et communautaire ». Votre entraineur vous dit la même chose ce matin.
E comme Église : « un chrétien isolé est un chrétien en danger » dit-on souvent. Ce n’est pas faux. Le commandement nouveau de l’Évangile nous invite à nous aimer les uns les autres et à former ensemble un seul corps. Pas possible tout seul, à moins de se regarder dans la glace du matin au soir. L’Église est notre famille, nous en sommes les membres. Se rassembler, c’est l’ADN des chrétiens parce que c’est Jésus, la Tête du corps, qui nous invite. Dans un monde où l’indifférence et l’individualisme, la culture du moi sont prédominants, notre vocation est de signifier et de réaliser concrètement la fraternité. C’est un message que nous envoyons au monde. C’est aussi un moyen de ne pas nous laisser entrainer dans les travers de l’égoïsme et de l’orgueil qui engendrent le mensonge et la violence et nous feraient faire des folies. L’entraineur que je suis vous rappelle son invitation à vous rassembler en petits groupes pendant le Carême pour prier, vivre l’amitié et le partage, et chercher à être missionnaires.
3 E pour suivre un bon entrainement. Je ne doute pas de vous retrouver pour la vigile pascale, non pas avec une médaille d’or sur le podium comme les sportifs les mieux entrainés, mais au baptistère et à l’autel avec une foi rayonnante, un cœur débordant de charité, un regard plein d’une joyeuse espérance.
D’autant que nous entourerons ceux qui se présentent au baptême. Chers frères et sœurs catéchumènes, je vais vous appeler dans un instant. Ou plutôt, Jésus va vous appeler, l’Église va vous appeler à travers moi, successeur des apôtres pour vous servir, vous enseigner et vous guider. L’entrainement continue avec la célébration des scrutins, étapes pénitentielles qui rappellent aux chrétiens que le sacrement du pardon est comme un « second baptême » qui permet de retrouver la sainteté du jour où nous sommes devenus enfants de Dieu. Chers amis, l’Église est là, elle vous accueille, elle vous accompagne pour ce temps ultime de préparation, comme elle vous accompagnera encore après, quand vous serez néophytes, c’est-à-dire des nouveau-nés dans le cœur de Dieu. L’Église est là pour vivre ce combat avec vous afin que triomphe la lumière éternelle de l’amour. Nous nous projetons donc vers la sainte fête de Pâques pour goûter ensemble joie d’être sauvés.
Je n’ai pas apporté de sifflet pour démarrer l’entrainement. Je dis seulement : Amen !
)
Chers frères et sœurs,
C’est une grande joie pour moi d’être à Beaune ce soir, au moment de clôturer avec vous tous la traditionnelle neuvaine à l’Enfant-Jésus, 40 jours après la grande fête de la Nativité. Je tiens à remercier devant vous votre curé, mon très cher ami et frère Yves, pour son invitation. Sans le covid, je serais venu l’an dernier… mais passons… nous allons parler d’autre chose… ! Me souvenant des dernières sœurs carmélites, puis des sœurs de la communauté des Béatitudes, je constate avec émotion, 12 ans après avoir quitté le diocèse de Dijon (déjà !), combien la présence des sœurs apporte à ce lieu un surcroît de rayonnement. Je suis sûr que la prière qui se vit ici, fidèlement à la tradition, offre un véritable souffle missionnaire à la paroisse. Les religieux et religieuses sont une grâce extraordinaire pour l’Église, comme l’écrivait saint Jean-Paul II en 1996 dans Vita consecrata : « La Vie consacrée, profondément enracinée dans l’exemple et dans l’enseignement du Christ Seigneur, est un don de Dieu le Père à son Église par l’Esprit. Grâce à la profession des conseils évangéliques, les traits caractéristiques de Jésus — chaste, pauvre et obéissant — deviennent « visibles » au milieu du monde de manière exemplaire et permanente et le regard des fidèles est appelé à revenir vers le mystère du Royaume de Dieu, qui agit déjà dans l’histoire, mais qui attend de prendre sa pleine dimension dans les cieux. »
Avec toutes les personnes consacrées, nous contemplons aujourd’hui cette belle entrée de Marie et Joseph au Temple, avec Jésus dans leurs bras. Nous entrons avec eux pour vivre ce mystère joyeux. Nous les voyons s’avancer humblement, en silence, avec émotion et recueillement. Ils présentent au Seigneur leur fils, avec aussi les 2 colombes, sacrifice prescrit par la Loi. Ils s’inscrivent dans la longue tradition du peuple d’Israël. Il y a une foule invisible avec eux. Ils nous invitent à nous approcher et à nous présenter nous-mêmes devant le Seigneur. Et ils nous permettent de prendre cet Enfant, non pas dans nos bras comme Syméon, mais dans notre cœur. Nous le reconnaissons comme notre Dieu éternel et tout-puissant, la source de la vie, le don de la miséricorde. Le Dieu de nos pères a tenu sa promesse. Il est au milieu de nous, notre Sauveur. Et nous chantons avec le vieillard qui attendait la consolation d’Israël : « Mes yeux ont vu le saut que tu préparais à la face des peuples, lumière qui se révèle aux nations ».
Le jour où nous avons été présentés nous-mêmes par nos parents pour recevoir le Baptême – pour ceux qui ont été baptisés tout-petits – cette lumière divine nous a illuminés ; elle nous guide à chacun de nos pas. Comme Marie et Joseph, nos parents répondaient à leur vocation de père et de mère. Non seulement, ils nous donnaient la vie, mais ils nous permettaient d’accueillir la vie nouvelle en étant plongés dans le bain de la nouvelle naissance. Il s’agit d’en vivre aujourd’hui et demain. En gardant Jésus dans nos bras, dans notre cœur. Ne jamais nous en séparer. Chercher à lui ressembler. Grandir en sagesse, avec la grâce de Dieu, comme lui. Comme lui… ça se chante, n’est-ce pas, « Comme lui, savoir dresser la table, Comme lui, nouer le tablier, Se lever chaque jour, Et servir par amour, Comme lui » … eh bien comme lui, donner notre vie, nous offrir au Seigneur dans le temple, avec le pain et le vin à l’autel, pour le salut du monde. Nos parrains et marraines nous ont accompagnés sur ce chemin de la vie chrétienne, ils le font encore ici-bas ou depuis le Ciel. L’Église toute entière le fait parce qu’elle est notre Mère et notre enseignante, Mater et Magistra. Avec elle et en elle, nous écoutons la Parole de Dieu, l’Évangile de la Vie. La foule des saints nous accompagne sur ce chemin de conversion qui prépare en nous l’avènement du Royaume. Il s’agit d’un enfantement, d’un engendrement comme le dit saint Paul en évoquant sa propre paternité spirituelle : « dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus. » (1 Co 4,15)
La paternité et la maternité, font l’objet aujourd’hui d’une extension de significations et de champs d’application possibles. On parle de paternité biologique ou charnelle, de paternité légale, mais aussi – c’est la mode – de paternité d’intention, paternité de substitution. Des enfants ont 2 pères, ou même plus, simultanément ou successivement. Une ministre affirmait même sans vergogne lors du débat sur la bioéthique que le père pouvait désormais être une femme, et même la grand-mère… ! Ce que je crois, c’est que beaucoup de jeunes et d’adultes, frustrés d’une véritable paternité, à la fois charnelle et affective, sont, selon les mots de saint Jean-Paul II, des « orphelins de parents vivants ». Souvent piégés par toutes sortes de dérives idéologiques et de pratiques dangereuses, ils attendent tristement seuls, ils espèrent trouver un père, une mère qui les aime, les aide à grandir. Une authentique paternité ou maternité spirituelle peut alors leur être d’un grand secours. Et même si le rapport de la CIASE semble remettre en question l’appellation de « père », pourtant très traditionnelle en Orient et en Occident, le prêtre exerce bien une forme de paternité, l’évêque aussi. Je peux en témoigner, depuis bientôt 30 ans que je fus ordonné prêtre à la cathédrale saint Bénigne, et bientôt 6 ans que j’ai reçu la consécration épiscopale à la cathédrale Saint-Etienne de Châlons. Vous chers frères prêtres, pouvez aussi en témoigner, n’est-ce pas ? Tout chrétien peut bénéficier de la paternité d’un pasteur ou d’un religieux, ou aussi de la maternité d’une femme consacrée.
Par leur engagement, le don d’eux-mêmes, par la profession des conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance, par leur recherche constante de la volonté de Dieu, leur exercice quotidien de la charité fraternelle dans la vie communautaire, par leur service de Dieu dans la prière, les personnes consacrées orientent toute l’Église vers la réalisation plénière de la promesse de Dieu, vers le Royaume. Merci mes sœurs, pour votre témoignage ! Les personnes consacrées sont un signe, au-delà de leurs faiblesses personnelles – car elles en ont comme tout le monde – un signe de ce à quoi nous sommes tous appelés. Vivre « par lui, avec lui et en lui ». Elles constituent de précieux points de référence car elles essaient de regarder avec le même regard d’amour que Dieu porte sur nous. C’est dans ces trois conseils évangéliques qu’elles puisent les qualités requises pour guider et accompagner leurs frères et sœurs. Chasteté pour être tout à Dieu. Pauvreté pour être riches de l’amour de Dieu. Obéissance pour faire la volonté de Dieu. Renonçant à être père ou mère dans leur chair, elles peuvent le devenir dans leur âme. Elles enfantent et font grandir de nombreux fils et filles, et même beaucoup dont elles ne verront jamais le visage -je pense aux moines ou moniales. Comme sainte Thérèse, la petite carmélite de Lisieux, qui offrait ses petits sacrifices de chaque jour pour les missionnaires à l’autre bout du monde, et pour que grandisse la foi, l’espérance et la charité dans le cœur des croyants. Plus l’amour est grand, plus la fécondité l’est aussi. Les saints en témoignent, de sainte Catherine de Sienne à sainte Mère Teresa de Calcutta. En se décentrant, en s’oubliant soi-même, en se donnant, en s’offrant en sacrifice, les saints d’hier et d’aujourd’hui, « ceux de la porte d’à côté », comme dit le Pape François, et aussi tous ceux qui s’entrainent authentiquement à la sainteté dans la vie consacrée sont des pères et des mères pour nous tous. Et nous rendons grâce pour leur témoignage.
Revenons au Temple, avec Marie et Joseph. Chacun, nous avons reçu Jésus dans nos bras, dans notre cœur ; nous allons le recevoir dans la communion eucharistique. Nous sommes là, ce soir, devant l’Enfant Jésus qui est né à Bethléem et a grandi à Nazareth. Chacun, nous pouvons redire au Seigneur l’invocation du 7ème mystère de la Sainte Enfance : « Adorable Enfant, offre-nous à Dieu ton Père avec Toi, que nous soyons tout livrés à l’Amour. » Nous lui exprimons en silence notre joie de le connaître, de le savoir vivant en nous, de nous laisser éclairer par lui, de marcher à sa suite vers le Royaume où nous le contemplerons face à face dans l’éternité. Et nous redisons cette prière qui conclut la petite couronne : « Jésus, attire-moi tout à Toi. Que je vive comme Toi et pour Toi, dans la simplicité et la persévérance les joies et les épreuves de cette vie, Pour vivre dans Ta gloire au Ciel avec Toi »
Amen.
Chers frères et sœurs,
chers confrères et consoeurs de l’archiconfrérie des vignerons de Champagne,
C’est une joie pour moi de vous retrouver après la grande frustration générale de l’année dernière. Nous n’avions pu nous rassembler pour fêter saint Vincent, notre saint patron, ici à Épernay, capitale du Champagne. Certes, les conditions de cette année ne sont guère meilleures, presque pires… enfin on ne sait pas vraiment … et pourtant, nous avons pu maintenir notre cortège et la célébration de la messe. Je m’en réjouis avec vous, las que nous sommes d’être bercés depuis 2 ans par les statistiques morbides et de devoir vivre avec des barrières et des distanciations. Comme tout le monde, nous espérons en sortir, et retrouver les chemins de la vie familiale, des relations sociales, et de la fraternité sans masque. C’est notre espoir, une fois achevée cette période de contraintes.
Cette crise sanitaire sans précédent laissera un impact très fort sur notre société. Il y avait déjà le terrorisme, et d’ailleurs ça continue au point que, en France, il faille désormais envoyer des soldats en tenue de combat pour protéger les catholiques qui se rassemblent dans les églises. Il y avait des tensions sociales, et ça continue avec des déchainements de violence incroyables, des passions exacerbées, des doutes abyssaux, une défiance généralisée, sans oublier les églises vandalisées et profanées. Il y a aussi les difficultés rencontrées par les soignants qui furent applaudis à une époque, et aussi par les enseignants devenus secrétaires médicaux. Épuisement, fatigue morale, phobies, tensions, violences. Tout se tient.
Le monde viticole champenois n’a pas été épargné ! Les fêtes familiales ou villageoises ont été annulées en grand nombre, les salons et les foires souvent empêchés de se tenir, les restaurants fermés pendant des mois… les ventes s’en sont ressenties et ont fait des montagnes russes. En plus de cela, les russes ont voulu tendre une embuscade commerciale aux champenois ! Il ne faut pas oublier non plus la sécheresse, et une vendange en conséquence. Alors ? Que fait-on ? Tous ces changements passés, actuels et à venir doivent-ils nous démobiliser ? nous faire perdre confiance ? Nous monter les uns contre les autres pour tirer notre épingle du jeu ?
Ma présence aujourd’hui avec vous tous, sous le regard de saint Vincent, est celle du pasteur qui va chercher la brebis perdue, la prend sur ses épaules et la ramène à la bergerie. Je vous offre pour cela la force paisible et lumineuse de la Parole de Dieu. Vous l’avez remarqué, j’ai souhaité cette année qu’en tête de notre grand cortège, nous portions les reliques de saint Vincent. Cela signifie que notre saint patron nous guide et nous accompagne. Mais plus encore, à travers lui, saint martyr ayant donné sa vie jusqu’au bout, et aussi à travers moi, évêque, successeur des apôtres – même si je suis loin d’être un saint – c’est Jésus qui est avec nous, au milieu de nous, c’est Lui qui nous guide et qui nous parle. Il nous enseigne le chemin de l’espérance parce qu’il nous rappelle la promesse éternelle de Dieu.
Déjà dans le récit du buisson ardent, extrait du livre de l’Exode, nous observons que Dieu attire Moïse à lui à travers ce buisson qui ne se consume pas, il l’appelle pour lui confier une mission au service du peuple qui vit une épreuve terrible en Égypte. « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple… j’ai entendu ses cris… je connais ses souffrances. » C’est le premier point que nous pouvons retenir : Dieu ne reste pas étranger à nos difficultés et nos épreuves du moment. La révélation chrétienne nous permet de connaître un Dieu proche, pas un grand horloger qui remonterait les pendules, pas un garde-chiourme qui donnerait la bastonnade. Vous le savez, nous venons de fêter la Nativité du Seigneur, la naissance de Jésus à Bethléem. Et comme nos petits santons, chacun a pu s’approcher de la crèche pour contempler ce grand mystère : Dieu est présent dans un enfant. Il est venu vivre comme nous, partager nos joies et nos peines. Dieu n’est pas venu instaurer un monde de rêve d’un coup de baguette magique. Non, l’Immortel est venu faire mourir la mort en mourant lui-même sur la croix. Cette proximité de Dieu révélée dans le mystère de Noël nous soutient aujourd’hui et nous invite à nous faire proches les uns des autres par une véritable fraternité. Pas simplement par l’inscription du mot sur le fronton des mairies ou des écoles, ou par le nom de « confrères et consœurs » que nous portons, mais par une vie donnée aux autres, en particulier aux plus fragiles. La pandémie a suscité beaucoup de comportements fraternels authentiques, j’en ai été témoin. Le défi ne doit pas s’arrêter maintenant par lassitude, ou plus tard avec une situation redevenue normale…
Deuxième point que nous enseigne le texte du buisson ardent : Dieu vient nous sauver. « Je suis descendu pour délivrer mon peuple de la main des égyptiens, et le faire monter vers un beau et vaste pays ruisselant de lait et de miel ». C’est une espérance formidable que Dieu confie à Moïse pour tout le peuple. La promesse de Dieu permet de rester debout et d’avancer sur le chemin de la vie. Cette promesse se réalise pleinement dans la résurrection de Jésus au matin de Pâques, sa victoire sur la mort. C’est notre foi chrétienne, même si c’est inconcevable pour l’intelligence humaine. C’est la foi que nous avons reçue au jour de notre baptême. Oui, il y aurait de quoi se décourager parfois… la vie semble aller vers le néant, les épreuves sont trop lourdes à porter. Oui, nous avons envie de crier, nous aussi, notre souffrance, notre angoisse, notre inquiétude. Certes nous entendons des discours qui nous promettent monts et merveilles, surtout en période électorale. Mais ce sont des promesses à courte vue, si on réfléchit bien … et nous savons qu’elles sont difficiles à tenir ! Dieu, lui, nous parle de vie éternelle, vous avez bien entendu dans l’Évangile : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle ». Saint Vincent le savait, lui qui a accepté de subir le martyre. Il ne l’aurait pas fait s’il n’était pas convaincu du sens qu’il pouvait donner à sa mort, dans une magnifique configuration au Christ sur la croix. Il ne l’aurait pas fait s’il n’avait pas cru en sa propre résurrection avec Jésus. Il ne l’aurait pas fait s’il n’avait pas appris que « celui qui veut sauver sa vie la perd, mais celui qui perd sa vie pour Jésus et pour l’Évangile la garde pour la vie éternelle ». De cela nous pouvons en retenir l’invitation à donner notre vie pour nos frères dans une recherche inlassable du bien commun plus que de l’intérêt individuel, dans un souci de protéger toute vie humaine depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, et dans un engagement résolu pour la justice sociale et la solidarité. Tout cela dira quelque chose de Dieu à notre humanité en souffrance.
Ainsi donc, chers frères et sœurs, vous qui travaillez la vigne avec expertise, patience, persévérance, amour de votre métier et de notre terroir champenois, ne voyez-vous pas comment le Seigneur vous fait signe aujourd’hui ? Comme il l’a fait pour Moïse, il vous appelle et il vous envoie. Il vous appelle de là où vous êtes, de là où vous en êtes, comme vous êtes, avec votre foi vive ou endormie, avec votre cœur de chair ou votre cœur de pierre, avec votre générosité ou votre égoïsme, avec votre ardeur ou vos abandons. Il est là au milieu de nous, avec nous. Il vous fait confiance. Il vous fait signe au cœur d’un monde en souffrance. Et il vous envoie pour être des messagers de la paix, des ouvriers de la fraternité, des prophètes de l’espérance, des missionnaires de la charité, des témoins de la vérité. Le vin que vous produisez n’est-il pas le plus beau message de fraternité, avec modération bien sûr ? N’est-il pas le vecteur de la joie partagée ? N’est-il pas une lumière dans notre monde de ténèbres ? Rappelez-vous que Jésus a transformé l’eau en vin à Cana pour que la fête du mariage ne soit pas gâchée – C’était peut-être du Champagne ! – Souvenez-vous que Jésus a pris la coupe de vin en disant : « ceci est la coupe de mon sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ». C’est ce que nous célébrons maintenant, avec du « vin clair » … de Champagne. Certes vous n’êtes pas prêtres, comme moi et l’abbé David que j’ai eu la joie d’ordonner samedi dernier à la cathédrale, et qui exerce son ministère ici dans le vignoble, mais vous êtes appelés et envoyés pour répandre autour de vous, par votre témoignage de vie évangélique, comme saint Vincent, le message séculaire et éternel de l’amour de Dieu répandu dans les cœurs. Si vous vous sentez prêts et dignes de communier aujourd’hui, dites-vous bien que vous recevez un Trésor qui n’a pas de prix, l’Amour infini de Dieu, et que votre mission dépasse toutes les œuvres humaines. Dieu ne sauve pas le monde sans nous ou malgré nous, mais avec nous. Il nous revient, nourris de la sainte Eucharistie, revêtus de sa grâce, d’aller travailler à la vigne du Seigneur et de préparer une formidable vendange de charité et d’espérance.
Amen.

Chers frères et sœurs,  

cher David, 

alors que s’achève demain le temps liturgique de Noël avec la célébration du Baptême du Seigneur qui marque en quelque sorte l’inauguration du ministère de Jésus, nous allons d’épiphanie en épiphanie. Dimanche dernier, nous célébrions la venue des mages à Bethléem, et tout au long de cette semaine, l’Évangile a offert à notre méditation d’autres évènements qui furent autant d’épiphanies du Seigneur, des manifestations de sa présence active pour le salut de l’humanité : lundi, les guérisons opérées par Jésus en Galilée ; mardi, la multiplication des pains ; mercredi, la tempête apaisée ; jeudi, la lecture d’Isaïe à la synagogue de Nazareth ; hier, la guérison d’un lépreux. Aujourd’hui, nous entendons les paroles du Baptiste. Il s’efface devant Jésus en disant : « Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui […] Lui, il faut qu’il grandisse, et moi, que je diminue». Saint Jean-Baptiste nous présente Jésus comme Celui qui vient du Ciel. Nous accueillons toutes ces épiphanies comme des étoiles pour éclairer nos cœurs et nous guider sur le chemin de la vie.  

Autre « épiphanie » – je reprends ce mot à dessein – l’ordination d’un prêtre. À travers les gestes de mon humble ministère, soutenu par votre prière ardente, voilà qu’un homme, choisi par Dieu parmi les baptisés que nous sommes tous, va être configuré au Christ Prêtre et Pasteur pour exercer le ministère, comme une prolongation, une perpétuation du ministère de Jésus, et donc une manifestation de Dieu qui nous sauve, une épiphanie. 

J’entends déjà des remarques comme notre époque en a le secret : « David n’est pas le Messie, tout de même ! », « vous y allez un peu fort en rapprochant ainsi le prêtre et le Christ », « vous semblez oublier que tous les baptisés sont aussi des images du Christ », « ne tombez-vous pas dans le piège du cléricalisme ? », « on ne peut pas parler comme cela du prêtre aujourd’hui…les temps ont changé »… Mais non, rassurez-vous, ces raccourcis simplistes ne mènent pas loin. Je sais bien que l’épouvantail du cléricalisme est facile à agiter en ce moment, au point de faire de tout clerc un homme dont il faudrait se méfier. Non, non et non ! Ça suffit ! Chers frères prêtres, vous avez ici tout mon soutien et je vous redis mes encouragements. Notre ministère est beau et grand, et nous y serons fidèles jusqu’au bout ! Je sais aussi que tous les baptisés partagent la même dignité et la même vocation à la sainteté. À vous tous, frères et sœurs qui aimez l’Église et la servez, je redis aussi mes encouragements et ma reconnaissance.  Notre nom de chrétiens (christiani) est beau et grand, et nous veillons à en être dignes ! Il faut bien faire attention à ne pas nous laisser piéger par des idéologies qui visent à opposer les personnes, ou par des groupes de pression qui voudraient instrumentaliser la question des abus pour effacer la constitution apostolique de l’Église et dénaturer le sacerdoce catholique. De même pour les courants de pensée qui, à l’inverse, placent le prêtre sur un tel piédestal qu’il en deviendrait comme un ange ou un dieu sur terre. C’est pourquoi, quelques minutes avant d’invoquer le Saint-Esprit sur notre frère David, je veux reprendre avec vous quelques points de l’enseignement de l’Église, tirés du décret du concile Vatican II Presbyterorum Ordinis sur le ministère et la vie des prêtres. Cet enseignement rejoint le grand mystère de l’incarnation de Dieu, célébré à Noël et jusqu’à demain : Jésus de Nazareth est « vrai homme et vrai Dieu », comme nous l’affirmons dans notre profession de foi. De même comme dans tous les sacrements, action de Dieu signifiée par une réalité humaine, nous retrouvons dans l’ordination du prêtre ces deux dimensions humaine et divine : « Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, […], les prêtres vivent avec les autres hommes comme avec des frères. C’est ce qu’a fait le Seigneur Jésus : Fils de Dieu, homme envoyé aux hommes par le Père, il a demeuré parmi nous et il a voulu devenir en tout semblable à ses frères, à l’exception cependant du péché. […] Par leur vocation et leur ordination, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont, d’une certaine manière, mis à part au sein du Peuple de Dieu ; mais ce n’est pas pour être séparés de ce peuple, […] ; c’est pour être totalement consacrés à l’œuvre à laquelle le Seigneur les appelle. Ils ne pourraient être ministres du Christ s’ils n’étaient témoins et dispensateurs d’une vie autre que la vie terrestre, mais ils ne seraient pas non plus capables de servir les hommes s’ils restaient étrangers à leur existence et à leurs conditions de vie. » (§3). 

Ainsi donc, tout prêtre peut et doit redire avec moi, comme Jean-Baptiste : « je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui. […] Lui, il faut qu’il grandisse, et moi, que je diminue ». Autrement dit : je suis un homme comme vous, un baptisé comme vous, un disciple comme vous, un pécheur comme vous, mais j’ai reçu une grâce particulière qui fait de moi le serviteur du Seigneur, et votre serviteur, votre guide, votre pasteur pour vous aider à vivre avec le Christ, en me donnant tout entier en sacrifice, sans compter et sans regarder en arrière. Le concile le dit ainsi : « le sacerdoce des prêtres, s’il repose sur les sacrements de l’initiation chrétienne, est cependant conféré au moyen du sacrement particulier qui, par l’onction du Saint-Esprit, les marque d’un caractère spécial, et les configure ainsi au Christ Prêtre pour les rendre capables d’agir au nom du Christ Tête en personne »(§2). 

Voilà la clé du sacrement de l’Ordre : agir au nom du Christ. Tout ça, oui. Et rien de moins, rien de plus. C’est cela qui est beau et qui fait notre joie aujourd’hui pour David, pour ses chers parents et sa famille, pour ses amis bourguignons et pour notre Église diocésaine, pour nos 2 séminaristes. Voici un homme, disciple du Seigneur, qui choisit de « quitter son père et sa mère, sa terre… » pour servir ici le Peuple de Dieu. Il le fera avec ce qu’il est, et ce qui l’a construit jusqu’à aujourd’hui, y compris les 2 dernières années en insertion missionnaire dans la Brie puis dans le Vignoble. Il le fera surtout avec la grâce de Dieu : l’ordination ne fait pas de lui un surhomme, ni un petit chef autoritaire qui fait tout partout et tout de suite, ni un fonctionnaire du culte qui assure le minimum et attend qu’on vienne à lui, mais un serviteur passionné dont la vie est enracinée dans la prière, un pasteur qui guide et enseigne avec charité et délicatesse, un missionnaire de l’Évangile, un prophète de l’espérance, un prêtre qui se donne en sacrifice et qui pardonne, un homme de communion et de miséricorde, toujours dans l’obéissance qui le lie à son évêque, « moi-même et mes successeurs » selon la formule du pontifical des ordinations.  

Première mission du prêtre : « Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui » comme ministre de la Parole de Dieu. Le concile rappelle que c’est le premier devoir du prêtre que d’annoncer l’Évangile à tous, car « C’est la parole de salut qui éveille la foi dans le cœur des non-chrétiens, et qui la nourrit dans le cœur des chrétiens »(§4). Prêcher l’Évangile, c’est d’abord en vivre. C’est aussi « enseigner, non pas [leur] sa propre sagesse, mais la Parole de Dieu, et inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté »(§4). Dans un monde où chacun trouve ou construit son propre magistère sur internet et les réseaux sociaux, et où tant de personnes sont accablées et désorientées, il est urgent de proclamer l’Évangile, parole de vie et de vérité, parole d’espérance et de confiance, parole de salut et de miséricorde. Le prêtre n’est pas un professeur qui assène des leçons de façon abstraite du haut de sa chaire, ni un gourou qui séduit par son éloquence, il est un porte-parole, un porte-voix de Jésus qui rejoint chacun dans la réalité de sa vie, marche avec lui sur la route, ouvre son intelligence et fait brûler son cœur de la charité divine. 

Deuxième mission : « Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui » comme ministre des sacrements. Les pères du concile nous le disent : « par le ministère de l’évêque, Dieu consacre des prêtres qui participent de manière spéciale au sacerdoce du Christ, et agissent dans les célébrations sacrées comme ministres de celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale »(§5). Le prêtre n’est pas au-dessus des sacrements, il en est d’abord bénéficiaire car il reçoit comme nous la grâce du mystère pascal : baptisé et confirmé, il se nourrit de l’Eucharistie avant de la distribuer aux fidèles, et il reçoit le pardon de ses propres péchés avant de donner l’absolution, il reçoit lui aussi l’onction des malades dans sa faiblesse. Et quand il agit avec l’étole, il n’est pas un magicien ou un druide qui accomplirait des rites vidés de sens : par sa présence, ses paroles, ses gestes, c’est Jésus qui est là, Jésus qui parle, Jésus qui offre sa grâce, sa vie, Jésus qui donne le pardon, la guérison, la nourriture spirituelle. Le point culminant, source et sommet de toute vie chrétienne et de l’évangélisation, c’est l’Eucharistie, dans laquelle la configuration au Christ Prêtre apparaît de façon éminente : « ceci est mon corps » dit le prêtre sur le pain, et non « ceci est le corps du Christ ». Le prêtre s’offre en sacrifice chaque fois qu’il préside à l’autel, et il introduit le peuple de Dieu dans cette offrande. D’ailleurs, la nouvelle traduction du missel romain remet davantage en valeur l’articulation entre le sacerdoce des fidèles et le sacerdoce des prêtres, telle que le concile nous l’enseigne : « Les prêtres apprennent donc aux fidèles à offrir la victime divine à Dieu le Père dans le sacrifice de la messe, et à faire avec elle l’offrande de leur vie »(§5).  

Troisième mission enfin : « Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui » comme pasteur. « Exerçant, pour la part d’autorité qui est la leur, la charge du Christ Tête et Pasteur, les prêtres, au nom de l’évêque, rassemblent la famille de Dieu, […] et par le Christ dans l’Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père. Pour exercer ce ministère, comme pour les autres fonctions du prêtre, ils reçoivent un pouvoir spirituel, qui leur est donné pour l’édification de l’Église »(§6). Nous le voyons bien dans ces quelques mots, le vrai pasteur, c’est le Christ ; la Tête du Corps, c’est le Christ. Le prêtre est là pour guider au nom du Christ et rassembler autour du Christ. Il ne s’agit pas pour lui de constituer sa cour ni de rassembler ses fans, mais d’aller chercher la brebis égarée, celle qui est perdue, de la prendre sur ses épaules et de la ramener à la bergerie (cf Jn 6). Le pasteur ne pilote pas une entreprise tel un gestionnaire ou un directeur. Il donne sa vie pour ceux dont il a reçu la charge. Il les connaît, il les sert, il les aime et se montre toujours disponible pour accueillir, visiter, écouter, réconforter. Cette dimension très relationnelle de son ministère exige de lui, outre la résidence dans sa paroisse, une collaboration étroite avec les fidèles laïcs, promouvant leur rôle dans la mission de l’Église, respectant leur liberté et les écoutant volontiers, tenant compte de leurs désirs et reconnaissant leur expérience et leurs compétences, discernant leurs charismes et leur faisant confiance en leur remettant des charges au service de l’Église (cf PO §9). La fameuse Église synodale, elle est là. 

Nos pauvres moyens ne nous permettent pas d’être partout et de tout faire. Notre diocèse s’est donné, à travers mon ministère de successeur des Apôtres, un projet missionnaire dont la vision est de développer, tels des « prophètes de l’espérance », des oasis de vie chrétienne dans le désert. Je pense que cette ordination est une oasis, un grand moment de joie et de fraternité, un lieu de grâce et de renouveau, un appel. Une épiphanie. 

Voulez-vous, dans un moment de grand et profond silence, prier le Seigneur de faire se lever parmi nous, après David, et après Jean et Wandrille qui poursuivent leur formation au séminaire de Paris, des hommes qui diront « me voici » pour prendre la relève au service du saint Peuple de Dieu en répétant : « je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé par lui » ? 

Amen. 

Chers frères et sœurs,
Nous vivons des temps bien troublés et nous nous demandons si nous allons en sortir un jour. La pandémie nous fait vivre, les uns dans l’angoisse ou la révolte, les autres dans l’incompréhension… en sortirons-nous un jour avant la 28ème vague ou la 43è vague ? La vie de l’Église entachée par l’effroyable constat des abus en tous genres, par la traque et la curée publiques et médiatiques d’un archevêque, par les querelles liturgiques qui resurgissent suite aux décisions du Pape… en sortirons-nous un jour avant que l’Eglise ne soit réduite à rien et que l’autorité des évêques ne soit totalement décrédibilisée ? Les tensions internationales, les bruits de bottes aux frontières de l’Europe, les drames des migrations… en sortirons-nous un jour avant que tous les espoirs de paix et de fraternité ne se soient évaporés ?
Le temps liturgique de l’Avent nous a permis de préparer les chemins du Seigneur, en abaissant les montagnes qui nous séparent et en comblant les ravins qui nous divisent. St Jean-Baptiste a été notre guide spirituel. Eh bien : voici venu le Jour de la Nativité ! Voici venu le jour de la promesse tenue ! Voici le jour du salut ! Le jour de notre délivrance ! Nous fêtons dans l’allégresse la naissance de Dieu parmi les hommes à Bethléem, sa venue parmi nous aujourd’hui. Le maître des temps et de l’histoire vient changer le cours de l’histoire. C’est d’ailleurs depuis cette date que nous comptons les années « avant et après Jésus-Christ », et même les non-chrétiens le font ! Faisons un petit détour par le récit du péché originel dans le livre de la Genèse. Il nous dit cette vérité de foi : l’humanité, créée bonne par Dieu, a été défigurée par le péché des hommes. L’ordre de la création est devenu un désordre. Dans le mystère de son Incarnation, Dieu vient sauver son peuple. C’est ce que veut dire le nom de Jésus : « Dieu sauve ». Voici donc le jour où nous sommes sauvés, ni par un vaccin ou par candidat aux élections, mais par Dieu lui-même. Cette fête de la Nativité n’est pas un spectacle ni un film d’aventure. Elle est un grand mystère de la foi chrétienne, et nous tombons à genoux pour contempler Dieu dans ce petit enfant si fragile et pauvre. La pandémie, les blessures de l’Église, les tensions internationales ne disparaissent pas d’un coup de baguette magique, certes, mais Dieu vient vivre nos épreuves, nos fragilités humaines pour nous en délivrer par son offrande sur la croix. C’est ça Noël ! La naissance d’un tout-petit qui change la face du monde.
Je vous invite à laisser résonner dans vos cœurs cette expression sublime de saint Irénée que le Pape déclarera bientôt « Docteur de l’Église » : « C’est le Verbe de Dieu qui a habité en l’homme et qui s’est fait fils de l’homme pour habituer l’homme à recevoir Dieu et habituer Dieu à habiter en l’homme ». On la résume souvent en disant : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu », formule reprise par saint Athanase, saint Grégoire de Naziance et saint Grégoire de Nysse au IVè siècle.
Qu’est-ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui ? À quoi sommes-nous invités par l’Emmanuel ? Cette déification n’a rien à voir avec le transhumanisme par lequel l’homme a aujourd’hui la même prétention qu’Adam et Ève, celle de prendre la place de Dieu en se passant de lui. Le serpent leur avait bien dit « mais si, allez-y, mangez du fruit défendu, vous serez comme des dieux ». Non, il ne s’agit pas, pour nous, de prendre la place de Dieu ou de préparer notre avenir sans Dieu, mais au contraire d’accueillir Dieu dans nos vies afin de lui ressembler et de partager sa vie divine aujourd’hui et pour l’éternité. Il se produit un échange merveilleux entre Dieu et l’homme. Dieu épouse notre condition humaine pour que nous puissions partager sa vie divine et sa gloire pour toujours. C’est le but de notre vie. Il n’y en a pas d’autre.
Et cette promesse peut et doit trouver des traductions concrètes dans notre vie quotidienne. Car le message de Noël est à transmettre encore et encore, surtout quand la pression idéologique ne parle plus que des « fêtes de fin d’année » et refuse le signe des crèches qui appartient à notre culture chrétienne.
Ainsi donc, c’est Noël quand un disciple de Jésus (vous j’espère !) donne un verre d’eau à celui qui a soif ou visite celui qui est malade. Cela peut sembler banal. Mais non, par ce geste, la personne assoiffée ou affamée, la personne malade trouve la vie, retrouve sa dignité perdue. Ce geste de fraternité est une expression de la miséricorde que Dieu nous manifeste par sa naissance, et même une sorte de préfiguration du salut éternel qu’il nous promet. Tout bon samaritain nous dit quelque chose du Sauveur.
Pareillement, c’est Noël quand l’Église prend la parole au cœur de la société pour défendre la vie de toute personne humaine, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Alors que des parlementaires ne cessent de remettre sur le tapis par des assauts successifs des projets de loi pour allonger le délai d’avortement (à venir au Sénat prochainement), ou pour autoriser le suicide assisté (comme on dit pudiquement), l’Église rappelle le caractère inviolable de toute vie humaine comme elle le fait dans son Magistère en refusant la peine de mort ou en invitant à vivre l’hospitalité pour les réfugiés, l’accompagnement les personnes handicapées, l’assistance aux familles en difficulté, etc. Chaque foi, c’est une parole de vérité et de lumière qui vient éclairer le monde. « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée », nous dit saint Jean dans le prologue de son Évangile. C’est cette espérance qui pousse l’Église à parler « à temps et à contre-temps » comme le dit saint Paul.
Enfin, c’est aussi Noël lorsque le prêtre prend le pain et le vin, invoque l’action de l’Esprit-Saint et montre au peuple le Corps et le Sang du Seigneur avant de les lui donner en nourriture. Ce minuscule morceau de pain ne nourrirait pas un homme pour sa journée de travail. Mais il est par l’action de Dieu le Pain de la vie éternelle par lequel nous recevons toute l’abondance de la grâce, l’amour infini du Seigneur pour nous. C’est Noël à chaque messe. Nous aurons la joie de célébrer l’ordination d’un prêtre le 8 janvier prochain. Nos communautés qui manquent cruellement de pasteurs en nombre suffisant doivent se rassembler pour accueillir ce grand mystère du choix de Dieu : il appelle un homme, fragile comme nous tous, pour en faire, par l’imposition des mains, le signe sacramentel de Jésus-Christ, vrai Pasteur et unique Prêtre. C’est Noël quand le prêtre annonce et enseigne la Parole de Dieu, quand il consacre le pain et le vin et les distribue en communion, quand il pardonne les péchés, quand il bénit les fidèles, quand il donne l’onction sainte aux malades.
« Dieu se fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Chacun, et je vous y invite, nous pouvons chercher et saisir toutes les occasions d’accueillir la présence du Seigneur pour grandir en sainteté et vivre de sa vie. Chacun, nous pouvons chercher et saisir toutes les occasions pour manifester sa présence autour de nous en vivant selon ses commandements avec pauvreté et humilité, dans une véritable fraternité et le service de la charité.
Noël n’est pas une simple commémoration historique d’un événement important. Noël n’est pas une simple fête religieuse de plus en plus païenne. Noël n’est pas un championnat de gastronomie. Noël, c’est « Dieu parmi nous », « Dieu avec nous » « Dieu en nous ». Chantons ce grand mystère de notre foi, mettons-nous à genoux pour contempler, et debout pour agir et le rendre visible. Amen.

Chers frères et sœurs, 

Tout est allé bien vite, trop vite. « Quelle dégringolade ! » m’a dit Michel le soir du 11 novembre alors que je lui rendais visite à l’hôpital. Il était déjà extrêmement affaibli, prostré, très changé. Nous avons un peu discuté, il me répondait par quelques mots à peine. Avant de prier ensemble le « Notre Père » – très belle minute de communion – le Seigneur m’a inspiré d’évoquer devant lui ses frères du Prado qui viendraient le lendemain pour lui donner l’onction des malades ; et de lui faire confirmer les 3 points d’ancrage de la spiritualité des pradosiens, engagés à la suite du Bienheureux Père Chevrier : la crèche, la croix, le tabernacle. Il m’a répondu : « là, c’est la croix, et pour de bon ! » En effet, le chemin de croix était pour lui très douloureux, vertigineux même. Il y avait bien des « Simon de Cyrène » qui voulaient l’aider à porter cette croix si lourde : les membres de sa famille, ses paroissiens et collaborateurs, ses frères prêtres, l’équipe d’aumônerie, les soignants. Mais ce chemin l’a conduit inexorablement vers la mort, accompagné avec attention et délicatesse. Aujourd’hui, autour de son corps, nous célébrons, dans le sacrement de l’Eucharistie, la Pâque du Seigneur Jésus à laquelle il est invité à participer. Et nous qui sommes sans voix, le cœur et les yeux pleins de larmes, nous cherchons en nous le souffle de Dieu pour dire, redire, crier, chanter en qui nous croyons. Nous nous tournons vers Jésus de la crèche, Jésus sur la Croix, Jésus au tabernacle pour affirmer notre foi : nous croyons que Dieu est présent parmi nous, tout spécialement dans les plus petits, nous croyons que cette croix s’éclaire pour Michel et pour nous de la lumière éternelle de la résurrection, nous croyons que Jésus est le Pain de la Vie venant combler notre faim. Aujourd’hui, dans cette célébration qui nous rassemble si nombreux dans un immense chagrin et aussi dans une grande espérance, nous confions à la miséricorde du Père notre frère qui avait donné toute sa vie pour manifester au monde la présence simple et pauvre de Dieu au milieu de nous.   

La crèche : une mangeoire pour les animaux, le lieu où Dieu se révèle sous les traits d’un enfant fragile, pauvre, dépendant de sa mère et de son père. « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ». Notre Dieu est venu partager notre humanité avec toutes ses faiblesses sauf le péché, il a été confronté aux injustices, à la violence, à l’exclusion. Déjà à Bethléem, il n’y avait pas de place pour lui dans les maisons où les familles s’étaient installées. Déjà à Bethléem, il a été traqué par Hérode et sa violence meurtrière. Déjà, depuis Bethléem, il est parti en exil. Aujourd’hui notre humanité vit ce drame de la pauvreté et de la violence dans les quartiers populaires et jusque dans nos villages du Perthois, et ce drame de l’exil sur les frontières le long des barbelés, en Méditerranée ou en Manche à bord de radeaux de fortune. En 1991, Michel avait demandé à l’évêque de vivre la proximité de Dieu, celle du petit enfant de la crèche, celle du Dieu-fait-homme, en partageant la vie des hommes et femmes de son temps, habitant au milieu d’eux et travaillant comme eux. Il écrivait ceci : « la visée missionnaire nous rappelle le sérieux de notre foi en Jésus-Christ vivant au cœur du monde par son Esprit qui nous appelle à prendre au sérieux la vie des hommes, car c’est cette vie humaine qu’il s’agit d’évangéliser et de sauver […] Je souhaite poursuivre un travail de terrain, un travail d’accompagnement avec des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants en situation de précarité et d’exclusion. Si je propose cette démarche, ce n’est pas pour faire ‘mon truc’, mais bien pour éveiller d’autres à travailler dans ce sens. » Ce sera son expérience pendant une quinzaine d’années, alternant travail professionnel, chômage, et présence à la Bidée à Châlons auprès des familles et des associations, avec le soutien des mouvements d’Action Catholique. Expérience qui aura habité son ministère dans cette paroisse St Bernard depuis 2005, et celle d’à côté, paroisse Ste Geneviève, depuis 4 ans, avec une généreuse attention à tous, à vous tous qui êtes là et qui êtes venus, croyants ou non, témoigner de votre reconnaissance envers cet homme, cet ami, ce serviteur, ce prêtre du Seigneur. Présence d’Église comme une crèche. C’est simple et pauvre, mais tellement vrai. Comme un enfant ! Les enfants de l’ACE qu’il a accompagnés en demeurent un signe vivant.  

La Croix : le lieu où Dieu va jusqu’à l’anéantissement, au dépouillement total. Il se révèle à l’humanité sous les traits d’un condamné à mort, torturé, injurié, frappé, rejeté. Le Dieu tout-puissant qui choisit d’être impuissant devant ses bourreaux. Il ne se révolte pas, ne se débat pas, ne cherche pas à être le plus fort, il offre dans le silence, il prie. Il est fort dans sa faiblesse. Jésus offre sa vie et donne à l’humanité le trésor du pardon qui relève et fait revivre. « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur ! » nous dit le Prophète Isaïe. Notre frère Michel a rencontré la Croix : il nous disait souvent sa révolte intérieure, sa souffrance, parfois de façon un peu rude ; il nous partageait ses difficultés, sa désolation même, ses découragements devant le peu de forces vives, les appels tombés dans le vide, et surtout devant le manque de saveur évangélique, y compris dans la vie de l’Église. Il décrivait avec douleur la pauvreté rencontrée à deux pas de chez lui, comme il l’avait côtoyée en quartier populaire et dans le monde du travail, spécialement comme veilleur de nuit. Il nous offrait aussi de lumineuses réflexions pastorales par des interpellations finement ajustées, il évoquait sans la ramener de belles initiatives apostoliques, tels ces foyers réunis pour réfléchir, ou ces personnes acceptant d’offrir leurs services, pas seulement dans la vie des paroisses, mais aussi dans une équipe communale ou une association d’entraide. Une croix qui toujours se nimbait de lumière. Une croix signe d’amour et de fraternité. Un cœur transpercé par la violence des hommes, mais des bras étendus pour offrir amitié et affection. « Le Seigneur fera disparaître la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages » dit le prophète : alors que, muni de mon attestation, je lui rendais visite pendant le confinement, il m’avait confié sa joie d’approfondir son ministère de pasteur dans un contact renouvelé avec les familles en deuil qu’il accompagnait dans la préparation et la célébration des obsèques. Nombreux sont ceux ici qui pourraient en témoigner.  

Enfin, le tabernacle : le lieu où Dieu se donne à nous comme nourriture. L’Eucharistie. Nous reconnaissons, avec les yeux de la foi, nous croyons que ce petit morceau de pain, si simple et pauvre, c’est le Corps du Seigneur. Nous croyons que Dieu est présent, et nous avons à cœur de rester là pour le regarder, pour l’aimer, pour l’écouter, pour nous laisser illuminer, ou même irradier de sa sainteté et de sa tendresse. C’est le pain des hommes qui devient le Pain de Vie par l’action de l’Esprit-Saint et le ministère du prêtre. Nous ouvrons nos mains pour recevoir des mains du prêtre ce don précieux de l’amour infini de Dieu, la nourriture de la charité qui nous conduit à donner notre vie pour nos frères. L’Eucharistie construit la communauté, fortifie la charité dans le cœur de chacun, elle est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » selon les mots du concile Vatican II, …Eucharistie pourtant tellement délaissée aujourd’hui…  Quand il fut chargé d’accompagner les séminaristes – et certains ici s’en souviennent – il posait ces questions à l’évêque en 1993 : « comment rendre attrayante la vie du prêtre diocésain dans un presbyterium vieillissant ? Comment accueillir les séminaristes qui arrivent ? Comment les prêtres sont à même de travailler en coresponsabilité avec d’autres prêtres et avec des laïcs ? » Des questions vraies, profondes, pertinentes. Des questions qui sont les mêmes aujourd’hui, 30 ans après, alors que le nombre de prêtres a été divisé à peu près par 4 ou 5. Déjà dans le cadre de sa famille, sa mort provoque aussi un vide immense dans le presbyterium diocésain, dans l’équipe de l’espace missionnaire du Perthois, et dans le cœur de l’évêque. 35 prêtres dont 17 seulement ont moins de 75 ans. Voulez-vous demander avec moi au Seigneur de guider ceux qu’il appelle sur le chemin d’une réponse généreuse et joyeuse ? Voulez-vous demander avec moi au Seigneur les prêtres et pasteurs dont nos communautés ont besoin ? Voulez-vous demander avec moi au Seigneur de renouveler nos cœurs de baptisés afin que, tous ensemble, dans la complémentarité de nos vocations, nous construisions l’Église ? Voulez-vous avec moi renouveler nos communautés chrétiennes en nous lançant vraiment dans la Mission, non pour faire tourner l’institution, mais pour conduire à Jésus ?  

C’est la rencontre avec Jésus qui prime sur tout le reste et qui introduit dans « la joie de l’Évangile ». La crèche, la croix et le tabernacle ont été des lieux de rencontre entre le père Michel Schadeck et le Seigneur Jésus. A quelques jours de l’entrée en Avent, et alors que nous allons préparer nos crèches de Noël, apprenons de cette rencontre à faire de notre vie une crèche, à éclairer la croix de chaque jour, et à venir là, devant le tabernacle, faire cette même rencontre d’amour et de miséricorde avec Jésus. 

Amen.

Chers frères et sœurs,
Nous l’avons entendu dans le livre de l’Apocalypse : « Le sanctuaire de Dieu qui est dans le Ciel s’ouvrit…Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme,
ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles ».
Ici, la tradition raconte qu’un signe apparut aussi. C’était dans un buisson d’épines le jour de l’Annonciation de l’an 1400 : et aujourd’hui, dans notre sanctuaire diocésain, magnifique basilique dont les flèches servent de boussole aux pèlerins dans la plaine champenoise comme celles de Chartres dans la Beauce, nous fixons les yeux sur cette image vénérable de Marie, la très sainte Vierge, Mère de Dieu et Mère de l’Église, refuge des pécheurs, secours des mourants. Ce matin, nous avons marché en portant la statue : Marie marchait avec nous vers ce sanctuaire. Un sanctuaire, c’est un lieu saint où Dieu habite, un lieu béni où chacun peut le rencontrer et recevoir sa miséricorde. C’est un espace de silence et de recueillement qui permet la contemplation du visage du Ressuscité et l’écoute de sa Parole de vérité. C’est une terre sainte où Dieu se révèle, se donne à connaître… même à celui qui s’approche sans savoir où il est vraiment, et où il en est vraiment. La Vierge Marie, Notre-Dame, nous y accueille avec sa tendresse maternelle et nous conduit vers son divin Fils, Jésus. Ce nom, nous le savons, veut dire « Dieu sauve ».
Cette promesse d’être sauvé par Jésus, formulée par l’apôtre Paul « c’est dans le Christ que tous recevront la vie » nourrit en nous l’espérance, alors que l’actualité du monde et de notre pays, celle de l’Église même, dévoile à flots continus tellement de souffrances, de divisions et de violence. Le mystère du mal et de l’iniquité est évoqué ainsi, nous l’avons entendu dans l’Apocalypse : « Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, […] il vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Ce combat n’est pas une lutte imaginaire ou une science-fiction, ni un roman d’aventures, c’est le combat que nous vivons dans le monde d’aujourd’hui. Pas besoin d’aller très loin pour en être témoin : je veux évoquer avec émotion l’assassinat odieux du Père Olivier Maire par celui-là même qu’il avait accueilli et hébergé, allant au bout de l’Évangile de façon édifiante. Il faut parler encore et encore de ces lois transgressives et graves votées récemment : celle appelée « bioéthique » qui ouvre la voie à des trafics de gamètes, à la fabrication d’embryons OGM ou de chimères homme-animal, et qui bouleverse la filiation, érigeant ainsi en norme légale le mensonge sur la procréation ; et la loi sur le séparatisme qui, sous prétexte qu’un radicalisme politico-religieux sème le désordre dans notre société, fait glisser subrepticement toutes les religions, y compris celle qui a fait la France, d’une paisible séparation de l’Église et de l’État à une supervision de l’Église par l’État. Le dragon est là aussi pour blesser la cohésion sociale : les crispations et tensions génèrent des violences inouïes, les privations et contraintes génèrent de l’exaspération, le feu couve sous la cendre, et l’année électorale qui s’annonce ne va sans doute rien arranger. Même l’Église n’est pas épargnée par des querelles sur l’enseignement ou les décisions du Pape : le « grappin » (comme l’appelait le curé d’Ars) s’introduit dans la moindre faille pour déchirer la communion entre les membres du Corps du Christ.
Regardons donc avec confiance la femme couronnée d’étoiles et terrassant le dragon. Regardons la même qui visita sa cousine Élisabeth. Ce sanctuaire terrestre de L’Épine, qui préfigure le sanctuaire du Ciel, entre aujourd’hui dans une nouvelle étape de son histoire vieille de 600 ans. Comme la Visitation de Marie à Élisabeth, une visitation s’est faite depuis 4 ans entre le diocèse de Châlons et la Congrégation des Bénédictines de Montmartre. Comme dans l’Évangile, ce fut un véritable enfantement, une source de joie, et une rencontre missionnaire. Nous y sommes ! Par leur prière, leur présence, leur accueil, les sœurs vont offrir ici, au tout-venant comme au disciple, la grâce que reçut la Samaritaine au puits de Jacob : une rencontre vivifiante qui transforme l’existence, qui ouvre le chemin de la conversion, qui fait goûter la Parole de Dieu, qui aide à aimer l’Église, qui guérit l’âme blessée, qui nourrit l’espérance. Le sanctuaire va devenir un peu plus encore comme la maison d’Élisabeth, où l’homme ancien accueille l’Homme nouveau. « Maintenant voici le jour du salut, la puissance et le règne de notre Dieu. Voici le pouvoir de son Christ ! » (Ap). Les ex-voto témoignent ici des bienfaits de Dieu ; les sœurs Oblates et celles du Verbe de Vie, avec les frères, en ont été les témoins depuis une vingtaine d’années. Mes chères Sœurs, vous prenez le relais aujourd’hui avec la grâce de Dieu, et vous en serez très vite les témoins. Déjà, en 10 jours, depuis votre emménagement, de belles rencontres ont été vécues, vous me l’avez confié.
Dans le projet missionnaire diocésain « Prophètes de l’espérance », j’ai voulu donner un cap à notre Église diocésaine, marquée par bien des pauvretés, mais j’en suis convaincu, riche de tant de générosité croyante. Ce cap, cette vision, je l’ai formulée en évoquant des « oasis » à développer dans le désert « pour accueillir de nouveaux croyants ». Et, à la suite de mes prédécesseurs, je pense à Mgr Louis, mais aussi à Mgr Tissier par exemple, j’ai choisi L’Épine comme une de ces oasis. Je me réjouis avec vous d’entendre bientôt le chant du Magnificat que reprendront, en le fredonnant ou à tue-tête, ceux qui, d’ici repartiront dans la joie et l’allégresse, parce qu’ils auront été sauvés, abreuvés, guéris, relevés, pardonnés, bénis, soutenus… aimés, tout simplement. « Le Puissant fit pour moi des merveilles, saint est son nom… sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent… il élève les humbles… il comble de biens les affamés… il se souvient de son amour, de sa promesse… ». Ici, en articulant leur charisme religieux et le projet diocésain, les sœurs bénédictines de Montmartre nous aideront à vivre des 5 essentiels de la vie chrétienne, tous nécessaires et aucun suffisant en soi : formation, adoration, fraternité, service, mission. Nous accueillons les sœurs, déjà remplis de joie devant tout ce qu’elles nous apporteront. Elles arrivent avec pauvreté et humilité, et elles nous accueilleront ici, tels que nous sommes, pour œuvrer avec nous à l’annonce de l’Évangile du salut.
Aujourd’hui, dans le contexte de cette visitation, je retiens : adoration et fraternité.
Adoration : frères et sœurs, à partir d’aujourd’hui, dans cette basilique, nous sommes invités à participer à la prière de l’Office, à l’adoration, et à la messe avec les sœurs. Chaque jour, la liturgie de l’Église sera proposée du matin au soir ; c’est une grâce dans notre diocèse qui ne comporte aucun monastère. Les autres communautés religieuses, rassemblées en nombre aujourd’hui, se réjouissent de voir ainsi la vie consacrée plus largement représentée, sous une forme nouvelle dans le diocèse.
Fraternité : j’invite chacun à s’engager résolument sur le chemin de la fraternité. C’est le thème du pèlerinage national à Lourdes ces jours-ci. C’est la dynamique rappelée avec force par le Pape dans son encyclique Fratelli tutti. L’actualité que j’évoquais il y a un instant nous y presse. Ici, que ce soit au bord du puits, devant l’ostensoir, ou au pied de la statue de Notre-Dame, nous demandons au Seigneur la grâce, par l’intercession de sa sainte Mère, de vivre en frères et sœurs, selon le commandement de l’Évangile : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Fraternité dans nos familles, fraternité dans notre pays, fraternité dans nos paroisses, et aussi au pluriel : petites fraternités de prêtres, petites fraternités missionnaires de quelques chrétiens, fraternités – on dit « communautés » – religieuses… Ainsi nous respirerons et vivrons de la charité de Dieu et de la charité fraternelle.
Laissons-nous visiter aujourd’hui par Marie qui nous présente Jésus et nous invite à l’accueillir.
Laissons-nous réconforter par Marie qui terrasse le dragon.
Et, même si le cantique traditionnel évoque ici une « colline », de fait bien moins haute ou raide que la butte Montmartre, faisons ensemble de L’Épine « le Montmartre de la Marne » * !
Amen.
* cf Mgr Philippe GUENELEY, alors évêque de Langres, et tout juste nommé Commissaire Apostolique des BSCM, le jour de l’installation des « Adoratrices du Sacré Cœur de Jésus de Montmartre, osb »(autre branche religieuse ayant la même fondatrice : Adèle Garnier, née et baptisée à Grancey-le-Château, paroisse d’Is-sur-Tille, diocèse de Dijon) à St-Loup-sur-Aujon : « St-Loup-sur-Aujon devient le Montmartre de la Haute-Marne » septembre 2013
Chers frères et sœurs,
Festivaliers, paroissiens, vacanciers,
Au cœur du Festival du cinéma, nous sommes ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu. Les médias parlent de Cannes, ils commentent, les acteurs s’expriment, les membres du jury donneront leurs appréciations dans quelques jours, les lauréats prendront aussi la parole. Ici, un peu en retrait de l’agitation et des flashs, loin du « paraître », dans le silence, Dieu lui-même nous parle au cœur. Il nous choisit et nous envoie dans le monde comme prophètes.
Déjà dans l’Ancienne Alliance, Dieu a choisi et établi des prophètes. Souvenons-nous : les hébreux sont retenus en Égypte où ils étaient venus, fuyant une famine au pays de Canaan. Leur prospérité provoque la peur de Pharaon qui les met sous contrainte et les réduit en esclavage. Sous la conduite de Moïse qui a été appelé et envoyé lui aussi, ils quittent l’Égypte : c’est la Pâque du Seigneur, la libération. Passage de la Mer Rouge… et en route vers la liberté ! Mais le désert réserve bien des épreuves. Faim et soif, rébellion, idolâtrie… Là, Moïse transmet la Loi et rappelle sans cesse la fidélité de Dieu à sa promesse, et les exigences qui incombent au peuple d’Israël. Une fois installés en Terre promise, les hébreux connaîtront la division en deux royaumes, la destruction du Temple de Jérusalem, et la déportation à Babylone. Grande période des prophètes qui, sans cesse, rappellent les merveilles de la sortie d’Égypte, la promesse de Dieu, et invitent à la conversion du cœur. C’est là que se situent la vocation et la mission du prophète Amos, comme Ézéchiel, Isaïe et d’autres.
A l’accomplissement des temps, Jésus, Verbe éternel, Dieu fait homme, offre à l’humanité la Parole de Dieu, « en direct », si j’ose dire. Sans médiation, si ce n’est celle de l’humanité qu’il est venu épouser, celle du langage humain. Il annonce le Royaume, invite à la conversion, prêche les Béatitudes, trace la route de l’Évangile vers la vie, accomplit les signes prophétiques du salut, guérissant les malades, donnant la vue aux aveugles, faisant entendre les sourds, et ressuscitant les morts. Il est le Prophète par excellence. A sa suite, dans le peuple de la Nouvelle Alliance, l’Église, nous sommes appelés et envoyés : « il nous a choisis dès avant la fondation du monde pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Éphésiens)
Le prophète n’est pas un diseur de bonne aventure avec sa boule de cristal ou son jeu de cartes, un voyant, un spécialiste des pronostics ou de la météo, il est un porte-parole. Il reçoit la Parole, et sa mission consiste à la redire, la transmettre, la traduire pour que chacun reçoive et comprenne le message. Nous sommes non seulement des disciples de Jésus, mais aussi des missionnaires de l’Évangile. Le Pape François nous a laissés cette expression, ce titre : « disciples-missionnaires ». Être d’abord à l’écoute du Seigneur pour en être témoins. Aux Douze qui sont envoyés en mission par Jésus, est demandé le dépouillement de tout superflu « ne prenez ni sac, ni pain, ni pièces de monnaie » afin que l’essentiel puisse être donné, à savoir la prédication du Royaume : « ils proclamaient qu’il fallait se convertir, ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérissaient ». Ils reproduisent et perpétuent l’action même de Jésus.
Il existe de nombreux langages et outils pour diffuser la Parole de Dieu, pour annoncer l’Évangile. Le chrétien, qui est prophète en vertu de son baptême, doit seulement chercher à ce que ses auditeurs puissent comprendre le message. Comme lors de la Pentecôte, tous ceux qui étaient à Jérusalem entendirent les apôtres proclamer l’Évangile et le comprirent chacun dans son propre dialecte, dans sa langue, dans sa culture.
Le « 7ème art » est un langage, au même titre que la poésie, l’architecture, la musique, la peinture, le théâtre. Les réalisateurs ont tous un ou plusieurs messages à exprimer. Quel que soit le registre … dramatique, romantique, comique, le cinéma invite à regarder les réalités importantes de la vie humaine : les sentiments, les relations familiales, la vie en société, l’histoire, les questions contemporaines. Si nous sommes là au Festival de Cannes, si je suis là au nom de la Conférence des Évêques de France, c’est pour dire combien, non seulement l’Église s’intéresse à tout ce que vit l’humanité, aux artistes et à leurs œuvres, mais aussi pour participer à ce travail, sous l’angle prophétique, par exemple par sa participation au jury du prix œcuménique, ou aussi par la réalisation cinématographique ou la production dans lesquelles s’engagent des chrétiens, sans oublier les nombreux ciné-clubs ou ciné-débats dans les paroisses. L’Église veut être en dialogue avec le monde, elle a la liberté de prendre la parole, parfois « à contre-temps » comme le demande saint Paul à son disciple Timothée. C’est là aussi sa vocation prophétique au cœur du monde : sa mission est de donner inlassablement l’enseignement du Seigneur sur la vie, l’amour, la souffrance, la mort, afin d’ouvrir le chemin du bonheur et de la vie éternelle. L’Église est une sorte de projection permanente des écrits bibliques sur le monde d’aujourd’hui pour inviter à la réflexion, à la transformation du monde, au service des plus pauvres, à l’accueil des migrants, à « la fraternité universelle et à l’amitié sociale » comme nous y invite la Saint-Père, à la protection et la promotion de la dignité de la personne humaine conformément au dessein du créateur. L’Église le fait sans se laisser enfermer dans les discours formatés qui assènent des idées toute faites, souvent culpabilisantes, avec leur caractère révolutionnaire ou libertaire ou provocateur, et qui voudraient contraindre quiconque à penser ainsi. Chrétiens, nous sommes les acteurs ou les réalisateurs ou les techniciens de cette projection prophétique de la Parole de Dieu dans le monde d’aujourd’hui, en acceptant d’être parfois en contradiction avec l’esprit du monde, l’opinion dominante. Nous voulons le vivre dans la force de l’Esprit-Saint : « En lui [Jésus], vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l’Esprit-Saint ». (Éphésiens)
Dans son exhortation apostolique « La joie de l’Évangile » publiée en 2013 à la suite du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation, le Pape François invitait toute l’Église, à travers chacune de ses composantes, à engager « une transformation pastorale et missionnaire », à être « une Église en sortie » et non pas « un bureau de douane », à aller « vers les périphéries », à permettre la rencontre avec Jésus, la découverte de la miséricorde du Père, à goûter la puissance de l’Esprit-Saint. Il faut accepter parfois, souvent même, le décalage de cette parole évangélique avec les paroles du monde, y compris ici. Jésus n’a-t-il pas été prophète par-dessus tout en mourant sur la croix après avoir souffert la passion, comme le prophète Jérémie qui fut rejeté pour le faire taire ? Jean-Baptiste n’a-t-il pas été prophète avant tout en acceptant de diminuer, de se faire petit pour que Jésus grandisse ?
Frères et sœurs, en ce Dimanche nous écoutons la Parole de Dieu. Le Seigneur nous redit son choix : il nous appelle chacun et nous envoie comme des prophètes dans le monde d’aujourd’hui, au cœur du festival du cinéma comme ailleurs. Il nous offre la joie d’être aimés et sauvés par Lui. Saint Jean-Paul II parlait de l’évêque comme d’un « prophète de l’espérance » : avec mes frères évêques, je souhaite vous inviter à la confiance. Même si le monde ne tourne pas toujours comme nous le voudrions, même si les nuages noirs envahissent souvent notre ciel (à Cannes !… non jamais !), nous croyons que « même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or ». Avec cette espérance, nous serons les prophètes que Dieu s’est choisi et qu’il nourrit quotidiennement de sa Parole et de sa grâce. Amen.

 

Chers amis, chers frères et sœurs, 

Nous avons pris l’habitude de nous rassembler chaque année le 29 juin pour une messe d’action de grâce avant la dispersion de l’été. Sans ordination de prêtre à célébrer, c’est une belle occasion et surtout un don de Dieu pour notre Église diocésaine de se laisser fortifier par le témoignage des saints Apôtres Pierre et Paul.  

Ces deux-là, on les différencie souvent en notant leur complémentarité : l’un envoyé surtout vers les juifs et l’autre vers les païens, l’un qui accompagne et côtoie Jésus et l’autre qui devint apôtre après la résurrection, l’un recevant le pouvoir des clés et l’autre la force de la parole… Ils ont aussi des points communs, tout particulièrement leur martyre à Rome.  

Et si nous en retenions un autre afin d’en tirer des repères de progression spirituelle et missionnaire : c’est le fait que Dieu les délivre de la prison dans laquelle ils sont enfermés. 

Pierre, nous l’avons entendu dans la première lecture (Actes 12), est jeté en prison par Hérode Agrippa, et gardé par 4 escouades de 4 soldats. Cela en fait du monde pour surveiller un seul homme. C’est dire la fébrilité et la crainte du roi. Pierre est attaché et la porte est surveillée. Il dort dans son cachot. L’ange du Seigneur le réveille « lève-toi vite ». Toutes les portes et les grilles solidement cadenassées s’ouvrent et le voilà dehors, libre, vivant. 

Paul, emprisonné à Philippes avec Silas (Actes 16), vit une expérience analogue : en pleine nuit, les portes s’ouvrent, le gardien affolé est rassuré par Paul et conduit les prisonniers vers la liberté. Puis il se convertit et demande le baptême après avoir entendu Paul lui prêcher le nom de Jésus Sauveur. 

Cela nous rappelle un événement de l’histoire de l’humanité dont nous trouvons le récit dans le Nouveau Testament et qui constitue le cœur de notre foi : la mort de Jésus sur la croix à Jérusalem, puis la mise au tombeau et la découverte du tombeau vide. Là aussi il y avait une grosse pierre roulée devant le tombeau, il était bien fermé, et on y avait mis des soldats… pour garder un mort !!! Le troisième jour, comme cela avait été annoncé, Jésus sort de cette prison sépulcrale et offre sa lumière éternelle au monde entier. Il est victorieux des ténèbres de la mort, et suscite la conversion des premiers témoins puis leur acte de foi. Il s’est levé. Il s’est relevé. C’est le verbe grec egeiro employé pour parler de la résurrection. Pierre aussi, en réponse à l’ordre de l’ange, va se lever dans la nuit de sa cellule pour sortir et aller vers la vie.  Nous voyons là le mystère pascal qui se déploie dans la vie des apôtres, comme il doit se déployer dans la nôtre. Pierre et Paul, chacun à leur façon, ressuscitent, ils passent de la mort de la captivité à la liberté et à la vie. Ils sortent des ténèbres du cachot pour proclamer en pleine lumière leur foi au Christ ressuscité des morts.  

Pierre avait déjà été délivré de son triple reniement par Jésus ressuscité qui lui confia à trois reprises la mission de paître le troupeau, nous connaissons bien cette page de l’Evangile. Plus tôt, il avait pourtant affirmé de façon si belle et forte sa foi : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », une foi de fait bien fragile malgré ses propres certitudes et son assurance : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 26,33). Sur le chemin de Damas, Paul, lui, est délivré de son acharnement à pourchasser les premiers chrétiens et devient un prédicateur infatigable de l’Évangile du salut. Il quitte l’œuvre des ténèbres pour faire place à la lumière de l’Evangile. 

Le Baptême que nous avons reçu nous fait participer nous aussi au mystère pascal. Avec Jésus nous sommes morts à nous-mêmes, morts au péché, et nous sommes « renés », recréés, appelés à participer à la vie divine pour l’éternité. L’expérience des saints apôtres pourra nous aider à vivre de ce mystère : lorsque nous sommes enfermés dans notre orgueil ou notre mensonge, lorsque nous sommes endormis dans la tiédeur ou le relativisme, lorsque nous sommes esclaves de ce qui nous détourne de l’Évangile, nous trouvons dans la Parole de Dieu, la vie de l’Église, les sacrements du salut, toutes les forces dont nous avons besoin pour nous relever, sortir, parler, et rayonner. Et pas seulement aujourd’hui, ou une fois en passant, mais chaque jour, et tout au long de notre vie, nous sommes invités à « mener le bon combat » à « courir jusqu’au bout » et à « garder la foi », comme le dit saint Paul lui-même.  

Les mois qui viennent de s’écouler ont été difficiles pour chacun, pour nos familles, pour nos communautés, pour la société tout entière, pour le monde. Nous espérons que c’est le temps de la libération, de la sortie de crise. D’ailleurs, demain on retire de nos églises tous les rubans de chantier et les panneaux « stationnement interdit » fixés sur les bancs et chaises, … mais on garde le masque etc…  Je vous invite, frères et sœurs, vous tous, quel que soit votre état de vie, quelle que soit votre vocation, et surtout ceux qui penseraient qu’ils n’ont rien à remettre en question, ceux qui se prennent pour le centre du monde ou qui se croient arrivés, je vous invite à vous plonger dans cette expérience apostolique en vous demandant chacun : quelle est la prison dans laquelle je me trouve ? comment y suis-je arrivé ? de quoi ai-je besoin d’être libéré pour retrouver du tonus missionnaire ? quelles blessures dois-je soigner pour renaître dans ma foi, dans mon amour de l’Église ? de quel esclavage faut-il absolument que je me défasse pour goûter à nouveau la liberté et la joie de l’apôtre qui proclame le salut en Jésus-Christ ? Suis-je capable d’entendre « réveille-toi ! » ou « lève-toi ! » ? Suis-je prêt à sortir de mon petit confort et de mon rythme bien installé ? Est-ce que je veux bien accepter la collaboration des autres et abandonner ma « propriété privée » sur la mission que l’Église m’a confiée ? Cette conversion qui sera la nôtre portera du fruit pour toute l’Église et donc pour la vie missionnaire de notre Église diocésaine. Pasteur de cette portion du peuple de Dieu dont j’ai reçu la charge, comme successeur des apôtres, je dois bien sûr veiller à ce que la mission confiée par Jésus aux apôtres soit effectivement assurée dans les temps d’aujourd’hui. Et nous le faisons ensemble, sans nostalgie des conditions antérieures de la vie ecclésiale, mais avec réalisme dans le monde actuel tel qu’il est. Ce n’est pas une question d’organisation et de structures, mais de disponibilité au souffle de l’Esprit. Ce n’est pas une question d’intelligence mais de vie intérieure. Je dois aussi préparer les générations d’apôtres, de témoins et de messagers à venir. C’est pourquoi je vous le redis avec confiance : frères et sœurs, le Seigneur nous appelle à devenir des « prophètes de l’espérance ». Ensemble, nous pouvons « redire oui au Seigneur ». 

Merci à vous qui vous lancez généreusement dans cette démarche, merci à vous qui portez une part de la Mission de l’Église, merci à vous qui le faites dans un esprit fraternel, merci à vous qui répondez aux appels de l’Église lancés par la voix de l’évêque. Nous rendons grâce ensemble pour tous les bienfaits reçus, pour tous les projets en train de mûrir et de se construire. Oui, le Seigneur est à l’œuvre pourvu que nous lui laissions toute sa place et que nous ne prétendions pas en savoir plus que lui sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire. Dans cette action de grâce, permettez-moi de citer les prêtres et diacres si généreux à se donner, tout spécialement ceux qui fêtent un anniversaire d’ordination ces jours-ci, Père Mathieu et Don Martin qui quittent le diocèse pour une autre mission, Don Jérôme et Don Paul qui viennent d’être ordonnés prêtres, les religieuses qui offrent un magnifique témoignage, les fidèles laïcs qui participent à la vie de l’Église et ceux qui recevront en septembre une mission, et les 3 jeunes hommes, car ils sont 3 désormais ( !) qui se préparent au ministère de prêtre : Jean entre en 2è année de séminaire, Wandrille en 1è année, et Édouard débutera l’année de discernement à Paray le Monial en septembre. 

Frères et sœurs, à la rentrée, nous nous mobiliserons à nouveau pour déployer le projet missionnaire diocésain, forts des enseignements tirés de la crise sanitaire. Le conseil presbytéral vous adresse d’ailleurs une lettre de renaissance et d’espérance, et je salue cette initiative. Nous répondrons aussi à l’appel du Saint-Père par notre contribution au travail préparatoire du synode des évêques sur la synodalité et le gouvernement dans l’Église.  

Que les vacances qui approchent nous fassent du bien et nous reposent. Tâchons de laisser l’angoisse de côté, de trouver la paix et nous relever pour vivre et témoigner.  

Que notre communion à l’Eucharistie ce soir nous fortifie dans notre attachement au Christ qui nous oblige à nous détacher nous-mêmes et à nous abandonner à Lui. 

Amen.  

 
 
Chers frères et sœurs,
Et vous plus particulièrement, cher Don Paul qui avez la charge de guider et conduire la grande famille de la communauté Saint-Martin,
Et vous aussi chers frères ordinands, en communion avec les prêtres ordonnés d’hier,
Et vous parents et amis qui les avez accompagnés dans des contextes familiaux bien différents : votre fils, votre frère va devenir aujourd’hui un père pour vous
D’aucuns le savent, en 5 ans et demi d’épiscopat en Champagne, j’en ai vu des prêtres et diacres étendus devant moi sur le dallage du chœur…. Mais ils ne se sont jamais relevés ! J’ai seulement prié pour eux et demandé au Seigneur de les relever au dernier jour. Je suis un évêque spécialiste des obsèques de prêtres ! Aucune ordination ! Et il faut encore attendre quelques années ! J’avais promis au Seigneur de porter cette croix jusqu’à ce que je puisse ordonner un prêtre dans ma cathédrale. Don Paul Préaux m’a convaincu que je pouvais accepter tout de même son invitation puisque Don Jérôme ordonné hier et Don Paul à qui je vais imposer les mains exerceront leurs premières années de ministère à Châlons dans la continuité de leur année diaconale. Le diocèse s’en réjouit avec moi. C’est une immense joie et une grande émotion de célébrer cette ordination par laquelle les 13 jeunes hommes qui se sont avancés vont devenir prêtres du Seigneur, après s’être étendus sur le sol de cette basilique, dans un acte de total abandon pendant que nous prierons pour eux en demandant l’intercession de tous les saints du Ciel. Aujourd’hui, ils reçoivent la grâce inouïe et incomparable du sacerdoce. Ils vont être configurés au Christ Prêtre et Pasteur, devenant les intendants des mystères de Dieu, chargés d’annoncer l’Évangile par la parole et par les actes, de sanctifier hommes et femmes par la célébration des sacrements, et de gouverner le peuple chrétien, avec la charité pastorale requise, sous l’autorité apostolique de l’évêque. C’est un grand et beau mystère que celui du sacerdoce catholique : Celui qui a été « choisi et établi », envoyé en mission (cf Jn 15,16), celui qui a été appelé par Jésus son « ami » et consacré, est et demeure le serviteur humble et pauvre de Jésus le Seigneur. Il n’a aucun mérite et il ne doit en tirer aucune gloire : « ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ». A travers le prêtre, par ses mains, ses paroles, sa présence, c’est le Bon Pasteur lui-même qui bénit et guérit, qui parle et enseigne, qui accompagne et réconforte. Le prêtre n’est qu’une « poterie sans valeur » qui renferme et distribue un « trésor » d’une valeur inestimable. Comme Saint Jean-Baptiste dont nous fêtions la Nativité avant-hier, il doit se faire petit, mourir à lui-même, et s’effacer devant Jésus pour que soit proclamé le cœur de la foi et le mystère du salut. Il mesure chaque jour combien l’action de Dieu est grande, combien cette « puissance extraordinaire » ne vient pas de lui-même mais de Dieu. Il comprend que la grâce de Dieu est surabondante et qu’il n’en est que le serviteur, même s’il en est avant tout le bénéficiaire lui aussi.
Le prêtre n’est pas un surhomme, mais le sacrement de Celui qui est vrai Dieu et vrai homme, Jésus le Christ, seul Prêtre éternel et véritable, unique médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2,5). Avec sa pauvre humanité et avec la grâce de Dieu, le prêtre permet aux personnes rencontrées d’entrer en relation avec Jésus. Il est un pécheur pardonné et offre le pardon au nom du Seigneur. Il rencontre les épreuves et porte celles des autres pour les rendre plus légères. Il pleure dans la souffrance et éponge les larmes des affligés. Il écoute la Parole de Dieu, et il l’enseigne par la prédication. Il se nourrit chaque jour du Corps et du Sang du Seigneur, et il donne chaque jour son propre corps et son propre sang, sa vie, en offrande, en sacrifice, dans une mystérieuse configuration au Christ-Jésus crucifié.
Je voudrais reprendre de façon très simple, quelques-unes des dimensions du ministère sacerdotal, plus sous l’angle pastoral, à partir de mon expérience en paroisse puis dans un diocèse où aucun séminariste local n’a été ordonné depuis 24 ans. Revenons pour cela à cette prostration et à d’autres attitudes.
Prosterné sur le sol, le prêtre est totalement offert en sacrifice. Il est appelé à vivre quotidiennement un abandon entre les mains de Dieu. Il n’agit pas avec ses propres forces, même s’il doit veiller à les ménager par son équilibre de vie, par la prudence et le réalisme dans son dévouement. Il agit par la force que Dieu communique, ou plutôt, il laisse Dieu agir. Chers frères, vous le savez, vous reprendrez cette attitude chaque Vendredi-Saint au début de l’Office de la Passion et vous vous rappellerez ainsi que le prêtre ne s’appartient pas, qu’il est appelé à servir et non à être servi, qu’il n’est pas le petit chef prenant la place de Celui qui envoie, mais une hostie vivante qui redit chaque jour dans la célébration de la sainte Messe : « ceci est mon corps livré pour vous », vivant lui-même le mystère célébré comme l’indique le rituel de l’ordination : « imitez dans votre vie ce que vous accomplirez par ces rites et conformez-vous au mystère de la croix du Seigneur ». Vous vous souviendrez aussi que le prêtre n’est pas un homme installé mais toujours offert à Dieu et autres, distribuant généreusement, avec la grâce de Dieu et dans la force de l’Esprit-Saint, les merveilles du salut. Pendant la prostration, vous allez entendre le peuple chrétien invoquer avec ferveur tous les saints du Ciel. Pensez à redire au Seigneur, aujourd’hui et chaque jour, votre acte d’abandon, et aussi votre charité pastorale pour ce peuple que vous allez servir.
À genoux, le prêtre est un disciple au pied de la croix. A l’instar de saint Paul qui « s’agenouilla et pria avec eux tous (les Anciens d’Éphèse) », ou aussi comme le saint Curé d’Ars qui passait des heures devant le Saint-Sacrement, le prêtre doit un homme de prière pour être un homme de Dieu. Le temps passé à genoux devant le Seigneur n’est jamais du temps perdu. A l’heure où nous réagissons sur le champ au moindre appel ou message, le prêtre doit savoir se déconnecter quelque temps, non pas pour s’évader de la réalité ou se mettre en retrait du monde – tout le monde n’est pas chartreux – mais pour rester libre et vrai devant Dieu, disponible. Comment pourrions-nous donner ce que nous n’avons pas d’abord reçu ? Comment donner Dieu si nous sommes esclaves de tant de divertissements même s’ils sont aussi des outils pour le travail pastoral ? Dans le ministère, les sollicitations sont nombreuses et très variées, mais l’appel du Maître résonne dans nos cœurs comme un commandement, une priorité : « demeurez dans mon amour ». Le risque de la dispersion nous guette tous, comme celui de la fonctionnarisation ou de l’activisme, si nous n’y prenons garde. A genoux, dans l’oraison du matin – attention, si ce n’est le matin, elle passera à l’as très vite – le prêtre prie pour ceux dont il a reçu la charge pastorale, « il connaît ses brebis », il les présente au Sauveur et égrène leurs noms. A genoux aussi, pauvre pécheur qui demande pardon. Pour être vraiment un père et donner la miséricorde du Seigneur, sans rigorisme mais avec vérité, le prêtre fait lui-même l’expérience de cette démarche humble et pauvre afin que la grâce du pardon le renouvelle de jour en jour et lui permette de célébrer ce grand et beau sacrement de l’Église, avec le pouvoir de délier qu’il reçoit de l’évêque. Vous tomberez à genoux enfin pour pleurer car vous êtes des hommes comme tout le monde avec votre sensibilité. Vous rencontrerez beaucoup de misère et de souffrance et vous pleurerez « avec ceux qui pleurent » ; vous serez parfois objet de médisance car, nous dit saint Paul dans les Actes : « des loups redoutables s’introduiront chez vous et n’épargneront pas le troupeau ». Il vous arrivera de peiner et de souffrir ; il faudra combattre. C’est à genoux, devant le Seigneur, que vous trouverez la consolation et la force de vous remettre debout.
Debout, le prêtre est un témoin de la résurrection et de la victoire. Il doit être un entraineur par son ardeur et son enthousiasme, sa joie de vivre, son rayonnement. Être debout, c’est être toujours prêt à aller en mission, partir faire une visite, enseigner et prêcher, marcher en pèlerin avec un groupe de fidèles. Le prêtre est un homme de foi et de conviction, stable et sûr, un homme droit dans son attitude, ses paroles, son jugement, tout en sachant accueillir, écouter et accompagner ceux qui cherchent, et aussi ceux qui réclament ou ceux qui font obstacle. Lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cracovie en 2016, le Pape François conseillait aux jeunes de sortir de leur canapé : « Jésus n’est pas le Seigneur du confort, de la sécurité et de la commodité. Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées ». Le prêtre est un aventurier qui risque sa vie de cette façon pour entrainer les autres sur le chemin étroit qui conduit à la vie. Comme on l’enseigne aux scouts, le prêtre est « toujours prêt ». Il ne reste pas là en stationnaire au presbytère ou à l’église, mais il est en attitude de mission permanente, « en sortie » comme le dit aussi le Saint-Père… « en sortie » et pas en goguette !
Assis, le prêtre est un frère et un ami. Il partage la vie de ceux vers lesquels il est envoyé en mission. Il aime prendre du temps avec les paroissiens, les jeunes, les malades, les familles endeuillées. Il aime rencontrer les gens, s’intéresser à ce qu’ils vivent et comment ils travaillent, avant de vouloir leur faire le catéchisme. Les diocèses de France sont aujourd’hui des terres de mission, je vous le garantis. Le prêtre n’avance pas avec son carnet mondain, n’en reste pas au premier cercle des fidèles dont la foi le stimule et l’encourage, il ne se limite pas à ses semblables. Il doit devenir l’ami des tièdes et des révoltés, rencontrer les athées, bavarder avec les incroyants, servir les pauvres, fréquenter le boulanger du quartier, jouer au ballon avec les jeunes du collège. Le prêtre ne rate pas une occasion d’être avec eux tous car l’amitié est un premier pas vers l’évangélisation. Il sait aussi admirer la grande et belle vocation des fidèles laïcs qui consiste à évangéliser les réalités temporelles, et celle des familles qui est de donner la vie et guider leurs enfants vers la sainteté. Les laïcs ne sont pas mineurs dans la foi : s’ils sont confiés à notre ministère, ils sont aussi ceux à qui le Seigneur nous confie. Une amitié sainte et saine est un véritable cadeau pour un prêtre ; je vous souhaite de trouver de tels frères et sœurs avec lesquels vous collaborerez dans la vérité et la simplicité, chez qui vous trouverez un refuge dans la tempête, et de qui vous accepterez humblement une mise en garde devant le danger, ou un réconfort dans la souffrance. L’amitié est une pierre importante dans la construction de l’Église. « Ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres », dit Jésus.
Frères et sœurs, je pourrais continuer encore en évoquant les gestes du prêtre : ses bras étendus par lesquels il rassemble et recherche la communion, ses mains jointes dans les mains de l’évêque pour promettre obéissance, ses mains consacrées et étendues par lesquelles il sanctifie : « Que le Seigneur Jésus-Christ, lui que le Père a consacré par l’Esprit-Saint et rempli de puissance, vous fortifie pour sanctifier le peuple chrétien et pour offrir à Dieu le sacrifice eucharistique », ses mains qui élèvent le Corps et le Sang du Christ et les présentent à l’adoration des fidèles, ses mains jointes qui témoignent de son cœur tourné vers Jésus, ses mains qui bénissent, encouragent, réconfortent.
Au nom de la Sainte Église, je vous dis, chers frères, avec beaucoup de respect et d’admiration, et aussi beaucoup de force spirituelle et tout mon cœur de père, les mots de l’apôtre saint Paul : « maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce ».
Frères et sœurs, nous prions pour ces ordinands que le Seigneur a choisis et appelés et qu’il va sanctifier par mon humble ministère pour en faire des pasteurs selon son cœur.
Amen.
Chers frères et sœurs,
Déjà ce lundi après-midi, nous étions rassemblés ici-même pour les obsèques de notre frère diacre Éric Devaux. Nous sommes revenus nombreux pour prier ensemble autour du corps du père Claude Vignier. Une semaine bien éprouvante et émouvante ! Notre assemblée est le signe de l’amitié et de l’affection profondes que nous lui portons. Elle est aussi le signe de la foi que nous partageons et dont Claude a témoigné. Lors de ma dernière visite auprès de lui il y a quelques jours, comme la conversation était devenue difficile, je lui proposais, tout en priant pour lui, de me bénir. Je garde en mémoire la façon dont son attention s’est alors fixée, ses yeux se tournant vers les miens, et sa main toute affaiblie se lever péniblement pour esquisser un signe de croix. Et il me dit de façon très audible : « Que Dieu vous bénisse pour les siècles des siècles ». Ce geste fragile disait quelque chose de l’action de Dieu à travers celui qui était devenu prêtre du Seigneur par l’ordination, et qui restait pourtant, comme nous tous, comme moi, si fragile dans son humanité.
Dans mes nombreuses conversations avec lui, dans lesquelles il manifestait beaucoup de délicatesse, j’avais perçu son amour de l’Eglise et son sens pastoral qui le conduisaient vers les autres afin qu’il les conduise vers Jésus. Le prophète Ézéchiel nous transmet la promesse pastorale de Dieu : « je m’occuperai de mes brebis et je veillerai sur elles ». Le ministère que le père Claude a exercé tant à Vitry, Épernay, Châlons, Mourmelon et Suippes, et ces derniers temps à Épernay encore, puis dans son cher Sézanne, mais tellement diminué, était le reflet de cette présence pastorale du Seigneur. Tous les témoignages que j’ai reçus le disent avec force. Il était un frère, un ami, un pasteur plein de bonté, peut-être parfois trop bon d’ailleurs, comme il me l’avait dit lui-même en me partageant certaines souffrances rencontrées dans la vie paroissiale. Il désirait conduire au Seigneur sans s’imposer, sans prendre la place de Celui qui l’envoyait, ce qui est pourtant le péché classique pour un prêtre. Il suggérait, il appelait, il invitait, il réconciliait. Le pasteur ne conduit pas son troupeau de force, avec brutalité, sans dialogue, depuis chez lui, tel l’administrateur autoritaire d’une petite affaire. Le pasteur sort de chez lui, va à la rencontre de ceux qui lui sont confiés, il les rejoint dans leur existence quotidienne, il les écoute, cherche à les connaître, à les comprendre, il les accompagne. Il les aime comme Jésus, il leur parle comme Jésus, il les réconforte comme Jésus, il les rassemble comme Jésus. « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai ; celle qui est blessée, je la panserai ; celle qui est malade, je lui rendrai des forces ». Ces mots du livre d’Ézéchiel, dans l’Ancien Testament, préfiguraient ceux de Jésus dans l’Évangile selon saint Jean lorsqu’il met en garde contre les mauvais bergers : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. » (Jn 10,11), en écho aux paroles du psaume 22 que Jésus priait : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ». Le père Claude avait vraiment donné sa vie, abandonnant même son activité notariale et le cadre de vie confortable qui était le sien. Ses qualités humaines, son amabilité, sa courtoisie, sa délicatesse, sa disponibilité, sa douceur étaient au service de ce ministère pastoral, comme elles l’avaient été dans l’exercice de sa profession. Chaque prêtre ici présent, et moi le premier, a ses qualités et ses défauts. Chacun pourra, je le pense, se demander comment l’exemple de Claude pourra l’aider à convertir ce qui doit l’être, afin de vivre de façon toujours plus vraie ce que les pères du concile Vatican II ont appelé la charité pastorale : « Assumant ainsi le rôle du Bon Pasteur, ils [les prêtres] trouveront dans l’exercice de la charité pastorale le lien de la perfection sacerdotale qui assure l’unité de leur vie et de leur action. Or, cette charité pastorale découle avant tout du sacrifice eucharistique ; celui-ci est donc le centre et la racine de toute la vie du prêtre, […] La charité pastorale exige donc des prêtres, s’ils ne veulent pas courir pour rien, un travail vécu en communion permanente avec les évêques et leurs autres frères dans le sacerdoce. Tel sera, pour les prêtres, le moyen de trouver dans l’unité même de la mission de l’Église l’unité de leur propre vie. » (Presbyterorum Ordinis § 14)
Quand un pasteur nous quitte, alors que le nombre de prêtres est déjà très réduit, nous pourrions nous sentir abandonnés, « abattus ou désemparés comme des brebis sans bergers », comme ces foules que Jésus rencontre dans l’Évangile et pour lesquelles il « fut saisi de compassion » (Mt 9,36). Oui, nous sommes bouleversés par le chemin de croix du père Vignier et sa mort à un âge où il aurait pu rendre encore bien des services. Et c’était son désir profond, fortement contrarié par les limites de sa santé. Dans ce contexte, au cœur de cette semaine particulièrement éprouvante pour notre diocèse, je souhaite exprimer 4 convictions et actions :
1/ Ensemble, tout en rendant grâce pour l’engagement de notre frère prêtre à notre service, nous voulons redire notre confiance en Dieu qui ne nous abandonne pas. C’est Jésus le vrai pasteur, le bon Pasteur qui nous connaît et nous conduit : « c’est moi qui ferai paître mon troupeau et c’est moi qui le ferai reposer, dit le Seigneur ». Il est vivant, ressuscité, telle est notre foi. Nous ne gérons pas une entreprise en déclin, mais nous découvrons dans la pauvreté d’aujourd’hui la présence agissante du Seigneur, et nous pouvons, je crois, mieux entendre son appel à nous convertir à lui pour nous consacrer à son œuvre. L’Esprit du Seigneur nous est donné justement pour que nous agissions sous sa conduite plutôt que de nous replier sur nous-mêmes dans des forteresses imaginaires. Baptisés, confirmés, mariés, consacrés, ordonnés, tous nous sommes invités à laisser se déployer la richesse de la grâce reçue dans les sacrements célébrés au long de notre vie, à abandonner nos sécurités trop mondaines pour nous laisser conduire.
2/ Ensemble nous nous engageons à participer à la mission de l’Église dans une belle et juste collaboration, quelle que soit notre vocation. L’enjeu est de bâtir une Église-communion dans laquelle rayonne cette bonté, cette estime réciproque, cette attention aux autres, et dans laquelle la complémentarité des charismes contribue à l’édification du Corps tout entier de l’Église, dans laquelle la joie se partage d’avancer ensemble sur le chemin de la sainteté. Pour cela, nous choisissons d’écarter nos prétentions personnelles, d’abandonner nos ambitions ou nos désirs de conquête, et de bâtir la fraternité.
3/ Ensemble nous voulons continuer de prier pour que l’appel du Seigneur soit entendu et que des hommes y répondent généreusement pour se mettre au service de la vocation baptismale de leurs frères et sœurs. Vous le savez, il y a trois ans, j’ai voulu mobiliser la communauté diocésaine dans une prière pour les vocations spécifiques. Il y a, je le sais, un certain essoufflement ou de la négligence, ou un manque de persévérance, mais chaque premier dimanche en paroisse, chaque premier vendredi à L’Épine, nous demandons les diacres et prêtres, les consacrés et les familles qui se mettront au service de la Mission. Je peux le dire ici : le Seigneur nous gratifie d’ailleurs de quelques signes d’espérance…
4/ Ensemble, nous sommes appelés à nous décentrer de nous-mêmes, afin de nous mettre véritablement au service des autres. Pendant 8 ans, Claude a vécu le ministère de diacre avant d’être ordonné prêtre. D’ailleurs il ne cessait pas d’être diacre une fois devenu prêtre. Son parcours assez atypique nous lance l’appel de Jésus : « Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Les diacres nous rappellent que le service du prochain est incontournable dans la vie d’un chrétien. Chacun est appelé à faire chaque jour l’expérience du bon samaritain qui rejoint celle du bon pasteur. Prendre soin, protéger, guérir, remettre debout. L’évangélisation commence par là, et non en faisant de l’Eglise un « bureau de douane », comme le dit le Pape François.
En célébrant le sacrement de l’Eucharistie aujourd’hui, nous offrons notre vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde, et aussi pour le salut de Claude notre frère, en demandant pour lui la miséricorde et la paix. Nous recevons aussi le Pain vivant descendu du Ciel qui nous engage sur un chemin où la mort n’existera plus, où le voile de deuil sera enlevé. Le Bon Pasteur nous prend par la main. Comme des brebis dociles, nous nous laissons conduire. Amen.
Chers frères et sœurs,
L’Église célèbre aujourd’hui la fête de la Visitation de la Vierge Marie. Notre assemblée fraternelle autour du corps d’Éric nous permet de faire cette expérience qui fut celle d’Élisabeth et de Jean-Baptiste, l’enfant qu’elle portait. Le Seigneur vient nous visiter. Nous vivons une visitation qui nous soutient sur notre chemin de foi. Éric vit une visitation éternelle dans laquelle il rencontre Celui qu’il a aimé et servi.
Nous le savons bien, ce n’est pas nous qui trouvons le Seigneur à force de le chercher à coups de volonté, c’est le Seigneur lui-même qui vient à nous, c’est lui qui se laisse trouver. Quand « Marie se mit en route », quand elle « se rendit avec empressement vers la région montagneuse », quand elle « entra dans la maison de Zacharie », quand elle « salua Élisabeth », c’est Dieu lui-même qui venait visiter la mère du plus grand de tous les prophètes : « d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » s’exclame alors Élisabeth. C’est l’être même de Dieu que de se donner, de se faire connaître, de venir visiter. Il le fait tout au long de l’histoire du peuple d’Israël, il le fait à Nazareth en venant annoncer à Marie sa mission, à Bethléem en prenant notre chair, à Cana, à Capharnaüm, à Jérusalem, à Jéricho… à Sézanne. Telle est notre foi : Dieu est accessible, proche, tellement proche qu’il se fait l’un de nous, semblable à nous excepté le péché. Le Seigneur ne vient pas pour une parade ou un coup d’éclat, mais pour rendre la vue aux aveugles, permettre aux sourds d’entendre, relever les paralysés, ressusciter les morts. « Ce ne sont pas les gens bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mc 2,17). Le Seigneur « s’est penché sur son humble servante » (ou serviteur), « il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il relève Israël son serviteur ». Éric a vécu cette visitation de Dieu dans sa vie pleine de souffrances et d’embûches. Son être tout entier a été fortement marqué par le mystère pascal, pas celui des livres de théologie, mais celui d’une expérience charnelle et concrète d’un véritable renouveau, d’une renaissance, avec l’aide de ses frères chrétiens et de ses amis de l’association « Vie libre ». Dieu est venu le rejoindre dans sa faiblesse. La Visitation n’est pas une visitation « mondaine », selon les mots du Pape François, mais une visite de grâce et de miséricorde, comme j’aime le faire, bien humblement, lorsque les conditions sanitaires le permettent, chaque dimanche matin, et comme j’encourage prêtres et diacres à le vivre aussi. Éric n’a pas seulement reçu la visite du Messie crucifié, il a été lui-même le ministre de cette visitation dans ses rencontres simples, en dehors des réunions institutionnelles. A travers lui c’était le Christ qui venait visiter, réconforter et guérir.
On parle beaucoup d’Église pauvre, servante des pauvres par les pauvres et avec les pauvres. Bien sûr, nous savons que l’Église n’est pas triomphante en ce monde. D’autant que les circonstances sont bien différentes de ce qu’elles furent autrefois. C’est, je le crois, une grâce à saisir pour mieux comprendre quelle est sa nature et sa mission. La priorité est bien sûr l’annonce de l’Évangile, non seulement par des paroles mais aussi par des actes et un témoignage cohérent. L’Église est le Corps du Seigneur, un corps blessé, meurtri, par les péchés de ses membres et malheureusement aussi par leurs divisions. Son unité réside dans la charité, la fraternité. Chaque baptisé est appelé – c’est une vocation – à la pauvreté, à la simplicité à la fraternité, à l’évangélisation par le témoignage et par la présence. Mais en fait, qu’est-ce que la richesse ? Qu’est-ce que la pauvreté ? La vraie richesse n’est-elle pas de vivre la vraie pauvreté, pas seulement selon des critères économiques même s’ils en disent long, mais aussi selon des critères spirituels. Comment puis-je être acteur de la visitation de Dieu si je prends sa place, si je me crois supérieur aux autres, si je fais preuve d’autoritarisme, si je me laisse piéger par les addictions des riches qui ne laissent aucun espace, si petit soit-il, à la charité, …Éric ne nous dit-il pas quelque chose de très concret de notre vocation à vivre comme Jésus, afin que nous expérimentions cet échange mystérieux dont saint Paul nous parle : « Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » (2 Co 8,9).
La mort d’Éric, et la mémoire que nous faisons de sa vie et de son ministère diaconal nous adressent un triple appel :
1/ Appel au service fraternel : par le sacrement de l’Ordre, Éric était un serviteur, un diacre, rappelant à toute l’Église qu’elle doit être en tenue de service, et rappelant à chaque baptisé que le service n’est pas une option dans la vie chrétienne. Certes, des chrétiens en reçoivent la mission spécifique par l’imposition des mains et deviennent diacres, mais chaque baptisé est consacré « prêtre, prophète et roi » : roi comme Jésus, roi sur la croix, roi en lavant les pieds, roi en pardonnant, roi en guérissant, roi en pleurant avec ceux qui pleurent. Merci Éric, de nous rappeler notre vocation au service. Merci pour tous les services rendus aux pauvres autour de vous.
2/ Appel à l’humilité et à la pauvreté. Saint Jean-Paul II l’avait écrit dans un beau livre « Ma vocation : don et mystère ». D’aucuns se sont sans doute interrogés à l’époque : mais pourquoi donc le Seigneur est-il venu visiter et appeler Éric, à travers l’appel de l’évêque ? C’était la question d’Élisabeth : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? ». N’est-ce pas tout simplement la particularité du choix de Dieu que décrit l’apôtre Paul : « vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1,26-29). Nous qui avons été visités, appelés, consacrés, par le baptême ou par l’ordination, il nous faut nous regarder en vérité et laisser l’orgueil à la porte. Il ne sert à rien de se pousser, de se mettre en avant, de penser que nous sommes les seuls capables, ou encore de s’estimer supérieur aux autres ; saint Paul nous demande justement le contraire : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes » (Ph 2,3). Dieu ne choisit pas selon les critères du monde, comme dans une campagne électorale ou un recrutement professionnel. Nul besoin d’être intelligent ou de se croire intelligent si nous n’avons pas la charité. Il ne sert à rien d’être « un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante » (1 Co 13,1), de se complaire dans sa vaine gloire. Merci Éric de nous rappeler la richesse de la pauvreté.
3/ Appel à la prière et à l’Eucharistie. Éric a été fidèle et persévérant, comme il l’était aussi à la retraite annuelle aves les prêtres et les diacres. C’est pourtant souvent ce qu’on lâche en premier alors que c’est le plus important pour être un serviteur et vivre la pauvreté. Prière et Eucharistie sont nourriture pour la charité du diacre appelé à donner sa vie et non à rechercher un pouvoir. Prière et eucharistie sont nourriture pour la charité pastorale des prêtres qui conduisent le troupeau, non en petits chefs insupportables ou en fonctionnaires du culte bien installés, mais en serviteurs, en diacres. Prière et eucharistie sont nourriture du baptisé pour toujours faire l’œuvre de Dieu et non la sienne propre. Prière et eucharistie sont nourriture du pauvre qui reçoit tout de Dieu. C’est ainsi que nous prions aujourd’hui et que nous communions au Corps du Seigneur, en priant pour Éric et en demandant pour lui la joie éternelle, la vision de Dieu, la plénitude de l’amour.
Amen.

Chers frères et sœurs, 

Alors que nous célébrions le cycle liturgique de la Pâque, notre frère Jean-Luc, prêtre du Seigneur depuis 48 ans, vivait ces dernières semaines une sorte de résurrection. Nous le savons, depuis tant d’années, il était en souffrance, inquiet, angoissé, et nous nous demandions tous comment l’aider à se relever, se remettre en route, à retrouver confiance en lui et dans la vie. J’exprime d’ailleurs a reconnaissance à tous ceux qui l’ont aidé et entouré. Nous faisions appel à lui pour un service pastoral ou une célébration, jamais sûrs qu’il ne parvienne à en relever le défi. Avant Noël, je lui avais proposé d’aller à Paris à une journée organisée pour les prêtres par l’œuvre d’Orient, et de prévoir une présentation devant les prêtres et les diacres réunis le Mardi-Saint. Malgré ses réticences habituelles à se lancer, il y a finalement participé, et il a assuré cette présentation devant ses confrères. Je crois que nous étions tous heureux de le voir ainsi. Moi, je l’étais, vraimentLe mystère pascal auquel il participait depuis le jour de son baptême et qu’il célébrait depuis son ordination dans les sacrements du saluts’est ainsi illustré dans son existence quotidienne, juste avant qu’il ne s’endorme dans la mort pour vivre la rencontre éternelle avec Jésus. Il ne voyait pas le bout du tunnel, et la lumière lui a été donnée. Nous étions tristes de ne pouvoir l’aider, et nous avons partagé sa joie de revivre. 

 

Le jour de son ordination à Saint Mard sur le Mont, en 1973, Mgr Piérard disait ceci : « Etre prêtre aujourd’hui le père Jean-Luc Giget est lucide. Il est conscient que le monde actuel est en crise de civilisation, en crise de la foi. Il sait que l’Eglise fait partie du monde et que ses membres sont affrontés à la crise de la civilisation et à la crise de la foi. Mais Jean-Luc sait aussi discerner – je prends ses propres termes – les espérances qui germent un peu partout. ». Outre l’étonnante actualité du diagnostic de l’évêque sur le monde et l’Église, ces paroles ouvraient au jeune prêtre un beau chemin de service pastoral, une grande espérance. Mais la crise a été plus violente dans son cœur que les espérances n’ont pu germer. Il l’écrit lui-même dans son témoignage pour une assemblée des prêtres en 2005 : « j’ai vécu de longues périodes dépressives avec 7 hospitalisations de plusieurs mois ces 20 dernières années. Cela est lié sans doute à des problèmes personnels, à la guerre du Liban, mais aussi pour une part à la situation ecclésiale. ». Avec ses limites et malgré les grands désespoirs qu’il m’exprimait souvent, Jean-Luc a été fidèle, il a servi de son mieux, tant dans notre diocèse de Châlons que dans la Drôme à Bourdeaux où il a tellement aimé retrouver des amis et un rythme plus léger. Son ouverture d’esprit l’a conduit sur les chemins du dialogue œcuménique aussi bien avec les chrétiens de la Réforme qu’avec les chrétiens d’Orient et ses amis libanais, et aussi sur la route de la paix avec le mouvement Pax Christi : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ». Je crois pouvoir dire, fort de mes nombreuses conversations avec lui et de la lecture de quelques lettres, qu’il avait beaucoup espéré, comme le disait Mgr Piérard – c’était en 1973 – et que son espérance a été déçue. Espérance d’une suite du concile Vatican II plus paisible et prometteuse qu’elle ne le fut pour l’évangélisation, la vie ecclésiale et le dialogue avec le monde.  

 

L’extrait du livre de la Sagesse nous dit bien comment le mystère pascal se donne à voir dans nos espérances déçues et aussi dans nos désespoirs guéris. « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux de l’insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix […] Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille.» Ces paroles nous permettent aujourd’hui de remettre entre les mains de Dieu l’âme de Jean-Luc, une âme blessée et tourmentée, mais une âme guérie et pacifiée, nous en avons été témoins ces derniers temps. Mystère de mort et de résurrection. Mystère pascal. Vocation baptismale. Vocation sacerdotale. 

Le chant des Béatitudes, qui constitue le point fort du sermon de Jésus sur la montagne, éclaire à merveille ces paroles de Sagesse. Le Seigneur le dit bien, et le reprend en d’autres moments de sa prédication, ce qui est, en ce monde, du côté du malheur ou de la faiblesse, se trouve éclairé et fortifié par la grande espérance et par la victoire de la vie : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. ». Je souhaite affirmer ceci aujourd’hui : plus encore que ses paroles ou ses actes ministériels, c’est l’être même du père Jean-Luc, dans sa faiblesse et sa fragilité, qui nous a parlé de Jésus, le pauvre et le faible par excellence ; ce sont sa vie, ses larmes, sa détresse qui ont prêché l’ÉvangileMgr Piérard préfigurait ainsi ce mystère du prêtre : « Que le Saint-Esprit, agissant dans le sacrement de l’Ordre, réalise en vous aujourd’hui et tous les jours de votre vie la ressemblance avec le Christ-Prêtre ».  

Notre frère nous a parlé par son angoisse : « Père s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi » 

Il nous a fait signe par ses appels : « si vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » 

Il nous a enseigné par sa fidélité : « Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus. » 

Il nous a guidés par le sourire qu’il parvenait à offrir : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »  

Et à nous prêtres, surtout lorsque nous pourrions être gagnés par le découragement, ou absorbés par des préoccupations trop mondaines, ou noyés dans notre vaine gloire, ou entrainés dans l’activisme, ou retirés dans une sorte de forteresse ministérielle devenue notre propriété, il nous rappelle ce qui nous remet à notre juste place : « sans moi vous ne pouvez rien faire ». 

Frères et sœurs, en ces temps toujours difficiles où l’isolement et la solitude ont marqué violemment beaucoup de nos contemporains et leurs familles, nous laissons résonner dans nos cœurs l’appel à la fraternité que nous laisse le père Jean-Luc : fraternité entre prêtres (et elle est bien visible aujourd’hui autour de lui), fraternité des prêtres avec les fidèles laïcs, et des laïcs avec les prêtresfraternité avec les chrétiens non catholiques, fraternité au-delà des frontières 

En communiant à l’Eucharistie, célébration de la Pâque et repas de la charité fraternelle, nous voulons redire au Seigneur notre ferme intention de le servir en donnant notre vie nous aussi, de tout mettre en œuvre pour que personne ne reste au bord du chemin de la vie et que la lumière de l’espérance nous conduise tous à la rencontre de Celui qui vient faire sa demeure en nous. « Jésus le Christ, Lumière intérieure, ne laisse pas les ténèbres me parler, donne-moi d’accueillir ton amour. » 

 Amen. 

Chers frères et sœurs, 

Alors que nous venons d’être reconfinés, en quelque sorte remis au tombeau, enfermésempêchés, nous avons la grâce de chanter ce matin l’alléluia pascal et d’acclamer ainsi le Christ Jésus, notre Seigneur, ressuscité des morts. Nous étions nombreux ce matin au lever du jour pour l’office de la vigile pascale : nous avons fait l’expérience concrète et très sensible de la victoire de la lumière. Le soleil s’est levé comme chaque matin et nous avons vu ses rayons progressivement illuminer puis allumer les vitraux du chevet. Comment dire et chanter de plus belle façon que Jésus, en se relevant du tombeau le matin de Pâques, offre à l’humanité entière la victoire de l’amour sur le péché, celle de la vie sur la mort, celle de la vérité sur le mensonge ? Il est la Lumière éternelle, et celui qui suit cette lumière ne mourra jamais. Jésus est vivant à jamais, nous le croyons. Et nous avons la mission expresse de le dire, de le proclamer.  

Dans ce contexte où notre pauvre humanité patine, empêtrée qu’elle est dans une épidémie, embourbée dans des décisions à court terme remise de mois en mois, nous recevons ce matin l’Évangile de la vie, Parole de vérité et d’éternitéEt nous sommes invités par l’apôtre saint Paul à « regarder les réalités d’en-haut » 

Les baptisés de ce jour nous y aident, avec toute la simplicité et la fraicheur de leur témoignage. Ils ont rencontré le Christ Jésus ressuscité, l’Église les a accompagnés pendant quelques mois à travers les différents rites du catéchuménat, et elle les conduit aujourd’hui aux sources du salut, comme je les conduirai dans un instant au baptistère, en votre nom à tous. Et surtout au nom du Seigneur, le berger du psaume 22 qui, je cite, « me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre», « me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom », « prépare la table pour moi »et « répand le parfum sur ma tête ». Ils vont renaître et devenir enfants de Dieu et ils pourront dire, toujours avec le psaume 22 : « grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours ». À cette source, l’eau les lavera de tout péché. Leur vêtement blanc montrera leur ressemblance avec JésusPrès de cette source, ils vont être consacrés : le Saint-Chrême le fera sentir. Et là encore, ils vont être illuminés : le cierge leur rappellera que c’est le Christ ressuscité qui les conduit. Frères et sœurs, nous qui sommes baptisés depuis des années et qui parfois manquons de cette fraicheur du converti, de cette spontanéité de l’enfant de Dieu, c’est le moment de nous replonger dans cette source, de nous laisser renouveler encore par la grâce du ressuscité, de redire notre choix de mener une vie nouvelle à l’image et à la ressemblance de Jésus, de nous engager dans le témoignage fort et déterminé, avec courage quand il le faut, mais surtout avec la force de l’esprit-Saint.  

La fête de Pâques est une lumière offerte à l’humanité qui a les yeux fermés et le cœur endurciet qui ne sait pas, ou ne veut pas, regarder « les réalités d’en-haut »Nous les baptisés, avec nos frères et sœurs que nous accueillons aujourd’hui avec une immense joie dans la sainte Église de Dieu, sommes envoyés dans ce monde blessé et inquiet pour chanter Dieu, le vivant, l’auteur de la vie, pour proposer la vie de Dieu à ceux qui ne le connaissant pas ou le rejettent, pour donner du sens à ceux qui sont désorientés, pour inviter à prendre soin de la création de Dieu, notre maison communeet pour affirmer aussi la dignité inviolable de la vie humaine. Il nous revient d’œuvrer à tout ce qui pourra favoriser la vie, protéger la vie, défendre la vie. La vie de chaque personne humaine, la vie familiale, la vie sociale, la vie fraternelle, la vie professionnelle, la vie spirituelle et religieuse. Toute personne humaine a droit à la vie. C’est LE droit fondamental. C’est le don de Dieu. 

L’action et la parole des chrétiens seront essentielles demain comme elles l’ont toujours été, grâce à des prophètes de leur temps comme le fut saint Jean-Paul II par exemple. Nous ne pouvons pas assister, sans rien dire, au triste spectacle des atteintes à la vie. La violence qui se déchaine en Birmanie comme ce fut le cas dans le Haut-Karabackh, ou contre les Ouigours ou les Yésidis, et d’autres peuples par le passéLes abus épouvantables dont sont victimes des enfants, quelquefois par leurs propres parents, dans le cadre familial, mais aussi dans le cadre éducatif, sportif, culturel, et tristement dans l’Eglise. Les violences faites aux femmes, souvent par leur propre conjoint qui devient un assassin. L’exploitation des jeunes devenus enfants-soldats ou trafiquants de drogue ou prostitués. Les exilés et réfugiés qui vivent dans la rue. Les petits bébés à naître, tués avant même de voir le jour. Et peut-être bientôt l’euthanasie des malades ou des handicapés  attention, l’air de rien une fois de plus, les députés doivent se prononcer ce 8 avril sur un projet de loi en faveur de l’euthanasie, appelée pudiquement « aide médicale à mourir » ; alors qu’on est dans l’urgence sanitaire et qu’on prétend tout mettre en œuvre pour sauver des vies. … La liste est longue. La vie est fragile, mais la vie est sacrée. Elle vient de Dieu. La fête de Pâques nous invite à le dire et le redire haut et fort. De même pour la vie religieuse : des menaces réelles pèsent actuellement sur notre liberté de conscience, liberté religieuse, liberté d’expression et de prédicationLa loi de séparation des Églises et de l’État risque de devenir une loi de supervision des Églises par l’ÉtatOn voit déjà le travail ! 

Nous ne sommes pas des séparatistes, nous ne menaçons pas l’ordre public, mais nous avons reçu la vie de Dieu, nous choisissons de nous laisser éclairer par la Parole de Dieu, bien supérieure à toute loi humaine ! Nous sommes dans le monde mais nous ne sommes pas du monde. Les chrétiens ne sont pas des gens à part qui vivraient dans un autre siècle. Nous vivons, nous mangeons comme tout le monde, mais nous portons en nous la richesse de la grâce de Jésus. Les rites du baptême, s’ils sont bien des gestes sensibles  nous voyons, entendons, touchons, sentons ou mangeons, expriment une réalité qui ne se voit pas mais qui doit transparaître dans notre témoignage : être lavés de nos péchés, répandre la bonne odeur de Dieu, porter la lumière du Christ ressuscité, proclamer la parole de vérité, se nourrir de la charité divine. 

Frères et sœurs, la joie pascale est là. Elle n’est pas un effet pour un instant. Elle est inscrite au plus profond de notre âme. Le Christ est vivant et il demeure en nous. Il nous a choisis, consacrés et envoyés pour annoncer l’Évangile de la vie à toutes les nations. Telle est notre mission. 

En communiant ce matin au Corps du Christ, mort et ressuscité, avec nos néophytes, nos nouveau-nésnous recevons la vie de Dieu en nous. Approchons-nous de la sainte Table avec un cœur et une foi sincères pour nous laisser transformer en Celui que nous recevons, afin que toutes nos actions, nos paroles prennent leur source en Jésus et soient toutes mises en œuvre pour l’avènement de son règne. 

Dans ce monde confiné, soyons témoins que Jésus ne pourra jamais être confiné. Il est sorti du tombeau. C’est là notre foi. C’est là notre espérance. 

Amen. Alleluia 

Chers frères et sœurs,
Le Samedi-Saint est une journée toute particulière dans le calendrier chrétien. Au cœur des trois jours saints, le Samedi-Saint est le jour du silence, du recueillement, de l’attente. Le corps de Jésus a été mis au tombeau. On a roulé la pierre. Les autorités romaines ont même assigné des gardes devant le tombeau de peur que ses disciples ne viennent voler son corps et raconter encore n’importe quoi… qu’il est ressuscité.
La liturgie de l’Église est très sobre, les églises sont dépouillées de leurs ornements, les autels de leur nappe. Et pour manifester cette mise au tombeau, on n’allume pas de cierge. Seule la croix est dressée pour nous rappeler que Jésus est mort. Pour les Apôtres de Jésus, tout semble anéanti, effondré. C’est un échec sur toute la ligne. Ils avaient mis leur confiance en cet homme qui les avait appelés. Ils l’avaient suivi, écouté. Ils étaient témoins de ce qu’il avait fait, guérissant les malades, relevant les paralytiques, multipliant les pains, ressuscitant les morts. Mais le soir du Jeudi-Saint, ils se sont endormis, ils n’ont pas eu la force de veiller, et Jésus a été arrêté. Le Vendredi-Saint, ils se sont éloignés, gagnés par la peur, et Jésus a été crucifié. Le Samedi-Saint, ils restent enfermés. Comme Jésus dans le tombeau. Silence.
Pourtant Jésus avait annoncé sa mort prochaine et sa résurrection le troisième jour. Mais ils n’avaient pas compris le sens de ses paroles. Ils seront quelques-uns le matin de Pâques à découvrir le tombeau vide, malgré les gardes qui avaient été placés en faction. Les saintes femmes de Jérusalem, puis Pierre et Jean à qui elles ont raconté ce qu’elles ont vu. Personne n’a été témoin de ce qui s’est passé, mais le tombeau est bien vide. Et ce jardinier qui leur parle et les appelle par leur nom, c’est bien Jésus. Elles le reconnaissent. Il est vivant comme il l’avait promis. Il est ressuscité.
Le silence et l’attente du Samedi-Saint nourrissent dans nos cœurs la grande espérance. Celle de vivre avec Jésus toujours. Réalisation de la promesse reçue au jour de notre Baptême. Demain matin, nous chanterons dans l’allégresse la victoire de Dieu sur la mort.
Le père Claude NICOLAS va être mis au tombeau aujourd’hui. Il avait reçu cette promesse de la vie éternelle le jour de son baptême. Il avait répondu à l’appel du Seigneur en étant ordonné prêtre il y a 61 ans hier, pour proclamer l’Évangile de la résurrection, pour donner la vie de Dieu dans les sacrements, tout particulièrement le pardon et l’Eucharistie. Comme j’ai eu l’occasion de le faire avec lui en venant le visiter à La-Grange-aux-Bois, notre assemblée fait mémoire de son ministère dans le diocèse de Châlons, puis dans ce qu’on appelait alors le vicariat aux armées, puis à la cathédrale Notre-Dame de Paris, avant qu’il ne revienne se retirer à La Grange-aux-Bois il y a 20 ans. A tous ceux qu’il a rencontrés, accueillis, écoutés, accompagnés, tout spécialement dans son ministère d’exorciste, il a annoncé ce grand mystère du salut. Nous rendons grâce pour tout le bien qu’il a fait pour remettre des personnes debout, leur redonner confiance, leur permettre de rencontrer le Christ Jésus. Nous demandons aussi pour lui la miséricorde de Dieu. Il était pécheur comme chacun d’entre nous. Et comme nous, dans le face à face avec le Seigneur, il fera la vérité sur sa vie. Nous croyons que Jésus a justement livré sa vie pour offrir à chacun le pardon, la lumière, la paix. Et si le pardon humain est trop difficile, nous croyons que celui de Dieu est donné en plénitude.
Aujourd’hui, nous pouvons redire et méditer deux phrases entendues dans la Parole de Dieu :
« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume ». Ces mots d’un malfaiteur crucifié à côté de Jésus nous invitent à la confiance en Celui qui nous a montré le visage de notre Père des cieux. C’est finalement toute la vie d’un chrétien qui se trouve récapitulée dans cet appel adressé à Jésus. Nous cheminons, à travers les épreuves et les joies de cette vie, portant les bons fruits comme les mauvais, vers cette rencontre avec Jésus, vers ce royaume auquel nous sommes invités. Un royaume de charité pour toujours. Le royaume qui est le désir éternel de Dieu pour nous, alors que l’humanité est blessée par le péché, notre prétention à nous passer du créateur. Confiance, mais aussi espérance : nous attendons la venue du Seigneur à la fin des temps, comme nous attendons aujourd’hui dans le silence l’annonce de la résurrection. Espérance qui nous habite au moment d’ensevelir notre frère Claude.
Deuxième parole à redire et à méditer, elle nous est donnée par l’apôtre saint Paul : « Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par Notre Seigneur Jésus-Christ ». Avec lui nous redisons notre foi en cette victoire. Elle n’est pas hypothétique, ni le fruit de notre imagination, ni un simple souhait. C’est la promesse de Dieu qui se réalise dans la résurrection de Jésus au matin de Pâques et qui se déploie déjà dans nos vies, même si tout n’est pas encore accompli.
En regardant la croix qui sera éclairée d’une lumière nouvelle demain matin avec le soleil du ressuscité, nous confions notre frère prêtre à la miséricorde de Dieu. Et si nous ne pouvons célébrer l’eucharistie aujourd’hui, car c’est le Samedi-Saint, l’Église présentera au Seigneur toute sa vie avec le pain et le vin dans une célébration prochaine, ici dans la paroisse où il était né et où il résidait.
Dans un moment de silence, vivons cette attente confiante dans la foi et l’espérance. Amen.
Chers frères et sœurs,
Nous n’avons pu faire aujourd’hui la traditionnelle « marche de la croix » dont on doit l’heureuse initiative pastorale il y a 40 ans à l’abbé André Soller, décédé il y a presque un an maintenant. Les conditions sanitaires et les mesures de couvre-feu nous ont conduit à nous rassembler directement ici à la cathédrale à l’heure de la pause du milieu du jour. Cela nous aidera, en passant, à inscrire le jeûne au cœur de cette journée grave et sereine.
Journée grave : parce que nous rappelons la mort de Jésus la croix. Le récit de la Passion selon saint Jean vient de nous redire l’intensité de ce drame qui s’est joué à Jérusalem et qui se joue encore dans la vie de notre humanité. Les humiliations que les chrétiens supportent, les persécutions contre les disciples du Christ, les crimes et abus qui ont sali et meurtri l’Église, les injustices qui provoquent la révolte, les violences et les guerres qui frappent l’humanité, les routes et les mers déversant les vagues de migrants et exilés, l’épidémie qui aura provoqué la mort de plus de 2 millions de personnes, presque 100000 dans notre pays si l’on en croit les statistiques, des décès et des deuils vécus dans des conditions souvent inhumaines et irrespectueuses des liens d’affection : sans adieu. Les croix d’aujourd’hui sont bien lourdes à porter. Comme les croix d’hier. Comme les croix qu’il nous faudra encore porter demain.
Journée sereine aussi : car la foi baptismale nous éclaire, l’espérance du salut nous maintient debout, la charité est notre nourriture. Cette charité, cet amour infini de Dieu, que nous contemplons dans le Cœur de Jésus transpercé sur la croix, est un signe pour l’humanité entière. La croix est l’arbre de la vie ; et sur ce gibet, celui qui a osé dire qu’il était roi, et même Fils de Dieu. Lui qui n’avait rien fait de mal, le voilà au rang des malfaiteurs, exposé à la raillerie et aux insultes. Son silence, sa prière portent le monde entier. Sur la croix, il porte nos croix quotidiennes. Le prophète Isaïe nous décrivait ce serviteur souffrant : « il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » En contemplant et en vénérant cette croix, comme nous le ferons en silence dans un instant, nous affirmons qu’elle est déjà le signe de la victoire. Car l’amour est plus fort que la mort.
Journée de jeûne : afin de marquer cette gravité et cette sérénité, afin de participer à l’offrande que Jésus fait de sa propre vie pour nous, pour le pardon des péchés, l’Église nous invite au jeûne. Il ne s’agit pas d’un régime alimentaire, mais d’un régime spirituel : ne garder que l’essentiel, demeurer ouvert à Dieu qui nous parle et nous invite à communier avec lui dans ce mystère de la Passion ; maintenir aussi notre charité attentive au prochain, à tous ceux qui portent un fardeau trop lourd. Nous pensons aux malades qui ne peuvent être soignés car il faut soigner d’autres malades, aux soignants qui se relaient jour et nuit pour « sauver des vies » selon l’expression consacrée, aux victimes collatérales qui sont en train de perdre leur commerce, leur entreprise, leur travail, leur revenu, et donc leur maison, et parfois leur famille. Nous pensons aux victimes d’abus de pouvoir ou de conscience, d’abus sexuels commis par des prêtres ou religieux dans l’Église, et nous demandons le pardon en pleurant.
Notre vie chrétienne est un chemin de croix que nous parcourons avec Jésus. Il n’y a aucune complaisance dans la souffrance. La vie chrétienne n’est pas du masochisme. Nous ne cherchons pas les épreuves, mais nous y lisons la présence du Seigneur qui s’est fait semblable à nous jusque dans la souffrance, la faiblesse, la pauvreté, la soif, la faim, les larmes, la mort. La lettre aux hébreux nous le rappelait : « nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. » Ce trône, c’est la Croix. Cette croix qui sera dévoilée à nos yeux pour que nous puissions la contempler, l’acclamer. Cette croix déjà habillée de la lumière du matin de Pâques. Ces bras de Jésus ouverts pour nous accueillir dan sa tendresse. Ce cœur de Jésus qui laisse couler l’eau et le sang, signes de la vie baptismale et de la boisson eucharistique. Ce visage blessé de Jésus sur lequel nous reconnaissons le visage de Dieu qui nous aime.
Regardons la croix du Seigneur.
Faisons devant elle un beau et profond signe de croix.
Laissons son image s’imprimer dans nos propres cœurs pour que resplendisse dans nos vies la victoire de l’Amour et de la Vie.
« Victoire, tu régneras. Ô Croix, tu nous sauveras »
Amen.
Chers frères et sœurs,
Dans beaucoup de familles encore, même si la tradition se perd dans le flot de la sécularisation, le plat de résistance du jour de Pâques sera un gigot d’agneau. Tradition dont l’origine est largement ignorée, comme de nombreux usages de notre société devenue si laïque aujourd’hui, avec pourtant des racines chrétiennes très profondes. Pourquoi cet agneau ?
Nous venons d’entendre dans les textes sacrés comment le repas que Jésus prend avec ses disciples s’enracine dans le repas juif de la Pâque. Rappelons-nous : Les hébreux sont retenus par Pharaon, et Moïse est envoyé comme libérateur, chargé de conduire le peuple saint hors d’Égypte, de lui faire traverser la Mer Rouge et de le guider jusqu’à la Terre promise. Au jour de la délivrance, alors que le Seigneur annonce la dixième plaie d’Égypte – l’extermination des premiers-nés des égyptiens (Ex 11,5 ;12,12) – les hébreux doivent marquer leurs maisons du sang d’un agneau immolé (Ex 12,7,22), et préparer du pain sans levain [ou azyme] (Ex 12,8,15-20) pour pouvoir échapper à l’ange exterminateur, partir en hâte et prendre la route (Ex 12,11,34,39). Ce sang sera donc un signe de vie et de libération. Le Seigneur demandera ensuite aux hébreux de célébrer le mémorial de cette délivrance chaque année au cours d’un repas familial : pain azyme et agneau immolé, sans défaut, dont on ne brise pas les os : chaque fois que, dans les familles juives, on refait les gestes du sang de l’agneau et du pain azyme partagé, on re-vit, on vit aujourd’hui le bienfait de Dieu, le don de la liberté après l’esclavage.
C’est ce que Jésus, membre du peuple juif, fait en réunissant ses disciples au Cénacle à Jérusalem. Il s’inscrit dans la tradition juive de la Pâque, mémorial de la sortie d’Egypte. Au cours de ce repas pascal, il donne un sens nouveau aux gestes rituels juifs. Il rompt le pain et prend la coupe de bénédiction qui deviennent le signe d’une réalité nouvelle : la libération de la mort et du péché. Jésus, non seulement fait mémoire avec ses disciples (juifs) de la libération d’Égypte, mais il annonce aussi une libération intérieure, spirituelle : la victoire sur le péché et sur la mort. Mystère de la Rédemption.
Il prend le pain et dit « ceci est mon corps ». Il prend le vin et dit « ceci est mon sang ». Se réalise alors le passage de l’ancienne à la nouvelle Alliance annoncée par les prophètes. Le pain azyme n’est plus seulement le pain qui rappelle la route dans le désert, mais son propre Corps, le Pain de la vie qui comble toute faim pour l’éternité. Le vin n’est plus seulement la coupe de bénédiction à la fin du repas, mais la coupe de son Sang versé pour le pardon des péchés.
Ainsi, Jésus s’identifie à l’Agneau pascal immolé. C’est lui l’Agneau véritable, cet agneau sans défaut, offert une fois pour toutes en sacrifice, dont on n’aura pas brisé les os. Il est la victime (en latin : hostia), l’hostie du sacrifice, et il annonce dans les signes du pain et du vin le drame de sa mort qui interviendra le lendemain : là, il livrera son corps et versera son sang pour la rémission des péchés. Saint Jean-Baptiste l’avait d’ailleurs annoncé et présenté comme tel : « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Mais bien avant déjà, le prophète Isaïe décrivait la figure du serviteur souffrant : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. » (Is 53,7-8). Et le prophète Jérémie aussi, lui qui fit l’expérience d’être rejeté, dit ceci : « Seigneur, tu m’as fait savoir, et maintenant je sais, tu m’as fait voir leurs manœuvres. Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » (Jr 11,19).
Quel retentissement dans notre vie, à part le fait de manger de l’agneau le jour de Pâques ? Si nous comprenons bien que Jésus est l’Agneau de Dieu, il nous faut entendre l’appel de l’apôtre saint Paul : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice [en hostie] vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » (Rm 12,1). Lorsque nous participons à la célébration de la sainte Eucharistie, nous n’assistons pas à un spectacle historique, nous ne faisons pas une représentation, mais nous entrons dans l’offrande de Jésus « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », selon les mots que nous répondons au célébrant à l’offertoire. Ce n’est pas seulement un repas, c’est aussi le sacrifice de Jésus. Jésus meurt sur la croix, il donne son corps, il verse son sang. Par les mains et le ministère du prêtre qui reprend mot-à-mot « ceci est mon corps » « ceci est mon sang » et qui s’identifie donc à Jésus, ce sacrifice qui eut lieu dans l’histoire des hommes demeure présent chaque jour de l’histoire des hommes. C’est le sens de l’acclamation de l’assemblée après la consécration, l’anamnèse : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ».
Ainsi donc, les prêtres, configurés au Christ Prêtre, s’offrent eux en sacrifice, comme le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Et nous-mêmes sommes aussi invités à offrir notre vie « par lui, avec lui et en lui ». C’est vrai pendant les jours saints de la Pâque où nous pouvons le faire avec davantage d’intensité et de recueillement, grâce à la magnifique liturgie de l’Église catholique. C’est vrai aussi chaque jour de notre vie par les plus petits actes de charité, de service, de soutien, de réconfort, lorsque nous sommes capables de sortir de notre canapé, comme le dit le Pape François, pour nous lancer sur les chemins du don de soi. C’est vrai encore chaque fois aussi que nous participons à la messe. Saint Jean-Paul II nous enseigne même que tout se tient : « Proclamer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11,26) implique, pour ceux qui participent à l’Eucharistie, l’engagement de transformer leur vie, pour qu’elle devienne, d’une certaine façon, totalement eucharistique. » (Jean Paul II, Ecclesia de Eucharistia §20), confirmant ce que les pères du concile Vatican II nous traçaient comme route : « Qu’offrant la victime sans tache, non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l’unité avec Dieu et entre eux pour que, finalement, Dieu soit tout en tous » (Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium 48).
Entrons donc ce soir dans une vie plus eucharistique. Offrons notre vie au Seigneur avec le pain et le vin à l’autel. Recevons avec foi le Corps et le Sang du Christ. Et que résonnent dans nos cœurs les paroles de Jésus : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jn 6, 51).
Amen.

Chers amis, Chers frères et sœurs, 

L’extrait de l’Évangile selon saint Luc que nous venons d’entendre nous est bien connu. Il décrit une action liturgique dans la synagogue de Nazareth le jour du sabbat : Jésus fait la lecture d’Isaïe, puis ferme le livre, le rend au servant et dit ceci : « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». Et voilà ! Jésus a prononcé l’homélie du jour. La plus brève de toutes les homélies ! Bon … Je connais les appréciations, les critiques et les blagues sur les homélies. Je vous demande votre attention car je serai un peu plus long que Jésus, avec modération tout de même. 

Chers amis, alors que nous sommes meurtris, angoissés par cette crise sanitaire et ses conséquences sur notre vie, …et aussi gavés, lassés ou exaspérés par l’actualité et les statistiques en dents de scie, et depuis quelques jours inquiets de devoir à nouveau connaître l’isolement et l’enfermement…, nous entendons le prophète Isaïe annoncer « la Bonne Nouvelle aux pauvres ». Nous le savons, la Bonne Nouvelle, c’est l’Évangile. Déjà en germe dans l’Ancien Testament car c’est le plan de Dieu pour l’humanité. Que dit-il ? Qu’annonce-t-il ? « L’huile de joie au lieu du deuil », « l’habit de fête au lieu d’un esprit abattu », la consolation pour « tous ceux qui sont en deuil », la délivrance pour les captifs, la guérison pour « ceux qui ont le cœur brisé ». Ces promesses résonnent profondément dans nos cœurs alors que notre humanité se trouve plongée dans une réalité de mort, de blessure, de privation de liberté, de découragement et d’angoisse. Il nous revient de reprendre ces paroles du prophète Isaïe lues par Jésus à la synagogue, et de donner chacun un témoignage qui soit un écho à l’homélie si brève de Jésus. C’est aujourd’hui qu’elles s’accomplissent, ces promesses. Pas facile dans ce concert de cris de désespoir, de larmes de deuil, de tentatives législatives d’atteinte à la vie et à la liberté de religion.  

Les chrétiens d’Irak, visités par le Saint-Père récemment nous donnent un témoignage exemplaire de la grande espérance de renouveau enracinée dans la force de la foi. Ceux qui n’ont pas fui depuis 2014 devant les massacres, les viols, les sacrilèges ont reconstruit les églises et cherchent à bâtir la paix. Leurs évêques, parmi lesquels Mgr Najeeb, archevêque chaldéen de Mossoul que j’avais eu la joie d’accueillir à Toulon la Montagne en janvier 2020, sont des prophètes de l’espérance au milieu d’un désert de ruines et avec un peuple exilé en majorité. Outre le devoir d’une extrême vigilance devant les dérives islamistes, ils nous apprennent la grâce du martyre, la liberté de celui qui met sa foi en Dieu et non en lui-même. Le signe pascal venu d’Irak nous aidera dans notre mission ici. 

Il s’agit pour nous de parler de Jésus. « Il est l’Alpha et l’Oméga », nous dit l’Apocalypse, il est « le souverain de l’univers ». Ceux qui veulent le faire taire, comme dans le récit de la Passion entendu ce Dimanche, n’y pourront rien. Car il est ressuscité des morts, il est vivant. Sa Parole nous a été confiée et nous avons le devoir de la proclamer « à temps et à contre-temps » comme le dit saint Paul. Nous ne sommes pas au service d’une réalité humaine, d’une idéologie, d’un club, d’un parti. Nous sommes les disciples de Jésus et les missionnaires de son Évangile.. au moins cherchons-nous à l’être ! 

Oui l’Esprit du Seigneur est sur nous, Il nous a consacrés par l’onction le jour de notre Baptême, de notre Confirmation, de notre Ordination. Nous sommes les prophètes de l’espérance dont le monde a besoin et qu’il attend sans le savoir. Nous pouvons redire avec le psalmiste ce que Dieu dit de nous comme il le disait du roi David : « ma main sera pour toujours avec lui, mon bras fortifiera son courage ». Oui, nous n’allons pas nous laisser endormir. Attention au piège de l’hibernation, du silence, de l’inaction. Je vous appelle tous, au nom du Seigneur, à la Mission. Voulez-vous être avec moi des prophètes de l’espérance ?  

En relation avec la liturgie de la messe chrismale dont les deux éléments marquants sont les Saintes Huiles et les promesses d’ordination, je lance aujourd’hui un triple appel : 

J’appelle des volontaires pour la Mission : vous tous, frères et sœurs baptisés, confirmés, sans oublier nos catéchumènes qui seront baptisés le saint jour de Pâques, l’Esprit du Seigneur est sur vous, il vous a consacrés par l’onction ! Voulez-vous répondre à l’appel missionnaire du Pape François que je relaie ici bien humblement ? C’est plus facile d’attendre que les autres le fassent, et de rouspéter parce qu’ils ne font pas comme ci ou comme ça, plus facile aussi de rester sur nos acquis et de ne pas risquer l’aventure avec le Saint-Esprit. On n’avancera pas ainsi. Nous sommes tous responsables de l’Église que nous formons. Il nous revient de faire vivre notre famille, l’Église du Seigneur. N’ayez pas peur de vous lancer : je vous invite à l’audace pour un service ponctuel ou une mission de quelques années : équipe pastorale de conduite de votre paroisse, action de fraternité, équipe de rédaction et de diffusion de « Parvis-magazine », émission de radio sur RCF, animation à L’Épine avec les Bénédictines qui arriveront cet été, musique liturgique, louange, fraternité de proximité, inscription à un parcours de formation, accompagnement d’un catéchumène, et tant d’autres oasis qui fleurissent dans le désert d’aujourd’hui pour que la Bonne Nouvelle soit annoncée ! 

J’appelle des diacres : beaucoup s’interrogent : c’est quoi un diacre ? à quoi il sert ? on dirait un sous-prêtre ou un super-laïc ! Non c’est un diacre, un ministre ordonné. Il est configuré au Christ serviteur et est au service du Peuple de Dieu dans les domaines de la liturgie, de la prédication et de la charité. Sous l’autorité de l’évêque et en communion avec lui, il se dévoue aux œuvres de charité et d’assistance et rappelle sans cesse aux communautés chrétiennes cette vocation universelle au service. Il est le bras de la charité du ministère de l’évêque, rend visible la figure de Jésus et nous aide à vivre notre baptême dans un esprit de service. Le Pape François nous dit que le diacre est « le gardien du service dans l’Église », car la foi possède une dimension essentielle de service, celui de Dieu et celui des frères. 

La société actuelle pose à l’Église de nouveaux défis dans les domaines relevant justement de la diaconie. Le monde attend des diacres qui seront signes sacrés, sacrements du Christ serviteur de tous : à la maison d’arrêt (à condition d’être du bon côté des grilles !), auprès des agriculteurs en difficulté, dans le monde des soignants, au chevet des malades et de leurs familles (et nous pensons à l’hospitalisation à domicile qui se développe), sans oublier l’accompagnements des migrants, des familles en deuil, des pauvres, et de tous les blessés de la vie… Le comité diocésain du diaconat a déjà relayé l’appel auprès des prêtres qui, à leur tour, le relaieront autour d’eux : à chacun je confie le soin d’exprimer à votre curé ou prêtre modérateur ou un vicaire général le ou les noms d’hommes qui pourraient être invités à réfléchir à un éventuel engagement dans ce beau ministère. A chacun je demande de repérer ces lieux de mission où un diacre pourrait être envoyé. Le comité diocésain recueillera tout cela pour y travailler avec moi. 

Enfin, j’appelle des prêtres. Je sais que d’aucuns profitent de la souffrance provoquée par les abus de certains pour militer contre le ministère apostolique ou s’en moquer. Nous, évêques de France, venons d’écrire aux prêtres une lettre de soutien, d’estime et d’encouragement. Nous avons tous été éclaboussés. Donc soutien aux prêtres ! Il n’y a pas d’Église catholique sans prêtres. Ces hommes sont configurés au Christ Prêtre et Pasteur, Tête de l’Église. Ils ont la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner, toujours en serviteurs. Leur ministère est vital, tout spécialement pour l’Eucharistie et le pardon des péchés. Dans notre diocèse pauvre en vocations, des prêtres venus de Hollande ou du Vietnam ou d’Afrique ont été accueillis, et cela déjà il y a 60 ans ou plus. Avec vous, je me réjouis de compter désormais un séminariste et un jeune en propédeutique. Une part importante de mon temps est consacrée au dialogue avec d’autres évêques pour que je puisse maintenir un nombre suffisant de prêtres au service de notre Église diocésaine. Mais surtout je cherche à relancer ici des réponses généreuses : j’appelle donc les jeunes garçons et jeunes hommes à se poser la question d’une vie donnée comme pasteur ; je demande aux communautés une vraie conversion pour que grandissent en leur sein des futurs prêtres ; je compte sur les équipes de prêtres pour offrir le signe de la joie et de la fraternité ; j’invite les familles à prendre en compte cette belle vocation dans l’éducation des enfants. Et je vous remercie tous de demeurer fidèles à la prière pour les vocations telle que nous l’avons lancée en 2018 chaque premier vendredi à L’Épine et chaque premier dimanche en paroisse. 

Je vous l’avais annoncé : j’ai été plus long que Jésus à la synagogue ! Je voulais vous détailler ces trois appels spécifiques pour que s’accomplissent les promesses d’Isaïe dans notre Église de Châlons, et pour que les Saintes Huiles répandent la bonne odeur de Dieu et donnent à chacun force et espérance. 

Avec le pain et le vin à l’autel, présentons cela au Seigneur afin qu’il féconde nos cœurs de sa grâce et que des fruits abondants soient récoltés. 

Amen. 

Chers frères et sœurs, amis de Jésus,
Il y a un an, j’appelais les catéchumènes à s’engager dans le temps du Carême avec confiance pour cheminer vers la célébration de leur Baptême dans la nuit de Pâques. Il en fut tout autrement à cause des conditions sanitaires. Deux semaines après cet appel décisif, nous étions plongés dans un confinement qui nous a privés des célébrations pascales. Les « appelés » ont attendu jusqu’au mois de juin, ou même septembre pour recevoir la vie nouvelle des enfants de Dieu. Certains ont même choisis de reporter leur Initiation Chrétienne à l’année 2021.
Vous voici cette année. L’entrée en catéchuménat a été célébrée ces derniers mois, nous nous sommes rencontrés, vous m’avez écrit, je vous ai répondu. Même si le contexte n’est toujours pas revenu à la normale et que l’année 2021 a débuté avec la même angoisse et les mêmes inquiétudes, nous sommes en droit d’espérer pouvoir célébrer la Pâque dans nos églises. Et nous sommes dans la joie en ce premier Dimanche du Carême pour entourer ces catéchumènes de différentes paroisses du diocèse et du lycée Ozanam. Dans quelques instants, ils deviendront des « appelés ».
Cela fait partie de la condition des enfants de Dieu d’être appelé. Adam et Ève, Noé, Abraham, Moïse, Isaïe et tant d’autres dans l’ancienne Alliance. Pierre, André, Jacques et Jean…et tant d’autres dans le Nouveau Testament. Et encore bien d’autres, les saints connus ou anonymes, témoins du Christ dans leur vie quotidienne… Encore aujourd’hui, chaque baptisé reçoit un appel. C’est toujours Dieu qui a l’initiative, qui frappe à la porte de notre cœur, qui nous saisit par la main, qui nous offre son Amour et sa miséricorde, et nous laisse libres de choisir. Comment refuser cette tendresse avec laquelle il vient nous arracher à la puissance du mal et de la mort ?
Vous, les catéchumènes, Dieu vous a appelés à travers des circonstances bien différentes les uns et les autres : un deuil, une rencontre, un témoignage, un mouvement scout … C’est cet appel intérieur, pas facile à déchiffrer, qui vous a conduits à frapper à la porte de l’Église, comme vous l’avez fait symboliquement le jour de l’entrée en catéchuménat. Un appel à vivre de la vie de Dieu, un appel à Le connaître, à enraciner votre vie dans le mystère de son amour. Un appel à entrer dans le combat contre le mal et le péché. C’est justement pour cela que s’ouvre pour vous aujourd’hui le « temps de la purification ». Vous célébrerez bientôt les « scrutins » pendant ce Carême pour manifester votre engagement, votre résolution, votre détermination à changer de vie pour entrer dans la vie nouvelle.
Ce combat est celui de l’humanité tout entière. La création du ciel et de la terre, des animaux et des plantes, puis de l’homme et de la femme, était bonne, parfaitement bonne. Nous le ré-entendrons au cours de la Vigile pascale. Comment d’ailleurs Dieu aurait-il pu créer quelque chose de mauvais ? Le désordre vient du péché d’Adam et Ève, qui est aussi notre péché. C’est quand nous voulons prendre la place de Dieu que la souffrance, les blessures, la violence, les injustices, les discordes apparaissent. Le Baptême vient nous arracher à cette prétention orgueilleuse d’être l’égal de Dieu. Dieu nous appelle à la Vie. Nous pouvons vivre de la vie de Dieu lorsque nous voulons bien accueillir la grâce de son pardon. C’est Jésus, le Fils de Dieu, qui nous offre cette grâce par le mystère de sa mort et de sa résurrection, nous venons de l’entendre dans la lettre de saint Pierre Apôtre.
Après cet appel initial et le temps du catéchuménat pendant lequel vous avez été accompagnés par des témoins de Jésus, voici le jour où l’Église, par la voix de l’évêque, votre père et votre pasteur, vous appelle. Vous manifesterez votre réponse en vous avançant devant moi et venant inscrire votre nom et signer le registre. Pour répondre à cet appel, vous vous êtes préparés. Mais sachez-le, il vous faudra redire votre oui chaque jour de votre vie. Ceux qui vous accompagnent, et moi le premier, marqués comme vous par le péché, pourront en attester : le combat n’est jamais gagné, même si le Seigneur l’a déjà gagné par sa résurrection le matin de Pâques. Notre nature humaine demeure blessée, il suffit de regarder notre humanité, nos relations humaines, et tout ce qui ne tourne pas rond dans notre monde, pour s’en apercevoir. A chaque instant : un appel de Dieu. A chaque instant : une réponse de notre part. Tenez, par exemple : dans cette situation au travail, dois-je dire la vérité ou mentir ? Et là, en famille, dois-je tendre la main pour la réconciliation ou rester enfermé dans mon obstination ? Et encore, dans mon cercle d’amis, vais-je cacher ma foi ou oser témoigner ? A chaque instant : un appel de Dieu. A chaque instant : une réponse de notre part.
Tous, nous entendons cet appel en ce Dimanche, dans la bouche même de Jésus : « le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Il y a une certaine urgence à cette conversion. Le monde est empêtré dans cette pandémie et court dans le plus grand désespoir vers un avenir incertain, les atteintes à la dignité de la personne humaine continuent leurs ravages, non seulement dans les abus, incestes et autres manipulations honteuses, mais aussi dans les conflits armés qui sèment la terreur, et encore dans les couloirs du Parlement où certains tentent encore de légaliser le fait de donner la mort à autrui, alors que les mesures sanitaires sont officiellement orientées vers le fait de « sauver des vies ». Nos vies personnelle, familiale et sociale sont elles-mêmes bien encombrées par l’orgueil, le ressentiment, la rancune, la vengeance, le mensonge, le vol.
Se convertir, cela veut dire « se retourner », changer de direction, se détourner du mal et choisir la lumière de Dieu. C’est l’appel qu’il nous adresse. Voulons-nous y répondre ? Avec courage ? Vous le ferez, vous le direz fermement juste avant de recevoir le Baptême. Et déjà vous allez l’exprimer dans un instant, vos accompagnateurs, parrains et marraines attestant que vous êtes prêts à faire ce pas. Je m’y engage avec vous, et j’invite chacun des chrétiens, ici présents, à s’y engager aussi dans l’offrande du pain et du vin à l’autel puis la communion eucharistique.
Bonne marche dans le désert vers Pâques !
Amen.
 
Ce Dimanche, Mgr Touvet a donné le sacrement de Confirmation à 9 jeunes de la paroisse St Augustin à l’église de Fère Champenoise. Malgré les contraintes covid, une belle assemblée très familiale et jeune entourait ces adolescents qui ont attendu patiemment, suite aux reports de date.
Jean, notre séminariste, en insertion paroissiale dans l’espace missionnaire de la Brie, était présent.
Dans son homélie, l’évêque a insité sur l’imitation de Jésus, selon le conseil de l’Apôtre Paul :
1/Jésus écoute les Docteurs de la Loi au Temple et s’inscrit donc dans la Tradition juive, il grandit entouré de Marie et de Joseph, et plus tard il accueille la volonté du Père. De même nous sommes invités à approfondir notre foi, à accueillir l’enseignement de l’Eglise, à nosu nourrir de l’Evangile.
2/ Jésus se met souvent à l’écart pour prier, seul. De même nous sommes appelés à la prière, la louange, la contemplation pour vivre de la vie de Dieu, pour laisser Dieu éclairer notre coeur.
3/ Jésus sauve et guérit. Les sourds, les aveugles, les paralysés, en reçoivent les bienfaits. Jésus nous enseigne qui est notre prochain (Le Bon Samaritain). De même nous sommes invités à donner notre vie, à faire de notre vie un service pour que l’Evangile se traduise par des actes concrets.
4/ Jésus proclame la Bonne Nouvelle du Royaume, il enseigne (Béatitudes, paraboles…). De même, notre mission consiste à rendre témoignage de ce que nous avons reçu. Le chrétien ne peut garder pour lui ce trésor de la foi.
5/ Jésus vit avec ses proches, ses amis. Il parle avec tous, il mange avec eux, il pleure avec eux. De même notre vie chrétienne doit se déployer dans la fraternité et l’amitié vraie, ainsi que dans la communuaté de l’Eglise. Jamais seul !
Tiens donc .. les 5 essentiels de la vie chrétienne ! A mettre en oeuvre par chacun, tout spécialement pendant le Carême qui approche, avec le livret diocésain « traverser le désert en prophètes de l’espérance »

Chers frères et sœurs, 

Mon ultime rencontre avec le Père Etienne Rollet date du 24 décembre. Je présidais la messe du dernier jour de l’Avent entouré des quelques prêtres de la Résidence Mgr Bardonne et de plusieurs autres pensionnaires. Et j’introduisais donc, en quelques phrases de méditation après l’Évangile, le grand mystère célébré à Noël dont parle saint Jean dans sa lettre : « voici comment Dieu a manifesté son amour : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui ». La liturgie qui nous réunit autour du corps de notre frère prêtre Etienne nous invite à entrer dans ce mystère de la présence du SeigneurNous rendons grâce aujourd’hui pour tout ce que nous avons reçu par son ministère. Lui-même avait bien conscience que ce ministère de prêtre permettait à chacun d’entrer en relation avec Jésus le Sauveur, et de vivre par lui, lui justement par lequel Dieu a manifesté son amour. 

Souvent nous nous arrêtons au tempérament du prêtreà son caractère. Il est comme ci, il est comme ça… Etienne en avait, du caractère. J’en ai fait l’expérience dans des conversations où il exprimait avec vigueur, dans un petit bougonnement qui lui était propre, sa désapprobation de quelque chose. Il en avait conscience lui-même, de son caractère, lorsqu’il écrivait par exemple, au moment de démissionner du conseil presbytéral dans les années 80 : « je sais que je passe volontiers pour un râleur chaque fois que je dis quelque chose, ça ne fera qu’une fois de plus. » ou bien, et c’est très touchant : « plutôt que de râler sans rien dire, je vais essayer de le dire sans râler ». Mais, chers amis, même si le prêtre est un homme avec ses qualités et ses défauts, il y a derrière la façade de cet homme et de son histoire, celui qui a été configuré au Christ Prêtre et Pasteur par l’ordination, l’imposition des mains de son évêque : le prêtre, serviteur de la grâce, ministre de la miséricorde, messager de l’espérance, dont les mains bénissent, consacrent, pardonnent, guérissent ; dont la parole enseigne, réconforte, soutientLe Père Etienne, tant dans ses années paroissiales que dans l’aumônerie diocésaine ou régionale de l’Action catholique au MRJC, à l’ACE, l’ACR, l’ACGF, a cherché à être ce serviteur du Seigneur, l’ouvrier de la paix, le porte-parole du Maître, le soutien des plus faibles, l’artisan de réconciliation, lpasteur qui rassemblel’oreille qui écoute. J’ai remarqué dans ses écrits comment il a porté le souci d’une véritable pastorale, avec le souci d’y exercer vraiment ce ministère reçu par l’ordination. Un mystère d’amour entre le pasteur et son troupeau. Son souci était de rassembler le peuple de Dieu, et de témoigner en dehors et au-delà. Les femmes de l’ACGF, aujourd’hui ACF, ont été les bénéficiaires de sa « capacité d’attention et d’écoute » comme le rappelait l’aumônier national à Mgr Bardonne. Les pèlerins de Lourdes ont eux aussi beaucoup reçu lors des carrefours qu’il animait avec fidélité et dont il avait souhaité être déchargé il y a 2 ans. Il s’est inscrit dans la ligne du mystère de Noël évoqué plus haut, en veillant à manifester à son tour l’amour infini de Dieu pour nous tous, et à le manifester par son amour. En témoigne la lettre collective reçue par l’évêque lorsqu’il demanda à l’abbé Etienne de quitter Athis : « c’est profondément désolés que nous venons d’apprendre le départ de notre cher abbé.  Ne savez-vous pas Monseigneur, tout ce qu’il représente pour nous ? De son dévouement inlassable nous commençons à comprendre la vie de groupe. De ces 100 jeunes, pas un ignore le sourire, le mot, une conversation avec le père RolletSi nous n’avons plus sa présence et son soutien, tout sera fini de son travail… » 

Non tout n’est pas fini, il a semé, il a donné, il a témoigné. Il a revêtu les baptisés du vêtement blanc et il leur a remis la lumière du Christ. Nous sommes invités à poursuivre le travail apostolique accompli. Comment ? En restant en tenue de service, et en gardant nos lampes allumées. Les paroles de Jésus dans cette page de l’Évangile de St Luc sont très claires pour nous tous. J’y pensais pendant que l’on déposait sur le cercueil d’Etienne son aube, vêtement du baptisé, et son étole, vêtement du prêtre agissant au nom du Seigneur. Pendant que nous rallumions aussi près de son corps la lumière du Christ ressuscité qu’il avait reçue au jour de son baptême. Nous-mêmes n’avons-nous pas reçu cette lumière et ce vêtement blanc ? Un vêtement qui aurait tendance à s’abimer avec le manque d’ardeur, à se déchirer avec nos infidélités, à se salir avec notre péché… une lumière qui pourrait vaciller avec les tempêtes spirituelles, ecclésiales, ou même s’éteindre avec la désespérance … Frères et Sœurs, au cœur de cette crise inouïe qui nous frappe avec un impact très fort et violent tant sur le plan personnel que dans nos relations sociales et fraternelles et même dans notre vie communautaire, l’appel que nous recevons du monde en détresse est celui de la lumière pour donner et répandre l’espérance, et aussi celui du vêtement de la ressemblance avec Jésus pour donner du sens à ce que nous vivons. Jésus proche des malades et des souffrants, des pauvres et des petits. Jésus debout pour enseigner, à genoux pour laver les pieds et les bras étendus sur la croix pour pardonner. « Dieu est amour », nous dit saint Jean. Comme le père Etienne Rollet, nous sommes envoyés dans ce monde pour manifester ce mystère. Tous, membres de l’Église, quelle que soit notre vocation spécifique et personnelle, nous voulons rester en tenue de service et garder notre lampe allumée. Nous ne manifesterons l’amour de Dieu que par l’amour entre nous, l’amour sans exclusive, l’amour gratuit, vrai, généreux qui ne regarde pas en arrière et ouvre toujours des chemins de réconciliation. 

Rassemblés pour l’Eucharistie, sacrement de l’amour, que le père Etienne a si souvent célébrée, nous faisons mémoire, avec le pain et le vin offerts à l’autel, de toute cette vie et de ce ministère, nous présentons au Seigneur nos joie et nos peurs, nos fidélités et nos faiblesses, notre foi et notre espérance. Nous redisons le « oui » de notre baptême, nous renouvelons notre choix de donner notre vie pour nos frères 

« Là où sont amour et charité, Dieu est présent », chantons-nous parfois. Chantons-le maintenant par toute notre vie. 

Amen.

Chers frères et sœurs,
Vendredi, le chancelier me transmettait la liste des prêtres jubilaires en 2021 parmi lesquels Bernard de Billy qui avait été ordonné prêtre le 29 juin 1951 à la cathédrale de Châlons, il y a 70 ans. Je me réjouissais à l’idée de fêter cet anniversaire avec lui.
Samedi, j’apprenais son décès à l’hôpital de Châlons, contaminé par le coronavirus qui avait réussi à pénétrer la résidence Mgr Bardonne, pourtant préservée jusque-là grâce au dévouement vigilant et attentif de la direction et du personnel. Nous prions pour le père Etienne Rollet, hospitalisé depuis Dimanche pour les mêmes raisons, et aujourd’hui très affaibli.
Nous avons entendu au début de cette messe la lecture de ce qui peut être appelé le testament spirituel du Père de Billy, qui date de 1974. Certes, ce n’était pas sa voix grave et profonde qui résonnait dans la collégiale de Vitry où il a si souvent prêché, mais nous recevons ce texte pour nourrir notre action de grâce ce matin.
Son attachement à Blacy était tel que ce parisien qui me rappelait souvent avoir étudié dans le même lycée jésuite que moi 40 ans plus tôt, avait demandé à être incardiné dans le diocèse de Châlons parce qu’il ne se sentait pas en mesure de vivre le ministère en ville. Plus tard, il aimera plaisanter sur les parisiens qui ne peuvent comprendre la pastorale en milieu rural. Il aimait cette terre du Perthois, il y avait ses racines familiales et chrétiennes, les deux allant de pair. Sa correspondance avec l’évêque de Châlons, depuis Mgr Tissier jusqu’à votre serviteur, témoigne aussi d’une très grande confiance : il exprimait ses espoirs et ses souffrances, faisait part de ses projets et réalisations, et ne manquait pas de répondre très aimablement à l’évêque qui lui écrivait pour sa fête ou son anniversaire, lui partageant alors ses intentions de prière.
Arrêtons-nous ce matin sur trois leçons spirituelles que le Père de Billy nous laisse. Pas des leçons doctorantes et savantes, en surplomb, mais des exemples pleins de douceur qui poussent à l’intériorité et qui nourrissent la Mission.
Tout d’abord : la charité du pasteur. Reçue en famille, sa foi était solide et il redisait cette conviction profonde à partir de la parole de Jésus, entendue dans l’Évangile : Jésus est « le chemin, la vérité, la vie ». Ces trois mots guidaient sa vie de disciple et habitaient son cœur missionnaire. Sur son image d’ordination, il avait fait inscrire : « aimer Dieu et faire aimer Dieu ». Tout un programme ! … qui pourrait être le nôtre dans le cadre du renouveau missionnaire que l’Église diocésaine est appelée à vivre. Les témoignages que j’ai reçus ou lus nous le disent. Tout jeune, il prêchait à ses cousines dans la chapelle de la propriété familiale, et il fallait l’écouter ! Au service militaire – ceux qui l’ont fait aussi comme séminariste savent bien que c’était un terrain apostolique extraordinaire – il a, je cite, « exercé la plus heureuse influence sur ses chefs et sur ses camarades ». Dans son testament spirituel, il termine en s’adressant aux non-croyants : « sachez que je vous ai aimés comme les autres, et parce que je vous aime, je vous souhaite de découvrir un jour la foi, pour votre bonheur ». Les paroles de l’apôtre saint Paul aux Philippiens nous aideront, nous prêtres – je pense particulièrement à ceux de son équipe de l’Union Apostolique du Clergé – nous aideront, chaque baptisé, témoin de l’Évangile, à poursuivre la mission dans le même esprit : « Je vous porte dans mon cœur […] Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ » Ce qui transparait dans ces mots, c’est la charité pastorale, sur laquelle les pères du Concile Vatican II ont tant insisté, et qui doit rester première, même quand les circonstances de la mission sont rendues plus difficiles, même quand la vie paroissiale n’est plus ce qu’elle était il y a seulement 15 ou 20 ans, même quand la fatigue ou le découragement peuvent nous envahir et provoquer des tensions, en particulier dans la collaboration entre prêtres et fidèles laïcs. Je suis témoin parfois de ces éclats ou de ces jalousies qui gâchent tout, comme je suis témoin aussi des fruits portés par le fait d’aimer les gens, de les accueillir comme ils sont, de les accompagner, de les intégrer. L’évangélisation commence là. Tant dans les colonies de vacances que dans la vie paroissiale où il accompagnait les personnes et les aidait à grandir dans la foi, le Père de Billy, même si je l’ai vu tout de même bougonner un peu dans ses dernières années à la résidence Bardonne, restera un témoin de cette charité. Son neveu m’écrivait : « il répandait la paix avec une grande humilité ».
Deuxième leçon spirituelle : le portement de croix. J’ai été frappé, même bouleversé, dans ses correspondances avec Mgr Piérard, par la souffrance qui fut celle du Père Bernard alors qu’il connaissait des difficultés de santé, tant morale que physique, quand il n’était encore que trentenaire. Il se confiait à son évêque avec humilité et disait porter sa croix comme Jésus. Notre époque, et même notre prédication, ne s’attardent pas beaucoup sur le mystère de la Croix, pourtant au cœur de notre foi. Ce n’est pourtant pas du masochisme, ni du dolorisme, la Croix … mais un mystère d’amour infini que nous vivons dans nos épreuves personnelles ou en accompagnant ceux qui peinent sous le poids du fardeau. La souffrance rédemptrice du Christ continue de porter des fruits d’éternité à travers les épreuves que nous vivons avec courage et force dans la foi. L’existence d’un prêtre – et d’un évêque aussi, vous vous en doutez – est inévitablement marquée par la croix. Configurés au Christ Prêtre, nous sommes appelés à offrir notre vie, toute notre vie en sacrifice. Nous ne sommes pas les fonctionnaires d’une institution, les organisateurs d’un planning ou les animateurs d’un club, nous sommes prêtres du Seigneur, renonçant à nous-mêmes et donnant notre vie comme Jésus pour guider nos frères et sœurs vers lui, tels de bons pasteurs pour chacune des brebis du troupeau. Bernard de Billy – et ne disons pas trop vite que c’est le vocabulaire de l’époque qui serait dépassé aujourd’hui – écrivait dans sa lettre de demande d’ordination : « je sais bien que le sacerdoce n’est pas un métier tranquille, mais quand on est appelé par le Christ […] à le faire aimer, il faut y mettre le prix, le prix que Jésus lui-même a mis, c’est-à-dire la croix. » Comme je voudrais moi-même être capable de dire cela… comme cela. Dans la célébration quotidienne de l’Eucharistie, nous faisons l’expérience de cette configuration au Christ mort pour nous, et nous redisons « ceci est mon corps livré pour vous », pas comme des podcasts, mais avec notre cœur de disciple, ordonnés prêtres au service de nos frères. L’été dernier, alors que je lui souhaitais son 94è anniversaire, il me répondait prier tous les jours pour les vocations de prêtres. Je vous invite à prendre son relais avec ardeur pour que des hommes se lèvent et se préparent à devenir prêtres.
Troisième leçon spirituelle, pour terminer : servir l’œuvre de Dieu. Dans un esprit de contemplation, nous sommes conduits à accepter que c’est l’œuvre de Dieu, et pas la nôtre, qui doit se faire, et qui se fait. Saint Paul écrit : « celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera », Bernard écrivait : « peut-être vous ai-je fait un peu mieux aimer le Seigneur, alors remerciez-le avec moi. Si je n’ai pas réussi, demandez aujourd’hui au Seigneur qu’il supplée à ce que je n’ai pas pu réaliser ». Nous nous rappelons aussi cette phrase du rituel de l’ordination : « Que Dieu achève en vous ce qu’il a commencé ». Le Pape François l’écrit de façon très simple dans son petit livre de l’an dernier « Sans Jésus nous ne pouvons rien faire » (je vous le recommande) : « Si l’Esprit-Saint est absent, il n’y a pas d’annonce de l’Évangile. Cela tu peux l’appeler publicité, recherche de nouveaux prosélytes. La mission consiste à te faire guider par l’Esprit-Saint : il faut que ce soit lui qui te pousse à annoncer le Christ ». Dans ses correspondances que j’évoquais plus haut, le Père de Billy revenait souvent à cette interrogation sur ses propres capacités à assurer le ministère confié. Cette question qui était parfois une angoisse, était aussi l’expression de sa foi dans l’action de la grâce : il nous invite à rester humbles devant la mission confiée, à ne pas nous prendre pour des savants ou des « sachant » qui regardent les autres de haut, mais à nous mettre à genoux devant ce grand mystère de notre Dieu qui s’est fait homme, et serviteur de tous, et que nous rencontrons dans nos frères les plus fragiles.
Dans la célébration de l’Eucharistie, nous offrons avec le pain sur la patène toute la vie et le ministère de notre frère Bernard, et nos vies aussi, nous versons dans le calice le vin de ses joies et de ses souffrances, et les nôtres. Et dans un instant, nous communierons avec joie au Christ qui nous donne part à sa vie, et qui nous envoie en mission avec sa grâce, dans l’espérance.
Amen.
Chers frères et sœurs,
Les temps que nous traversons nous contraignent et nous pèsent. Avec le psalmiste, je veux redire avec vous « il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » (Ps 132). Notre réunion est un signe d’espérance car nous croyons tous que Jésus est notre Sauveur. Il nous a chargés d’être les messagers du salut offert à tous. Message si pertinent actuellement. Nous pensons à tous ceux qui sont désespérés, découragés, ruinés, malades. Cette épreuve nous enseigne à vivre avec eux le mystère pascal de façon très incarnée, et à chanter avec ardeur la grande espérance qui nous habite.
Tous ces jours-ci, les fêtes de Saint-Vincent auraient dû animer nos villages de Champagne. Elles ont été presque toutes annulées, ou largement amputées de leur dimension festive et fraternelle. Nous les champenois, pouvons recevoir les premiers versets du chapitre 15 de l’Évangile selon saint Jean comme un signe providentiel : « je suis la vigne, et mon père est le vigneron », « je suis la vigne et vous êtes les sarments ». Ces paroles de Jésus nous appellent à la communion. C’est bien le sens de notre semaine de prière pour l’unité des chrétiens, alors que, nous le savons, nous ne communions pas ensemble au même pain et à la même coupe. Pourtant nous sommes bien frères et sœurs dans la foi. Nous avons reçu le même Baptême.
Si nous avons déjà parcouru à pied les rangs d’une vigne, observé tous les sarments attachés au même pied, si nous avons vu comment, au pressoir, les raisins produisent un seul et même jus, nous pouvons mieux comprendre comment Jésus nous parle ici de la communion de chacun avec lui, et entre nous.
Si nous connaissons un peu comment se fait le vin de Champagne, non par mélange mais par assemblage, nous pouvons saisir aussi comment la communion se construit, non dans la dilution de chacun dans un grand tout uniforme, mais dans la complémentarité de nos particularités si diverses.
Si le sarment ne demeure pas sur la vigne, il se dessèche, il ne porte pas de fruit. Le vigneron va venir le couper et le jeter au feu. « Demeurez en moi, comme moi en vous ». Voilà cette communion spirituelle qui fait notre force et fera notre unité. La conversion personnelle de chaque baptisé contribuera à la conversion communautaire, au sein de chaque communauté ecclésiale, et dans la totalité du peuple des baptisés. En prenant bien conscience que nous demeurons sur la même vigne, que nous sommes attachés au même pied, le Seigneur Jésus, que nous sommes tous de petits enfants entre les mains du Père, le vigneron, nous cheminerons ensemble vers cette belle unité qui est le rêve de Dieu. Il n’y a pas que les pasteurs ou les évêques qui rêvent de belles choses ! Nous les avons entendus et reçus, ces rêves. Ils rejoignent le rêve de Dieu, c’est rassurant.
Quelle conversion sommes-nous appelés à vivre ? Ne pas nous prendre pour le pied de la vigne ; nous laisser être taillés par le vigneron, Dieu notre Père, qui nous accompagne de sa grâce pour que nous puissions grandir ; accepter de nous retrouver au pressoir avec des frères et sœurs que nous ne connaissons pas, mais avec lesquels nous allons produire le même vin ; ne pas nous laisser endormir par la léthargie ambiante d’un monde sans espérance, mais préférer être enivrés de l’Amour éternel du Père qui nous donne sa Vie en Jésus par l’Esprit-Saint ; chercher à porter du fruit en abondance, à faire de nouveaux croyants qui seront accueillis dans nos communautés ; proclamer le message du salut à temps et à contretemps ; sortir de nos communautés pour aller à la rencontre des autres ; développer ensemble, par la pratique, la fraternité universelle magnifiquement proposée par l’évêque de Rome cet automne dans « Fratelli tutti », etc
En priant aujourd’hui pour l’unité des chrétiens, nous ne demandons pas la disparition des différents cépages, mais le partage du même vin. Nous le savons bien, quoi de plus fraternel, et cela fait partie de l’hospitalité en Champagne, que d’ouvrir une bouteille et de boire chacun une coupe. Ce moment de joie et de fraternité est aussi une belle image de ce que nous, chrétiens avons à donner au monde. Il ne s’agit pas seulement de nous réunir de temps en temps entre nous, mais d’offrir autour de nous le vin de la grâce, celui de la vie en Jésus, celui de l’Esprit qui chante dans nos cœurs, le vin du service fraternel et solidaire, celui du témoignage rayonnant, celui de la réconciliation. Nous le savons, au soir de la Pâque, Jésus prit du vin et nous le donna en boisson pour la vie éternelle. Plus nous demeurerons en Jésus, plus Jésus demeurera en nous, plus nous porterons du fruit, c’est notre mission.
Que le Seigneur maître de la vigne, nous vienne en aide. Amen.
Chers frères et sœurs,
Nous connaissons bien le récit de la naissance de Jésus à Bethléem entendu hier soir. Je me souviens avoir été toujours très frappé dans mon enfance par le fait que Marie et Joseph n’étaient accueillis dans aucune maison, et que toutes les portes auxquelles ils frappaient se refermaient aussitôt. Avec mes frères et sœurs, nous parcourions les pages de « la Miche de Pain » qui nous racontaient tout cela.
Ayant visité les restes très anciens d’une maison palestinienne dans le village de Taybeh il y a 2 ans, j’ai compris que la « salle commune » se trouvait au-dessus d’une partie moins hospitalière, en entre-sol, où on mettait les bêtes à l’abri. « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune », nous dit l’évangéliste saint Luc. Autrement dit : il y avait déjà tellement de monde dans cette salle à cause du recensement, que Marie et Joseph furent invités à s’installer en-dessous, là où il y avait la mangeoire pour les animaux.
Il n’y avait pas de place pour eux. Pas de place donc pour Dieu, pour ce divin enfant qui venait de naître. Nous pouvons méditer et réfléchir à cela en cette fête de Noël qui intervient dans un contexte très particulier.
Y a-t-il de la place pour Dieu aujourd’hui ? Pardonnez-moi, je vais vous parler encore de ce fameux virus ! Ou plutôt de ce que sa propagation a provoqué, et vous proposer 3 précieux cadeaux que nous fait le Seigneur, tels que je les ai offerts aux détenus à la maison d’arrêt de Châlons avant-hier. Joie – Fraternité – Espérance.
Où est la joie ? Tout le monde est triste. Les masques que nous portons avec plus ou moins d’élégance cachent nos sourires. La buée sur les lunettes cache les yeux baignés de larmes et les émotions. La morosité a envahi nos journées. Les morts ont été enterrés en vitesse, portés par des « croque-morts » habillés en cosmonautes, et les familles endeuillées n’ont même pas pu dire vraiment Adieu, prendre la main, embrasser, voir le visage. Les malades n’ont pu recevoir de visites, y compris celle de leur époux ou de leur épouse, ou de leurs enfants, alors que c’est justement dans ces moments de souffrance et d’angoisse que la présence affective des siens est primordiale.
Beaucoup de déprime, de l’aveu même des autorités récemment. De nombreux artisans pleurent et crient leur souffrance et leur détresse car ce qu’ils avaient créé, monté, lancé avec passion s’effondre et s’écroule.
Le monde est triste. La douleur est profonde.
Il n’y avait pas de place pour Jésus à Bethléem. Il n’y a pas de place pour la joie dans notre monde contaminé. Alors, ne nous laissons pas voler la joie. Faisons-lui une place. Car la joie est un don de Dieu. En naissant parmi nous, Jésus nous apporte la joie de la vie. Notre célébration de ce soir est joyeuse. Nous sommes tellement heureux de chanter enfin ces cantiques traditionnels de Noël, ici à l’église ou chez nous devant la crèche. Parce que nous sommes chrétiens, la joie profonde et paisible doit habiter notre témoignage. Dieu nous a sauvés. Ce n’est pas rien à entendre dans ce contexte. Dieu nous a sauvés. Il nous délivre de la souffrance, du péché et de la mort. Dieu est vivant parmi nous. Nous ne pouvons pas rester tristes. Portons la joie au monde. La joie de Noël.
Deuxième question : Où est la fraternité ? Voilà 10 mois qu’on nous apprend, comme à des écoliers, à mettre en œuvre des « gestes-barrière ». Cette expression épouvantable en dit long sur ce que cela a produit. Des barrières. Tout ce qui nourrit la fraternité et l’amitié ne peut être vécu ni exprimé concrètement. Nous nous écartons les uns des autres, nous évitons de nous croiser. Même à l’église, il faut s’asseoir à distance. Et à la maison, il faudrait se limiter à 6 personnes pour Noël alors que c’est aussi une fête de famille, à l’occasion de laquelle des paroles de paix et de réconciliation peuvent être échangées, des retrouvailles émouvantes peuvent être vécues, des souvenirs racontés. Sans parler de nos anciens qu’on peut à peine aller visiter dans les maisons de retraite, et en restant derrière un plexiglass.
Il n’y avait pas de place pour Jésus à Bethléem. Il n’y a pas de place pour la fraternité dans notre monde contaminé. Alors, ne nous laissons pas voler la fraternité. Faisons-lui une place. En prenant notre chair, en épousant notre condition humaine, Dieu se fait notre frère. Ce n’est pas rien. Nous sommes frères et sœurs de Jésus, frères et sœurs dans la foi, tous de la même famille en fait. Certes il y a eu de magnifiques élans d’entraide, de soutien au printemps dernier. On en a moins parlé en novembre. Il nous revient de relever ce magnifique défi de la fraternité qui ne doit pas rester un mot ni un slogan. Tant de choses auront été cassées, démolies, blessées. Il nous faudra donner notre vie dans les engagements familiaux, professionnels et sociaux qui sont les nôtres, pour relever, reconstruire, guérir, réconforter. Le cœur de l’Évangile du salut est un message de fraternité : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Portons la fraternité au monde. La fraternité de Noël.
Troisième question : Où est l’espérance ? La lassitude et le découragement ont gagné l’esprit et le cœur de beaucoup. Tous, nous nous demandons avec raison quand nous verrons la fin du tunnel. Nous attendons des perspectives de libération, mais rien, dans les actualités ou les discours officiels, n’ouvre vraiment un avenir ou n’élève le débat. Je reste frappé par le fait que la personne humaine a été réduite à un corps à soigner, oubliant qu’elle est aussi un cœur à aimer et une âme à sauver. Et on nous gave de Père Noël, de dinde, de réveillon, d’achats de dernière minute. On ne parle même plus de Noël, mais des « fêtes de fin d’année » !
Il n’y avait pas de place pour Jésus à Bethléem. Il n’y a pas de place pour l’espérance dans notre monde contaminé. Alors, ne nous laissons pas voler l’espérance. Faisons-lui une place. Car la venue de Dieu parmi nous oriente notre vie vers le Ciel, vers la communion éternelle et bienheureuse avec Lui. Le but de la vie, ce n’est pas d’avaler une bûche difficile à digérer, mais de goûter l’amour bienfaisant de Dieu, sa miséricorde qui nous relève, sa tendresse qui nous réconforte. Notre vocation consiste à ressembler au Seigneur, à participer à la vie divine. Portons l’espérance au monde. L’espérance de Noël.
Dans l’Eucharistie, nous trouvons justement un avant-goût du Ciel. Ce n’est pas seulement du pain qu’on partage amicalement, mais le Pain de la Vie, le Corps du Christ, nourriture de notre charité.
L’Eucharistie nous procure la joie qui manque tant, car Dieu vient établir sa demeure en nous.
L’Eucharistie nous procure la fraternité qui manque tant, car nous communions au même Pain et formons un même Corps.
L’Eucharistie nous apporte l’espérance qui manque tant, car Jésus est vraiment le Pain vivant descendu du Ciel.
Ces dernières semaines, il a fallu hausser le ton pour défendre notre liberté de culte pourtant garantie par la constitution. Je vous demande un sursaut dans votre vie chrétienne : prenez et retrouvez le chemin des églises et participez à la messe régulièrement afin de recevoir cette nourriture vraiment essentielle, et de distribuer autour de vous, dans une sorte de Noël quotidien, la joie, la fraternité et l’espérance.
Amen.
 
 Chers frères et sœurs, 
Aujourd’hui est célébrée à la basilique du Sacré Cœur de Montmartre la clôture du jubilé de sa consécrationSa construction fut achevée juste avant la 1è guerre mondiale, après avoir débuté en 1875. Elle avait été décidée par un vote par l’assemblée nationale en 1873, suite au vœu national de 1872 qui faisait suite à la défaite de 1870 
Dans ce sanctuaire parisien, l’adoration eucharistique perpétuelle est offerte aux pèlerins depuis 1885, jour et nuit. Elle est vraiment perpétuelle, sans aucune interruption, même pendant les bombardements de Paris en 1944. 
Là, Ste Thérèse de l’Enfant Jésus s’est consacrée au Sacré Cœur en 1887, puis St Charles de Foucauld en 1889. St Jean-Paul II y est venu en pèlerin en 1980 au soir d’une journée bien chargée. Là, nous irons en pèlerinage diocésain le 19 juin 2021.  
Le Cœur de Jésus, c’est le sanctuaire divin de la miséricorde et de la grâce, source du salut comme une fontaine de vie (cœur transpercé sur la croix). Pas une dévotion ringarde ou vieillotte du XIXè siècle, mais un don toujours d’actualité dans le contexte présent de désespoir, d’angoisse, d’humanisme sans Dieu où on voudrait nous faire admettre que l’homme se réduit à un corps à soigner, sans cœur à aimer et fait pour aimer, sans une âme à sauverLe Cœur de Jésus, c’est l’offre du salut, l’élévation des cœurs, le don de la grâceJésus étendant les bras comme sur la croix pour nous embrasser dans le mystère de l’Amour du Père. 
Le Cœur de Marie a été préservé de tout péché – c’est sens de la solennité d’aujourd’hui – pour être la demeure de Dieu parmi les hommes. Dans le récit du péché originel, le livre de la Genèse annonce l’Évangile à venir : « tu lui meurtriras le talon », et nous entendons dans l’Evangile selon St Luc l’annonce faite à Marie : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père.” Écho de l’Évangile (Lc 1) au « protévangile »(Gn 3). Il y avait Eve, Eva en latin ; il y a Marie saluée par l’Ange « Ave ». On retourne les lettres, Eva Ave, et on comprend le retournement de situation : le salut offert à tous ceux qui se convertissent. Le salut est donné, la promesse de Dieu se réalise, la parole donnée est parole tenue. 
Les Cœurs de Jésus et de Marie sont donc unis pour offrir le don de Dieu à l’humanité. Jésus le Fils de Dieu, et Marie la Mère de Dieu rassemblent leurs cœurs baignés d’amour divin pour déverser dans nos cœurs humains cette plénitude. 
Dans quelques mois, le 15 août, fête patronale de la France, le sanctuaire du Sacré Cœur de Montmartre, sanctuaire du vœu national, va venir à Notre-Dame de L’Epine : le diocèse de Châlons accueillera 5 Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre pour faire ici, pour nous et avec nous, l’œuvre de Dieu, offrir l’accueil et l’écoute en toute miséricorde à tous ceux qui cherchent et qui doutent, mais aussi la prière continue dans cette basilique dont les voûtes vont chanter chaque matin et chaque soir. Cette fondation prochaine sera un rayonnement, une « oasis » (cf le projet missionnaire diocésain : “Prophètes de l’espérance), un lieu de rencontre avec Dieu, dans la suite des 6 siècles de pèlerinage déjà vécus ici. 
Il ne manque que nos cœurs : nos cœurs endurcis, tristes, désespérés, blessés par l’orgueil, en proie au mensonge, accaparés par les artifices de ce monde… nos cœurs pourtant appelés à se laisser toucher ici par les Cœurs unis de Jésus et de Marie afin d’entrer dans le mystère de la tendresse, du pardon, de l’Amour infini…. Nos cœurs invités à devenir demeure de Dieu et rayonnement de son Amour, don de la joie, contagion de la paix et de la fraternité. 
Dans l’Eucharistie, 
Offrons nos cœurs avec le pain et le vin pour la gloire de Dieu et le salut du monde, 
Et recevons avec foi dans nos cœurs le Corps et le Sang du Christ Sauveur, et laissons-nous transformer « par lui, avec lui et en lui » 
Amen.
Chers frères et sœurs,

La fête de la Toussaint revêt cette année des accents bien particuliers. Non seulement, nous entamons la saison 2 du confinement avec sa longue litanie d’interdictions et de restrictions pour notre bien, mais nous connaissons aussi le regain d’une menace terroriste islamiste, plus ou moins organisée, très subtile et perverse. De quoi nous rendre bien attristés, inquiets, nous qui sommes pourtant appelés à vivre dans la joie éternelle, à devenir des saints à l’image et à la ressemblance de notre Seigneur Jésus-Christ, à chanter la gloire du Dieu trois fois saint, à rendre grâce pour toutes les figures de sainteté que l’Église nous donne en exemple, à savoir reconnaître aussi tous les saints et saints anonymes, « ceux de la porte d’à côté » comme dit le Pape, qui nous édifient par leur témoignage simple et vrai. Dans les circonstances actuelles, nous pouvons spécialement invoquer le père Jacques Hamel avec force !

Toussaint. Tous saints ! Tous ! Comment répondre à cette vocation dans les temps qui sont les nôtres ? En vivant vraiment en chrétiens. Vraiment ! En apportant à notre société tellement malade notre témoignage authentique de chrétiens comme nos pères l’ont fait pendant des siècles d’Histoire de France. L’âme française est là, dans la foi chrétienne et dans la vie de l’Église catholique. Aujourd’hui, les tentations sont nombreuses de se rebeller contre les mesures contraignantes qui nous sont demandées par les autorités de l’État et de vouloir profiter de cette lutte nationale contre un virus contagieux pour mener un combat politique personnel. Les raisons sont nombreuses aussi de vouloir répondre au mal par le mal, de mettre de l’huile sur le feu, de semer la division, de s’opposer et de s’affronter. Aucune de ces deux voies n’est un chemin de sainteté. Aucun de ces chemins n’est chrétien.

Reprenons : D’aucuns, parmi nos fidèles catholiques peuvent prétendre que le Saint-Sacrement nous protégerait du virus ou que la prière nous dispenserait des mesures sanitaires de prudence, comme si la providence était devenue magique. Je veux le dire et le redire ici solennellement : tous, faisons attention au fanatisme religieux. Il n’est pas loin quand le déni de la réalité nous confine dans un piétisme à outrance. Les comportements et discours excessifs manquent forcément de cohérence et font perdre à toute l’Église sa crédibilité. On ne peut pas, d’un côté s’opposer au comportement de fanatiques religieux qui contestent la valeur des lois humaines et temporelles et voudraient nous imposer leurs lois religieuses, et de l’autre refuser nous-mêmes ostensiblement de nous conformer aux mesures sanitaires édictées par les autorités de l’État, en prétendant que notre fidélité à Dieu suffirait à nous protéger.

Nous pouvons être en désaccord avec telle ou telle mesure, telle ou telle loi… d’ailleurs il y aura des recours contre la nouvelle atteinte à la liberté de culte, bien sûr (elle était « grave et illégale » au printemps, selon le Conseil d’État, on ne voit pas par quel miracle elle serait devenue légale …) ; être en désaccord, c’est le droit à la liberté d’expression qui pourrait avantageusement s’exprimer autrement que par des caricatures laides et immondes. Préservons la liberté de conscience, la liberté religieuse inscrites dans notre constitution, et surtout rappelées avec force aux États par les pères du concile Vatican II. Mais la dynamique de l’incarnation demande aux chrétiens de vivre au cœur du monde à la manière d’un ferment, et pas en dehors, comme cela était écrit déjà au IIè siècle dans l’Epitre à Diognète : « les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements […] ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre ».

 

Deuxième point d’attention : face aux attaques meurtrières et barbares perpétrées sur notre sol, et même jusque dans nos églises, ces lieux où on donne la vie de Dieu, tout désir de vengeance n’aurait rien de chrétien.  Certes, il faut appeler le mal « mal », le dénoncer et le combattre. Mais comme le dit saint Paul, nous ne pourrons vaincre le mal que par le bien. On ne soigne pas un cancer par le cancer. Nous ne pourrons désarmer l’ennemi violent que par la douceur : « Heureux les doux, ils recevront la terre en héritage ». Un témoignage évangélique authentique est attendu. C’est ce qui est à notre portée, l’État conservant le droit à l’usage de la force contre la violence, pour éradiquer, en légitime défense, un fléau si odieux. Il serait totalement incohérent pour les chrétiens que nous sommes, de condamner sans cesse la violence de ces quelques musulmans fanatisés par ceux qui voudraient nous imposer la charia, tout en prônant nous-mêmes la violence.

Je crois au contraire que nous pouvons aider les musulmans sincères qui vivent dans notre pays à comprendre qu’on peut vivre sa religion tout en respectant les lois humaines qui régissent la vie courante. En effet, l’essentiel de la religion ne se situe pas dans des prescriptions alimentaires ou vestimentaires. Peu importe. C’est avant tout une question d’intériorité, de relation à Dieu et de relation aux autres.

Préservons notre droit à l’objection de conscience, oui, mais sur des sujets particulièrement graves, comme en ce moment pour les avortements. Selon les projets de loi actuels, les praticiens seraient obligés de procéder à ces actions de mort. Nous devons défendre le droit à l’objection de conscience et dénoncer les incohérences : prétendre défendre la vie humaine et sauver des vies du virus, et « en même temps » légaliser des avortements jusqu’au dernier mois de grossesse. Ça ne tient pas !

Au milieu de toutes ces incohérences, nous sommes appelés comme témoins de la vérité, disciples de Jésus, missionnaires de l’Évangile, prophètes de l’espérance. Un dieu qui appellerait à semer la mort, à faire du mal ou à se venger, n’existe pas. C’est un faux dieu, celui-là. Il s’appelle le diable, ou Satan. Dieu, le Seigneur notre Dieu, n’a pas créé la mort. Il nous appelle à la vie. Nous croyons à la vie. Nous croyons à la victoire de la vie et de l’amour. Nous croyons que Jésus, le Fils de Dieu, par sa mort sur la croix et sa résurrection au matin de Pâques, nous a ouvert les portes de la vie.

Nous croyons que tout pardon donné et reçu est déjà une résurrection, une victoire de la vie : « heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». Nous croyons que toute action en faveur de la paix et du dialogue est un germe de résurrection, et déjà une victoire de la vie : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ». Nous croyons que toute vie donnée par amour est une annonce de résurrection, et déjà une victoire de la vie : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux ». Nous croyons à la force incomparable des Béatitudes, à la puissance de l’Évangile proclamé tant par les actes que par les paroles.

Frères et sœurs, dans ce monde de haine et de violence, le Pape François nous appelle à être « tous frères » « Fratelli tutti ». Il le disait déjà avec le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayeb, dans leur déclaration commune sur la fraternité le 4 février 2019 à Abou Dhabi. « Tous frères » : n’est-ce pas là un moyen de répondre à notre vocation universelle à la sainteté, en mettant en pratique le commandement nouveau de l’Évangile : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Commandement de la vie fraternelle, chemin de sainteté.

En ce jour béni, nous voulons redire notre refus de tous les chemins qui opposent, font du mal, blessent, divisent et conduisent à la mort. Nous voulons ne pas céder à la colère même si nous l’exprimons légitimement, nous voulons nous lever tous et dire notre oui à la vie. Nous le ferons dans un instant en chantant à pleine voix le Credo de l’Église catholique. Dieu est vivant. Dieu est saint. A nous de refléter sa présence et son être profond par notre sainteté personnelle et communautaire. Saint Paul nous le dit : « voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu […] nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est ». Oui, Dieu est Amour ! Dieu est lumière ! Dieu est paix ! Dieu est vivant !

Amen.

[texte reconstitué d’après les notes de Mgr Touvet]

Chers amis, chers frères et sœurs,

Dans sa lettre aux Colossiens, l’apôtre saint Paul nous parle de charité, de paix, d’humilité, de pardon, parce que nous sommes les membres d’un seul corps, l’Église, dont Jésus est la Tête. Il nous invite aussi à « chanter à Dieu notre reconnaissance ».

La vie chrétienne selon l’Évangile est une belle aventure qui exige de notre part à chacun une conversion quotidienne pour écarter l’égoïsme qui écrase, et l’orgueil nombriliste et narcissique. Par notre charité et notre sainteté, notre fidélité et notre générosité, nous chantons la gloire de Dieu

Cette église, cette basilique, comme toutes les autres églises, est le signe de ce corps dont nous sommes les membres. Saint Pierre nous dit que nous sommes les pierres vivantes qui servent à construire le temple spirituel, le Corps du Christ. Ici, tout nous parle de Dieu, nous dit sa présence, nous transmet son appel : l’harmonie de l’architecture, la beauté, les proportions, la lumière, etc. C’est là que nous aimons nous rassembler pour chanter à Dieu notre reconnaissance. Nous le faisons principalement dans la célébration de la liturgie chrétienne, le mystère pascal, mystère de la mort et de la résurrection de Jésus le Sauveur.

Bénir l’orgue aujourd’hui, c’est l’accueillir comme un acteur de la liturgie, un priant, un contemplatif, un missionnaire. Dans ce lieu consacré et qui le reste, affecté au culte catholique par la loi républicaine, nous ne glorifions pas Apollon ou Phébus, dieu de la musique, ni les talents des organistes ou des facteurs d’orgue, si extraordinaires soient-ils, nous chantons avec l’orgue, et l’orgue chante avec nous la sainteté, la grandeur et la beauté de Dieu.

Ses innombrables tuyaux que l’on aperçoit sur le buffet, ses différents jeux, comme la bombarde, le cromorne, le cornetin, la flûte, le bourdon (je ne connais pas exactement la composition de cet orgue), leur harmonie constituent une parabole de la charité qui fait l’unité dans la différence. La symphonie est l’œuvre de Dieu. La cacophonie est l’œuvre du diable. Quelle belle leçon pour nous tous, membres de l’Église, mais aussi agents et facteurs de la cohésion sociale.

Nous admirons le travail des facteurs et la virtuosité des organistes, mais surtout nous contemplons le mystère de Dieu : lui, le Créateur, s’est fait homme parmi les hommes, semblable à nous, il est mort sur la croix par amour pour nous, il est ressuscité, il s’est relevé du tombeau comme le soleil levant qui inonde de sa lumière le chevet de la basilique chaque matin après les ténèbres de la nuit.

Tout cela l’orgue va le chanter maintenant en réponse à mon appel, à l’appel de l’Église.

Nous nous associons à ce chant et nous entrons avec lui dans la contemplation.

Amen.

Chers frères et sœurs,

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme,
ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles
. […]Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, […] il vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. » (Ap)

Ce double signe évoqué dans le livre de l’Apocalypse nous renvoie aux signes d’aujourd’hui. Il nous faut essayer de les repérer et de les décrypter. Il s’agit d’un grand combat, celui que Jésus lui-même a mené et gagné contre le prince de ce monde, Satan, par l’offrande de sa vie. Il y avait bien la Croix silencieuse et grave, et les mots de Jésus « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », il y avait ce regard de Marie, la Pieta plongée dans la douleur et le cœur déjà dans l’espérance. Il y avait aussi la furie humaine avec fouets et lances, couronne d’épines, injures, accompagnés de ces cris « à mort ! à mort ! » et la tentation « si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ».

D’aucuns estiment que ce combat est d’un autre temps. Certains pensent qu’il est définitivement perdu et d’autres croient qu’il est déjà gagné. Certains s’acharnent contre tout ce qui est droit, juste, vrai et beau pendant que d’autres, et nous voulons en être, essaient, contre toute espérance, de semer la charité avec courage et patience, à travers un témoignage cohérent, en paroles et en actes. Notre société est aujourd’hui fragmentée, éclatée. Divisions et violences nous sont présentées chaque jour. Sans oublier le fameux virus avec ses victimes directes et collatérales, le manque de confiance, l’inquiétude devant l’avenir. Le dragon est là, toujours prêt à dévorer les germes de cohésion et de communion, prêt à souffler sur tous les grands repères fondamentaux de la vie sociale et familiale pour les faire voler en éclat.

Le combat est là, frères et sœurs. Il est déjà gagné par la résurrection de Jésus, et saint Paul nous le redit avec force en évoquant le jour de la résurrection des morts : « Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. » Mais le combat est encore à vivre, comme le même saint Paul nous le rappelle aussi dans une autre lettre : « la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » (Rm 8, 20-22).

L’Assomption de la Vierge Marie est la grande fête de l’été. Malgré les mesures sanitaires contraignantes et que nous mettons en œuvre avec loyauté, nous sommes là pour la chanter. Avec l’Église, nous croyons que dès l’instant de sa mort, elle fut élevée au Ciel avec son corps et son âme. L’Immaculée n’a pas connu la corruption du tombeau. Dans la vie de cette femme d’Israël, la victoire de Dieu éclate aux yeux de tous. Et se dessine ainsi notre destinée éternelle : après le combat contre le péché et le mal, nous sommes invités et appelés à ressusciter avec Jésus. La Vierge de Nazareth, la Mère de Bethléem, la femme de Cana, la Pieta au calvaire, la Reine au Cénacle avec les Apôtres, resplendit de la beauté et de la sainteté de Dieu. Cette mère, Vierge de lumière, comme nous l’avons chantée hier soir avec nos flambeaux, nous conduit vers Jésus. Elle nous introduit dans le mystère de son Cœur doux et humble, elle nous apprend à écouter sa Parole et à la mettre en pratique, elle nous rassemble comme frères et sœurs autour de lui, elle nous enseigne l’offrande totale et le sens du sacrifice, elle grave en nos cœurs le service de la charité et la douceur de l’espérance. Comme une Maman attentive et fidèle, elle nous soutient dans le combat que nous devons mener aujourd’hui. Le combat de la foi au milieu d’un immense désert d’indifférence, le combat de la charité dans un monde en proie aux divisions et aux règlements de compte, le combat de l’espérance pour continuer la route même quand une bataille a été perdue. Elle chante dans nos cœurs et nous chantons avec elle ces versets du Magnificat, entendus dans l’Évangile : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. ».

Frères et sœurs, depuis des siècles, les catholiques de France invoquent Notre-Dame de l’Assomption comme leur patronne principale. Cette année, les évêques de France ont fait un pèlerinage à Montmartre (le 8 juin) pour confier au Cœur de Jésus notre pays, qui lui fut consacré par un vote des députés en 1870 – eh oui par les députés ! – et qui peine et souffre tellement dans ce contexte de crise sanitaire, économique, sociale. J’ai eu la joie de pouvoir participer à ce pèlerinage d’une soirée en faisant l’aller-retour à la basilique du Sacré-Cœur. Et aujourd’hui, avec tous mes frères évêques de France dans tous les diocèses, je vous invite à vous tourner vers la Vierge Marie, en ce jour de fête nationale en quelque sorte, alors que notre pays connaît un grave désordre moral quant au respect de la vie humaine. Vous le savez sans doute, et si vous ne le savez pas, vous devez le savoir : les députés, pas tous, mais seulement 60 contre 37 (on est loin des 577 au total) ont voté à 4h du matin le 1er août un projet de loi appelé « bioéthique » qui ouvre la voie à une révolution anthropologique majeure. Un vote bien différent de celui du vœu national de 1870 que j’évoquais il y a un instant ! Cette loi n’est pas « bio » car elle introduit des processus de procréation contraires aux lois de la nature, y compris en autorisant l’implantation de cellules d’embryons humains dans des embryons d’animaux, alors qu’on se targue de vouloir et de devoir respecter la nature et l’environnement. Cette loi n’est pas « éthique » non plus car elle s’appuie sur un énorme mensonge quant à la filiation et une gigantesque tromperie sur les buts de la médecine. Tout cela en pleine crise sanitaire où les fragilités du système de santé ont été révélées au grand jour. Cerise sur le gâteau : un amendement-surprise a été glissé cette nuit-là dans le projet de loi, puis voté : la possibilité de recourir à l’avortement jusqu’au dernier mois de la grossesse dans le cas d’une « détresse psycho-sociale ». Porte ouverte à l’élargissement de l’avortement, on l’a compris, tout cela en pleine crise sanitaire où il faut effectivement tout faire pour sauver des vies. Quand on voit à quoi ressemble un fœtus de 8 ou 9 mois, il y a de quoi être horrifié. Et pour avoir dialogué plusieurs fois avec des femmes ayant eu recours à l’IVG, je peux vous assurer que, même si on appelle ça IMG et pas IVG, c’est bien le dernier moyen à utiliser pour guérir une « détresse psycho-sociale ». Car le bébé est tué. Bref. Le combat continue : celui de la vie, du respect de la vie, contre le dragon prêt à dévorer la vie naissante. Vous vous souvenez : le grand signe apparu dans le Ciel : la femme enceinte et le dragon.

Nous nous tournons vers cette Femme qui, tout en étant fille de Dieu, en est devenue la Mère, celle qui a enfanté Dieu dans le monde des hommes. Elle est aussi notre Mère.

Nous la prions pour notre pays, pour ses dirigeants, ses élus,

Nous la prions pour tous les peuples de la terre et pour la paix entre eux,

Nous la prions pour tous les malades, les soignants, leurs familles, les chercheurs,

Nous lui confions nos familles, unies, éclatées, dispersés, divisées, recomposées,

Nous la prions pour les vocations, pour Jean qui entre au séminaire, pour Wandrille qui doit d’abord se remettre d’un très grave accident survenu le mois dernier, avant d’entrer en propédeutique à Paray le Monial comme prévu,

Nus lui confions et lui consacrons notre diocèse de Châlons qui aime se rassembler ici et vénérer la Vierge couronnée, notre Reine.

Amen.

5 pains et 2 poissons !

Qu’est-ce pour tant de monde ? il y a une foule…

Les disciples se sentent dépassés : on les comprend

Situation pas facile à gérer :

impossible de les nourrir tous, c’est dérisoire

pas de cellule de crise…

les magasins sont fermés…

on va se faire insulter si on distribue ce tout petit peu, ou alors ils vont se bagarrer et on sera responsables…

 

 

Nous faisons parfois cette expérience dans la vie quotidienne,

en famille quand les cousins d’Amérique débarquent à l’improviste

dans la vie associative quand il y a beaucoup plus de monde que prévu au barbecue

dans la vie paroissiale quand on manque de variété au repas partagé du Dimanche ( comme évêque, j’ai tjrs le même menu, les mêmes salades, les mêmes quiches …parfois c’est un peu court

plus sérieusement, on le voit dans l’actualité quand des foules affamées sont jetées sur les routes sous les bombes, quand on fait parvenir des cargaisons humanitaires après un tremblement de terre ou un tsunami …

 

à vue humaine, selon la logique de gestion de stock, c’est imparable : avec 5 pains et 2 poissons, impossible pour « 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants » !

 

L’expérience des disciples est différente :

Après leur hésitation bien humaine et pratico-pratique, ils agissent selon le commandement de Jésus « donnez leur vous-mêmes à manger »

Plus ils vont donner, plus ils vont en avoir… il va même en rester …

Cette expérience peut être notre expérience spirituelle :

Plus nous offrons nos dons à Jésus, plus donnons notre vi

Amen.

Chers amis, chers frères et sœurs,

Après 3 mois de confinement et de déconfinement, phase toujours pas achevée, nous sommes heureux d’être rassemblés dans notre église cathédrale pour un évènement diocésain. La messe chrismale n’a pu être célébrée dans les conditions normales au cœur de la Semaine Sainte. Les Huiles ont été bénies et le Saint-Chrême consacré le 24 mai dernier pendant la 2è « messe en voiture » au Capitole.

Tout s’était arrêté, tout essaie de reprendre, et tout va à nouveau se mettre en pause avec les vacances d’été et la dispersion à laquelle chacun aspire pour voyager, retrouver famille et amis, se reposer, se refaire une santé. Les temps que nous vivons sont bien curieux. Je vous remercie d’avoir répondu à cette invitation de venir célébrer la fête des saints apôtres Pierre et Paul. Ils sont les 2 colonnes de l’Église, comme on le voit dans l’église St Pierre St Paul à Epernay à l’entrée du chœur, mais aussi place Saint Pierre à Rome et dans bien d’autres lieux. Avec eux je vous appelle à « redire oui au Seigneur ». Chacun à leur façon, ils ont été de fidèles serviteurs et témoins. A leur suite et avec eux, forts aussi de leur intercession, nous voulons refaire ce pas de la foi, renouveler notre engagement initial et tous les engagements célébrés solennellement au milieu de nos frères et sœurs de l’Eglise.

 

Saint Pierre est une figure extraordinaire. Il avait professé sa foi devant tous, nous venons de l’entendre dans le passage de l’Evangile : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » et Jésus lui confia sa mission : « Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon église » (Mt 16,16-18). Il avait vacillé au moment de la Passion, reniant son Seigneur 3 fois (Jn 18, 17,25,27) et Jésus lui répétera 3 fois la nature de sa mission « sois le pasteur de mes brebis » (Jn 21,15-17). Il sera martyrisé à Rome et son tombeau se trouve sous l’autel de la basilique St Pierre. Les évêques, en communion avec le successeur de Pierre exercent le ministère des Apôtres pour enseigner, sanctifier et conduire toute la communauté des disciples de Jésus. En gardant le dépôt de la foi et en le transmettant en tous lieux et en tous temps par leur Magistère ordinaire, ils assurent la solidité de ce temple spirituel, et sont au service de la communion et de l’unité entre tous les membres du corps, par l’exercice de la charge pastorale.

 

Saint Paul a une histoire bien différente. Il a reçu le titre d’Apôtre sans avoir fait partie des Douze. C’était après l’événement de la Pentecôte. Alors qu’il poursuivait les disciples de Jésus et les conduisait en prison (Ac 8,3 ; 9,1-2, 13 ; 1 Th 15,9 ; Ga 1,13-14 ), Paul fit une rencontre fulgurante avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas. Sa conversion fut saisissante : de Saul le persécuteur, il devint Paul le missionnaire. De façon infatigable, il parcourt le bassin méditerranéen pour annoncer l’Évangile et fonder des communautés. Rien ne l’arrête, pas même la prison à plusieurs reprises. Il est « l’Apôtre des païens », et proclame le cœur de la foi, le kérygme, « à temps et à contretemps » (2 Tm 4,2). Il va à la rencontre de ceux qui ne connaissent pas le Christ Jésus et il témoigne : « malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Co 9,16). Il nous rappelle ainsi aujourd’hui que c’est la nature même de l’Église d’être missionnaire. Il nous accompagne et nous soutient donc, « Eglise en sortie » EG §20-24, §46) « vers les périphéries » (EG §20, 630, §46) pour un authentique témoignage en paroles.

 

Redire oui au Seigneur, c’est répondre, comme Pierre et Paul, chacun à notre façon, à la question du Seigneur Jésus : « pour toi qui suis-je ? » Je suis frappé, dans mes rencontres avec les confirmands adolescents, et aussi avec les catéchumènes adultes, par la difficulté de beaucoup à parler de Jésus, à dire les mots de la foi. Et vous tous qui rencontrez les parents des enfants présentés au baptême ou des enfants catéchisés, qui accompagnez les fiancés vers le mariage, qui accueillez les familles en deuil, vous faites la même expérience. Pourtant, Jésus nous le demande explicitement : « pour toi, qui suis-je ? » Il s’agit pour nous d’entrer dans une expérience spirituelle : la rencontre avec le Seigneur. Il s’agit de ne pas en rester à une religion de façade ou de routine, comme me le disent souvent les confirmands adultes, mais de découvrir que Jésus est vivant, sauveur, qu’il nous parle et nous révèle l’amour du Père et répand en nos cœurs son Esprit Saint. Redire oui au Seigneur, c’est se joindre à la réponse de Pierre : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ou à la déclaration de Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » (Ga 2,20).

Le 29 juin est souvent choisi, ou le dimanche le plus proche, pour célébrer les ordinations des prêtres. Comme nous n’avons pas encore cette joie, je vais moi-même, successeur des apôtres, avec les prêtres et les diacres présents, redire oui au Seigneur devant vous et vous demander votre prière. Nous avons reçu l’imposition des mains nous configurant au Christ Prêtre, Pasteur, serviteur. Le Seigneur nous a consacrés et envoyés à votre service.

Nous rendons grâce pour ceux qui fêtent un jubilé : 25 ou 50 ans, ou même 60 ou 75 ans d’ordination. Ils redisent oui au Seigneur d’une façon toute particulière. Nous sommes heureux aussi de la présence, dans notre assemblée, de Jean qui entre au séminaire en septembre, et nous prions pour Wandrille qui entre en année de propédeutique à Paray le Monial, habité déjà par un grand désir de devenir prêtre. Ils disent tous les deux les premiers grands oui de leur vie au Seigneur. Ils seront appelés à redire ce oui solennellement ici même dans quelques années, si Dieu le veut.

Cette fête du ministère ordonné n’exclut pas bien sûr ceux qui vivent une autre vocation. Les ministres ordonnés ne le sont pas pour eux-mêmes mais pour les autres. Et ils n’exercent pas leur ministère chacun dans leur coin, mais avec les autres, dans le respect mutuel des vocations différentes, sans affadir sa propre vocation ou vouloir ne pas avoir l’air, mais en donnant le meilleur de soi-même et en mettant en valeur la richesse de la vocation de l’autre.

Frères et sœurs baptisés, confirmés, mariés, consacrés, ordonnés, redisons ensemble oui au Seigneur : « Pour toi qui suis-je ? » « Tu es le Christ ! ».

Offrons-lui notre vie tout entière avec le pain et le vin à l’autel. Nous sommes là pour faire son œuvre et non pour faire fonctionner une œuvre humaine.

« Viens Esprit-Saint, viens remplir nos cœurs, et allume en nous le feu de ton amour ».

Amen.

Chers frères et sœurs,

Notre cathédrale ouvre enfin ses portes !

Même si les places assises sont à distance les unes des autres, selon l’expression épouvantable qu’on nous répète depuis 2 mois et demi : « distanciation sociale », nous sommes dans la joie d’être à nouveau rassemblés sous ses voûtes majestueuses.

Même si la joie était palpable lors de nos 2 messes en voiture sur le parking du Capitole les deux derniers dimanches, notre joie est plus grande encore de pouvoir chanter dans cette vaste nef et faire monter vers le Seigneur notre louange.

Même si nous n’avons pas arrêté de vivre en chrétiens pendant ce temps de confinement, notre joie est immense de pouvoir enfin célébrer les saints mystères de notre foi.

Moi-même, j’ai dû présider ici les offices de la Semaine Sainte : la cathédrale était vide. Nous étions 5 dans le chœur et 5 à la technique pour la retransmission. Je garderai pour toujours dans ma mémoire cette impression grave et curieuse de devoir parler devant des chaises vides.

Nous avons été privés de célébration dans nos églises, et ce fut une épreuve profonde et durable qui a généré beaucoup d’incompréhension, surtout quand les écoles, les commerces et les transports en commun reprenaient leur activité. Les évêques de France, vos évêques, sachez-le, ont constamment fait valoir leurs droits, nos droits aux autorités dans des courriers et des réunions officielles. Ils ont fait le choix du dialogue plutôt que celui du contentieux. Le Conseil d’État s’est finalement prononcé le 18 mai dernier en affirmant que les mesures d’interdiction du célébrations étaient, je cite, une « atteinte grave et manifestement illégale » à la liberté de culte. Et cerise sur le gâteau : jeudi, je lis dans le journal local, photo à l’appui, vous l’avez peut-être remarqué aussi, qu’un maire a organisé l’élection du maire et de ses adjoints dans l’église du village, sans autorisation du curé. Ma réaction contre cet acte illégal a été immédiate. Toutes ces épreuves accumulées ne font que renforcer cette joie profonde d’être aujourd’hui libérés de nos entraves pour ouvrir nos cœurs à l’amour du Père révélé par Jésus mort et ressuscité, et répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit.  Jésus nous dit que cet Esprit nous rend libres, qu’il nous conduit vers la vérité toute entière. Avec les Apôtres, nous accueillons ce souffle de vie, cet air vivifiant, ce grand coup de vent qui renouvelle toute chose en nous et entre nous. Vous sentez … ?  …malgré le masque ! … la douceur de la grâce qui vous habite, qui vous fait du bien, qui vous apporte la paix, qui vous comble de bonheur ? Aujourd’hui, nous prenons le temps de goûter cette expérience spirituelle : la venue de Dieu en nous. Chers frères et sœurs, le Seigneur est présent au milieu de nous, il est là, il nous visite, il nous regarde, il nous parle, il nous écoute, il se donne à nous, il nous appelle.

Saint Paul nous redit que nous sommes les membres d’un même corps dont le Christ Jésus est la Tête. Dans ce corps, les dons, les services, les activités sont variés. « Mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien ». (1 Co 12)

Nous le savons, notre société soit-disant si formidable se trouve vraiment fragilisée par la crise sanitaire et ses conséquences. Rappelons-nous déjà que nous sommes membre du corps social, et que notre premier lieu d’engagement chrétien, c’est le monde. Les pères du concile Vatican II le disaient de façon explicite dans le décret sur l’apostolat des laïcs : « Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes ; ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien ». (Vat II, AA§2). Comme nous avons su déployer toutes sortes d’initiatives pour rester connectés, prier ensemble, suivre les célébrations, rendre service, il faudra être aussi inventifs et entreprenants pour nous porter au secours des personnes meurtries par cette crise : celles qui ont connu un ou plusieurs décès sans pouvoir vraiment dire Adieu ; celles qui auront perdu leur emploi, leur commerce, leur entreprise ; celles qui restent murées dans l’angoisse générée par ce climat anxiogène ; les enfants qui auront décroché de l’école ; les soignants qui garderont des séquelles de la grande tension vécue dans les hôpitaux ou maisons de retraite ; etc… Demandons au Seigneur son Esprit de force et de sagesse, son Esprit de lumière et de paix pour que nous sachions partir en mission dans ce corps social tellement blessé. Je vous relis le début de la constitution du concile Vatican II sur l’Église dans le monde de ce temps, un texte qui pourra nous éclairer chacun : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. » (Vat II, GS §1) 

Membres d’un même corps. Il y a non seulement le corps social, mais aussi le corps mystique du Christ, l’Église. Nous lui appartenons depuis le jour de notre Baptême car nous avons été lavés de tout péché et adoptés comme fils et filles de Dieu, à la ressemblance du Christ ressuscité. Comme le corps de Jésus flagellé et crucifié, le corps de l’Église a été meurtri dans l’histoire, principalement par toutes sortes de divisions. Nous pensons aussi à tous les scandales insupportables, anciens ou récents, qui ont fait et font un mal fou, et contre lesquels nous sommes tous engagés à lutter. L’Esprit qui nous est donné, et que devaient recevoir ici-même les confirmands adultes, nous fortifie pour la Mission. Alors, sans prendre la place de l’autre mais en respectant la vocation et la mission de chacun, sans céder aux caprices idéologiques et aux provocations comme la dernière en date de cette féministe du journal « témoignage chrétien » pas très catholique qui se déclare candidate pour devenir archevêque de Lyon, sans céder aux luttes de pouvoir ou à l’autoritarisme source de tous les abus, nous sommes appelés par Dieu et envoyés par lui pour annoncer l’Évangile, célébrer la vie de Dieu et servir le monde. Demandons au Seigneur son Esprit de force et de sagesse, son Esprit de lumière et de paix pour que nous sachions prendre notre part, comme pierre vivante, à l’édification de l’Église corps du Christ. Ce n’est ni une association ni une multinationale, ni un syndicat ni un groupe de pression, ni une loge ni un journal, c’est le peuple de Dieu, le peuple saint pourtant composé de pécheurs. L’Église est riche de son histoire et de sa sainte Tradition. Elle est, nous disent les pères du concile Vatican II : « à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».

En ce jour de Pentecôte, jour de naissance de l’Église, et cette année jour de renaissance, le cœur rempli d’Esprit-Saint, redisons notre amour pour l’Église et notre disponibilité à la servir.

Engagement dans le monde et engagement dans l’Église, voilà notre mission. C’est l’œuvre de Dieu, avec sa grâce, par la puissance de l’Esprit.

Amen.

Chers amis, chers frères et sœurs,

C’est avec une grande émotion que je préside cette messe ici près de la tombe de l’abbé Joëssel que j’appelle « oncle Dani ». Je tiens à remercier Monseigneur Rougé de m’avoir laissé sa place au jour où le diocèse de Nanterre achève la neuvaine pour les vocations placée sous l’intercession de ce prêtre de 32 ans, offrant sa mort au combat pour qu’il y ait des prêtres après lui. Monsieur le curé, par l’intermédiaire de votre vicaire l’abbé Julien Brissier, vous m’avez invité à cet événement qui marque le 80è anniversaire de sa mort, et je vous en suis très reconnaissant, avec mon cousin l’abbé Cyril, prêtre du diocèse de Nîmes, lui aussi petit neveu d’oncle Dani.

Nos trois diocèses étaient unis par la prière depuis 9 jours, demandant des vocations de prêtres. Moi-même, j’ai vécu cette neuvaine devant le crucifix d’oncle Dani accroché dans mon bureau à l’évêché face à moi. Et hier, en méditant cette parole « Sacrifice, car on ne peut être chrétien sans cela, sans oser regarder la croix », je me suis décidé à l’apporter ; le voici ! Prière pour les vocations devant cette croix : oui, avec seulement 20 prêtres actifs de moins de 75 ans, dont seulement 7 sont du diocèse, ces 7 là étant plus âgés que moi, vous pensez bien que ma prière a été fervente. C’est une de mes croix d’évêque que de me demander quand je pourrai un jour célébrer une ordination. J’ai toujours entendu parler de l’abbé Joëssel comme d’un grand oncle dont j’étais, et Cyril aussi, en quelque sorte héritier puisqu’il avait dicté une lettre à ma grand-mère, sa sœur aînée Andrée, 2 jours avant de mourir, dans laquelle il affirmait offrir ce sacrifice pour qu’il y ait des prêtres parmi ses neveux. J’ai prié avec vous pour que le témoignage de ce jeune prêtre d’Asnières, dans sa vie comme dans sa mort, permette à des jeunes des diocèses de Nanterre, de Nîmes ou de Châlons de se lever pour dire avec la même fougue, le même élan de générosité : « me voici ». Il y en eut ici 7 au moins, en l’espace de 15 ans, qui furent ordonnés prêtres.

L’Église célèbre aujourd’hui la mémoire de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, dont nous connaissons aussi le sacrifice pour la Patrie. Elle fut canonisée il y a 100 ans, le 16 mai 1920. Les fêtes johanniques ont été annulées partout cette année, à Orléans, à Rouen, et même à Châlons : je devais conduire une marche sur le parcours qui l’amena chez mon prédécesseur de l’époque le 14 juillet (coïncidence amusante) 1429, 3 jours avant le sacre du Dauphin à Reims. Évoquer la mort pour la France d’oncle Dani sous le regard de cette jeune sainte proposée par le Pape François comme un modèle pour les jeunes est une grâce pour nous tous. Combien de fois dans la prière familiale, nous l’invoquions en lui demandant de sauver la France comme elle le fit il y a 6 siècles. Avant la messe, les honneurs ont été rendus au lieutenant du 30è régiment d’Artillerie dont son frère Yves, dans ses dernières années, disait ceci : « après la guerre, je reçus une lettre d’un de ses sous-officiers qui avait été fait prisonnier et qui me donnait des détails sur la façon dont il avait été blessé. J’espère retrouver un jour cette lettre. D’après mon souvenir, Dani, après avoir donné l’ordre à ses hommes de partir dans une direction, était parti en sens opposé pour attirer sur lui le feu de l’ennemi ». Dans le monde troublé qui est le nôtre, nous pouvons confier au Seigneur tous ceux qui aujourd’hui défendent les couleurs de la France, risquant de tomber au champ d’honneur. Oncle Dani portait le sabre et le goupillon, fidèle à l’héritage familial, dans un esprit de service enraciné profondément dans sa foi. Une telle attitude doit pouvoir aussi nous éclairer dans nos combats contemporains sur les champs de bataille idéologiques.  

Je garde le souvenir des récits entendus dans mon enfance de la bouche de ma grand-mère ou de son frère Oncle Yves. Je vois encore, dans les albums que nous pouvions feuilleter avec les parents, des photos de famille avec oncle Dani en soutane ou en uniforme auprès des siens, et Papa me racontant ses souvenirs. D’autres photos le montrent aussi avec les jeunes de cette paroisse qu’il a tant marqués, tant au patronage qu’aux scouts. Celui d’entre eux qui vint à mon ordination épiscopale à Châlons il y a 4 ans ne peut pas ne pas avoir été marqué par l’abbé Jo ; sa présence m’avait bouleversé.

Pourquoi et comment une telle fécondité de son ministère ? Quand je vois les difficultés rencontrées par les prêtres aujourd’hui pour accompagner les enfants et les jeunes sur le chemin de la foi….  Saint Paul nous le dit, nous l’avons entendu dans la lecture de la première lettre aux corinthiens : ce qu’il y a de fou, de faible, de modeste, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est sage, fort, ce qui est. Et Jésus, dans l’Évangile selon St Matthieu, nous décrit le chemin : « si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive […] qui perd sa vie à cause de moi la sauvera ». Comme j’aimerais en être là ! Comme c’est difficile de ne pas se contenter de notre vaine gloire, mais d’aller toujours plus haut « in altum » ! en restant toujours petit et pauvre, humble, donné, enfant recevant du Père les grâces nécessaires !

Humblement, je crois pouvoir dire que nous avons en Daniel Joëssel une figure de sainteté. Son frère Yves l’écrivait en évoquant leur enfance : « on peut vivre à côté d’un saint sans en connaître l’âme ». Et l’abbé Pressoir, ancien supérieur de séminaire d’oncle Dani, le dit lui-même le jour où la dépouille du vicaire fut déposée, à la demande des paroissiens, dans cette église 9 ans après sa mort : « On avait parfois l’impression qu’on frôlait quelque chose qui ressemble beaucoup à de la sainteté. Et pas une sainteté morose » – « le secret de cette vie intense, c’était une piété profonde […] il aimait d’amour » – « Ne m’a-t-on pas dit que dans beaucoup de familles, sa photographie est à l’honneur près du crucifix ? » – « et voici que la glorieuse dépouille mortelle du prêtre tant aimé vous est rendue et va reposer dans votre église : insigne faveur et source de nombreuses grâces ». Sans tomber dans une hagiographie trop « merveilleuse », retenons tout de même ce récit de la prière à la maison. Ceux qui ont connu oncle Yves, son frère, y reconnaîtront l’humour Joëssel et l’imagineront en train de raconter : « Avant de nous mettre au travail, nous nous mettions à genoux et récitions ensemble un Pater et un Ave. Ce jour-là, l’institutrice fut tellement frappée par l’attitude angélique de Dani qu’elle me demanda de continuer à réciter des prières pendant qu’elle allait chercher ma mère pour lui faire contempler ce spectacle : je dus donc réciter un certain nombre de Pater et d’Ave avant que ma mère arrive. Sans se douter de rien, Dani qui avait 7 ans, continua à prier avec la même ferveur, alors que, personnellement, je trouvais cela un peu long ». Oncle Yves ajoutait un souvenir de 1919 : « Je me souviens que, frappé par l’attitude de Dani, j’avais dit à ma mère qu’il me semblait que Dani avait la vocation. Ma mère avait été d’autant moins surprise que Dani lui en avait déjà parlé ». Ou encore ceci qui nous fera sourire aussi : « Nous jouions à ce que nous appelions le tennis de table que nous pratiquions sur la table de la salle à manger dont les extrémités étaient en demi-cercle ce qui augmentait la difficulté. Nous étions à peu près de la même force et nous battions chacun à notre tour. Quand je perdais, je montrais mon mauvais caractère : qu’il perde ou qu’il gagne, Dani avait un large sourire qui augmentait mon exaspération ».

Voilà donc la source de cette fécondité : une sainteté simple et joyeuse, un grand rayonnement. Oncle Dani ne laissait pas indifférent. Il était, comme le dit le Cardinal Marty à Jean-Paul II il y a exactement 40 ans au Parc des Princes « un sportif de Dieu ». Nous pourrions en raconter encore beaucoup. Un magnifique travail de recherche d’archives a été entrepris et c’est très émouvant de lire les documents. Je voudrais pour terminer vous inviter tous à venir en pèlerinage ici sur sa tombe, pour lui demander les prêtres dont notre Église a besoin aujourd’hui pour un renouveau de foi, de charité et d’espérance. Nous porterons cette intention dans l’offrande du sacrifice eucharistique à l’autel même où l’abbé Joëssel célébrait la messe avec tant de ferveur. Oncle Yves nous y invite, je le cite pour terminer : il évoque une période très difficile de sa vie professionnelle pendant laquelle il a beaucoup souffert. Il habitait alors chez ses parents dans l’immeuble parisien où j’ai moi-même vécu pendant 7 ans, mûrissant là, avec les parents et les prêtres de St Pierre du Gros Caillou, ma vocation sacerdotale. C’était en 1932, et Oncle Dani était au séminaire. Il écrit : « Dani et moi n’étions pas porté aux confidences. Ce jour-là, je le rencontrai dans un couloir de l’appartement ‘tu sais, me dit-il, je prie pour toi’ – ‘Pas assez’ lui répondis-je. Or de cette minute, il s’opéra en moi un redressement auquel j’avais l’impression d’être étranger. Quand je sus, après sa mort, de quelles mortifications il accompagnait ses prières, j’eus des remords de l’avoir probablement fait souffrir. Mais maintenant, il m’arrive de le prier ».

Amen.

Chers amis, chers frères et sœurs,

Les Apôtres étaient réunis au Cénacle à Jérusalem, assidus à la prière. Voici 2 mois que nous étions réduits à prier et vivre notre foi dans nos cénacles domestiques, « Eglise à la maison », les uns en famille, les autres en solitude. Nous étions en communion les uns avec les autres, communion invisible, mais bien réelle par les liens de la foi, par notre consécration baptismale commune, en plus des réseaux sociaux et de notre radio diocésaine RCF que d’aucun ont pu ainsi heureusement découvrir.

Le grand coup de vent de la Pentecôte va libérer les Apôtres de leur enfermement et leur permettre de proclamer les merveilles de Dieu. Voici venu pour nous le temps de sortir, et de nous rassembler à nouveau. Dans notre diocèse, comme dans celui de Reims, de Soissons ou de Strasbourg par exemple, nous retrouverons nos églises le Dimanche de la Pentecôte, fête très symbolique de la naissance de l’Eglise et des débuts de l’évangélisation sous la motion de l’Esprit.

C’est cela qui nous intéresse. Peu importe le retentissement médiatique de notre « messe en voiture » à Madrid, Londres et jusqu’en Indonésie, peu importe les opinions exprimées par tel ou tel toujours prêt à critiquer sans jamais se lancer dans l’action, peu importe les incohérences de telle ou telle mesure de restriction de liberté. Finalement, l’essentiel, c’est que nous soyons là, formant cette assemblée sainte, le peuple de Dieu en route vers la vie éternelle.

C’est cela qui nous intéresse : vivre de la vie de Dieu. Notre participation à l’Eucharistie aujourd’hui nous oblige à porter du fruit de charité dans la vie quotidienne, à témoigner de notre espérance, à offrir la connaissance du vrai Dieu, révélé en Jésus son Fils mort et ressuscité répandant son Esprit dans nos cœurs. C’est cela la vie ! Et nous comprenons bien que, même s’il est légitime de tout faire pour soigner les corps et arrêter l’expansion virale, il est légitime aussi, et encore plus, de laisser chacun nourrir son âme de la vie de Dieu. Nous ne sommes pas que des corps à protéger d’un virus, mais aussi des âmes à guider vers la vie éternelle. Le fait de pouvoir désormais se rassembler dans nos églises et y célébrer le mystère chrétien ne peut que renforcer notre capacité à agir sur les corps humains et sur le corps social, sur la santé physique et la santé spirituelle et morale, sur le virus biologique et sur la contamination du péché.  Nous sommes avertis, dans les semaines et les mois à venir, des formes nouvelles de souffrance et de pauvreté vont apparaître et nous frapper de plein fouet. Nous sommes attendus pour tendre la main, secourir, relever, dialoguer. Les détresses et les cris des pauvres nous provoqueront. Retrouver l’Eucharistie après 2 mois de privation nous permet de découvrir son goût d’une façon nouvelle pour que cette nourriture irrigue nos vies, les transforme et nous rende forts pour agir dans le monde et le transformer. L’Eglise n’a pas le droit de manquer ce grand rendez-vous de la libération, de la renaissance, de la fraternité. Frères et sœurs, je compte sur vous tous.

Les Huiles que je vais bénir devant vous comme j’aurais dû le faire à la cathédrale pendant la Messe Chrismale au cœur de la Semaine Sainte, nous placent ce matin devant ce grand défi. Huile des malades pour soutenir les souffrants dans leur épreuve. Huile des catéchumènes pour fortifier les candidats au baptême dans leur combat spirituel et leur naissance dans la foi. Saint-Chrême pour consacrer les baptisés, les confirmés, les prêtres et évêques, les autels et les églises. Ces 3 Huiles Saintes nous invitent à porter dans notre prière les malades de cette pandémie et de tous les autres maux, ainsi que les soignants ; les catéchumènes dont le baptême a été reporté, les confirmands qui ont demandé à recevoir la force de l’Esprit-Saint pour devenir missionnaires. Ces Huiles que j’irai moi-même distribuer ensuite dans les paroisses nous sont données comme le signe que c’est le Seigneur qui guérit, qui mène le combat contre le mal, et qui nous sanctifie en faisant de nous ses enfants, ses témoins, ses porte-parole, ses ministres pasteurs de son peuple. Je le sais, vous ne voyez pas forcément grand-chose, mais nous sommes là, rassemblés. Comme les Apôtres réunis au Cénacle avec Marie, nous sommes là, dans nos cénacles motorisés, nos petites chapelles sur 4 roues. Invoquons maintenant l’Esprit-Saint afin qu’il vienne bénir et sanctifier ces huiles pour que ceux qui en seront marqués soient bénis et sanctifiés. Et nous tous baptisés, rappelons-nous que nous avons été lavés de tout péché, et marqués à jamais avec le Saint-Chrême, Huile parfumée. Ne gardons pas l’odeur du renfermé mais répandons la bonne odeur de Dieu.

Le confinement, c’est fini. On déconfine avec prudence. On part en mission avec audace.               

Amen. Alleluia

Chers amis, chers frères et sœurs,

Vous vous souvenez sans doute du jour de mon ordination épiscopale. C’était quelques semaines après les attentats du Bataclan. Il avait fallu mettre en place d’importantes mesures de sécurité et un filtrage très strict aux portes de la cathédrale. Aux autorités que je remerciais à la fin de la célébration, j’avais indiqué une faille dans le dispositif : le Saint-Esprit avait réussi à passer ! Rien ni personne n’avait pu l’empêcher d’être là et d’agir !

Les 2 mois de confinement que nous venons de vivre en ont fait à nouveau la démonstration : nous étions bien installés dans nos habitudes de vie, de consommation, de déplacements, sans aucune limite dans aucun domaine, et tout à coup, le monde s’est arrêté : 4 milliards de personnes confinées. La moitié de la population mondiale ! Nous, fidèles catholiques, avons obéi loyalement, appliquant les restrictions demandées à tous. Et ça a été dur ! N’est-ce pas ? Le Carême… encore, ça lui donnait une note de pénitence très concrète, mais les Rameaux, la Semaine Sainte, la fête de Pâques (la plus grand fête chrétienne) … rien, aucun office en public. On se souvient du Pape François, tout seul sur la place Saint-Pierre, invitant le monde à réfléchir, à se convertir, à vivre un véritable renouveau, quittant les vieilles habitudes pour entrer dans une vie nouvelle.

Eh bien, le Saint-Esprit…. personne n’a pu le confiner ! Aucune loi, aucun décret limitant l’activité cultuelle n’a pu freiner l’action de Dieu. Et personne ne le pourra jamais. Nous avons été témoins de tellement de charité et de dévouement, en particulier de la part des soignants qui ont accompli des miracles, si j’ose dire… mais aussi de tant d’autres qui ont su trouver les moyens pour rendre service aux personnes âgées, aux enfants, aux handicapés, aux migrants, aux sdf… ça changeait de l’égoïsme ambiant, du chacun pour soi. On a pu redécouvrir la beauté du silence que pourtant nous refusons, la vigueur de la nature que pourtant nous abîmons, la richesse de la famille que pourtant nous écartelons. Et nous, fidèles catholiques, nous avons su développer la charité de multiples façons, nous avons su trouver les moyens de prier ensemble de façon connectée grâce aux moyens numériques et à notre radio diocésaine RCF Cœur de Champagne qui vous permet de m’entendre dans vos voitures. Nous avons fait preuve de grande inventivité pour vivre ce temps du confinement, toujours avec un esprit civique et loyal.

Voici venu le déconfinement progressif et adapté. Et nous attendons le jour d’après … après le 2 juin… après 10 juillet … Toutes les voix officielles ont annoncé que le jour d’après ne serait pas comme avant. Facile à dire ! Mais comment faire ? A qui se référer ? Qui écouter ? Eh bien justement, je crois que la foi chrétienne est une expérience permanente de déconfinement. C’est le mystère du salut, le passage de la mort à la vie, que nous retrouvons à chaque page de la Bible, le livre le plus vendu au monde. Tenez par exemple : les hébreux retenus en Egypte par Pharaon. Sous la conduite de Moïse, ils vont sortir, traverser la Mer Rouge puis le désert pour aller en Terre promise. Ce n’est plus comme avant ! Ils ont été sauvés ! Et plus tard, toujours le peuple d’Israël, déporté à Babylone, va retrouver sa liberté, rentrer à Jérusalem, rebâtir le Temple. Ce n’est plus comme avant ! Ils ont été sauvés ! Et ces personnes qui rencontrent Jésus : ils sont paralysés, sourds, aveugles, lépreux… et ils repartent en portant leur brancard. Ce n’est plus comme avant ! Ils ont été sauvés !

C’est le mystère de Pâques, que nous n’avons pas pu célébrer ensemble cette année. Mais l’Alleluia a retenti partout dans le monde, car cette Parole de salut et de délivrance ne peut être confinée. Mort sur la croix, Jésus a été mis au tombeau. Malgré la pierre roulée et les gardes en faction, il est sorti du tombeau, vivant à jamais. C’est le déconfinement central de toute l’histoire de l’humanité. Plus tard, les Apôtres se sont enfermés par peur de devoir être mis à mort comme leur Maître et Seigneur. Le Saint-Esprit de la Pentecôte les fait sortir et proclamer les merveilles de Dieu. Et ce sont eux ensuite qui relèvent l’infirme de la Belle Porte et accomplissent tous ces signes. Ce n’est plus comme avant ! Ils sont messagers du salut. Je vous le disais, personne ne peut confiner le Saint-Esprit ni l’empêcher de renouveler la face de la terre.

Dans quelques jours, nous célébrerons la Pentecôte… dans nos églises enfin retrouvées … ou encore ici. Nous allons accueillir le Saint-Esprit. Jésus a promis de nous le donner. Et nous accomplirons les signes du Royaume dans ce monde blessé et terrassé par un petit virus invisible, nous annoncerons l’espérance à ceux qui n’en peuvent plus d’entendre les statistiques quotidiennes, nous construirons des ponts et pas des murs entre les personnes, nous serons artisans de paix au milieu des tensions et règlements de compte, nous tendrons nos mains et ouvrirons nos maisons à ceux qui auront perdu le peu qu’il leur restait encore dans ce monde violent et injuste. Et encore et encore …

Ce ne sera plus comme avant seulement si nous acceptons de laisser là nos mondanités, nos certitudes, nos rigidités, nos égoïsmes, nos stérilités, nos structures pesantes, nos intégrismes de tous poils, et de nous laisser guider par l’Esprit de Dieu… ce ne sera plus comme avant si nous choisissons de nous convertir tout simplement. Saint Paul nous le dit « Dépouillez-vous du vieil homme et de ses agissements, et revêtez l’homme nouveau » (cf Col ; 3,9-10). Et aussi « Voici le moment favorable, voici le jour du salut » (2 Co 6,2). Le déconfinement est un temps de conversion et de renaissance.

Prenez donc le temps de célébrer le sacrement de pénitence et de réconciliation d’ici la Pentecôte. Priez et agissez. Préparez vos cœurs.

Et dans quelques minutes, vous allez faire votre 1è communion…. La 1è après 2 mois de famine. Pensez au jour de la toute première. Recueillez-vous, communiez avec foi en recevant dans votre main, bien ouverte et bien à plat, le Corps du Christ. Dites « Amen ».

Par Lui, avec Lui et en Lui, demain ne sera pas comme hier. Soyez des prophètes de l’espérance !

Amen. Alleluia

Chers frères et sœurs,

Quelle joie ….de chanter ce soir l’Alleluia pascal dans la cathédrale. Quelle joie ! Ici, nous ne sommes que 10, en communion avec chacun d’entre vous à la maison, à l’hôpital ou à la maison de retraite : jamais, peut-être, nous n’avions tant éprouvé le besoin de le chanter, n’est-ce pas ? Le Carême exceptionnel que nous venons de vivre, temps habituel d’entrainement à la vie chrétienne, a été marqué profondément par l’épidémie et les mesures sanitaires de confinement. Nous nous sentons tous enfermés chez nous et éprouvons le désir de sortir, de retrouver les autres. Même si, nous le savons, cette situation va encore durer – et nous, chrétiens, mettons un point d’honneur à respecter les consignes – nous chantons ce soir la résurrection du Seigneur Jésus. La mort n’a pas et n’aura pas le dernier mot. Cette Bonne Nouvelle retentit comme le plus beau message qui puisse apaiser les angoisses, les inquiétudes, les deuils, les solitudes, les détresses. Le printemps arrivé ces derniers jours en est d’ailleurs une formidable image donnée par le Créateur.

Arrêtons-nous simplement sur quelques aspects de la liturgie de la vigile pascale :

La Lumière : le cierge pascal est au milieu de nous le Christ Lumière. Jésus nous dit : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. Il aura la lumière de la vie ». Au matin de Pâques, le 3è jour, Jésus se lève du tombeau comme le soleil levant. Il est vainqueur des ténèbres de la mort et nous ouvre les portes de la vie. Jésus nous éclaire sur le chemin de l’existence, il vient illuminer nos ténèbres. Il est et demeure le Ressuscité, la lumière éternelle.
Rappelons-nous que nous avons reçu cette lumière au jour de notre Baptême : nous sommes des « porte-lumière » et, plus encore, Jésus nous dit : « vous êtes la lumière du monde », nous précisant ainsi notre mission d’être des témoins de sa résurrection.

La Parole de Dieu : il est rare que l’on prenne le temps d’écouter toutes les lectures proposées par l’Église pour la vigile pascale. Le prétexte, avouons-le, c’est que ça va durer trop longtemps… « vous comprenez, on peut pas imposer ça aux gens ! »….En fait, c’est incroyable, ce que nous disons là : trop de temps ? Eh bien, nous avons pris le temps ce soir d’écouter Dieu nous parler. Nous avons ainsi marché avec le peuple d’Israël depuis la création jusqu’à la « nouvelle création » en Jésus ressuscité, nous avons compris comment se réalise la promesse du Seigneur pour son peuple. Et Dieu tient parole. Jésus est la Parole de Dieu. C’est lui qui nous parle. Cela vaut le coup de prendre le temps de l’écouter, pas seulement ce soir, mais chaque jour de notre vie. Rappelons-nous que nous avons reçu cette Parole, l’Évangile quand nous avons été baptisés pour qu’elle soit notre nourriture.

La Profession de foi : dans un instant, au baptistère, nous allons renouveler les engagements de notre baptême. Nous allons rejeter le péché et tout ce qui y conduit, puis redire notre adhésion à Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit.
Rappelons-nous qu’au jour de notre baptême, nous avons vécu cette conversion, ce retournement : avec nos parrain et marraine, nous nous sommes détournés du mal pour nous tourner vers Dieu. Ce choix est à refaire à chaque instant de nos vies. Pas seulement ce soir avec un cierge à la main, mais aussi dans la vie de famille, professionnelle, paroissiale, sociale.

L’Eucharistie : le sacrement du corps et du sang du Seigneur, institué par Jésus le Jeudi-Saint. Le ressuscité demeure ainsi présent au milieu de nous et il se donne à nous en nourriture. Ce repas est un avant-goût de ce que nous vivrons en plénitude dans l’éternité : chaque fois que nous mangeons le pain consacré, le corps du Seigneur, nous communions à la vie de Dieu. 
Rappelons-nous que, le jour de notre baptême, nous avons reçu ce sacrement, comme une promesse si nous étions tout-petit, ou juste après si nous étions adultes.
Nous l’avons vu, les 4 étapes de la liturgie de ce soir nous rappellent quelque chose d’essentiel de notre vie de baptisés. Alors, nos pensées et prières vont vers nos catéchumènes. Ils étaient 15 au début du Carême quand je les ai appelés officiellement. Ils ne seront pas baptisés cette nuit… Les circonstances m’ont amené à repousser la date de leur baptême à la vigile de Pentecôte. Ils seront confirmés aussi ce soir-là, et recevront l’Eucharistie pour la première fois. Leur démarche nous invite tous, nous les « vieux baptisés », à retrouver l’essentiel de notre vie chrétienne : il s’agit d’être disciple de Jésus et missionnaire de son Évangile. Être chrétien, ce n’est pas seulement partager des valeurs, comme on dit, (d’ailleurs il faudrait préciser lesquelles), ce n’est pas non plus appliquer une certaine morale, ou satisfaire à des obligations rituelles ; être chrétien, c’est ressembler au Christ, c’est mourir avec Lui pour renaître avec Lui. Le mystère de Pâques que nous célébrons depuis 3 jours est inscrit dans notre être tout entier. Notre vocation est de vivre de la vie donnée par Dieu. Dans ce temps de confinement, prenons le temps de réactualiser ou mettre à jour les grâces du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie, pour en vivre pleinement.

Enfin, frères et sœurs, au cœur de cette grande fête de la Résurrection du Seigneur, nous prenons dans notre prière toutes les épreuves, les nuits, les deuils et les blessures de l’humanité et de chaque personne humaine, tout spécialement ceux qui sont victimes de cette pandémie et ceux qui se donnent sans compter pour soigner et sauver des vies. Nous les mettons dans la Lumière du Ressuscité afin que tout soit transfiguré par sa victoire, et que le monde soit ainsi renouvelé. L’Évangile de la Résurrection est : dans la crise écologique, une parole d’espérance ; dans la crise sanitaire, une parole de guérison ; dans la crise économique, une parole de sagesse ; dans la crise morale, une parole de vérité ; dans la crise sociale, une parole de fraternité ; dans la crise internationale, une parole de paix. Et si c’était le temps de l’Évangile … ?… pour des transformations salutaires … !
Même s’il faudra attendre encore pour sortir, chantons donc Alleluia ici à la cathédrale, et chez nous à la maison, et chacun dans notre cœur. Le Christ est ressuscité. Il est vainqueur de la mort. Mettons notre foi en Lui ! Il est notre espérance ! et vivons de sa charité !

Amen. Alleluia

Chers frères et sœurs,

Voilà une expérience incontournable dans notre vie : la mort d’un être cher. Un époux ou une épouse, un enfant, notre père, notre mère, un ami, une collègue, un confrère… Dans le moment du deuil, nous prenons le temps d’être là, souvent dans le silence. Nous pleurons, nous prions, nous racontons, nous rions même parfois… Nous manifestons notre affection et notre amitié avec émotion. Puis vient le moment de la mise au tombeau. Instant grave, toujours impressionnant. Les mots nous manquent. Les regards, les gestes, les silences en disent plus long que des paroles maladroites.

Depuis presque 4 semaines, beaucoup de familles dans le deuil sont privées de ces gestes et témoignages d’affection. Déjà qu’elles n’ont pas pu dire adieu à la personne qui rendait difficilement son dernier souffle ! Sans pouvoir rassembler la famille et les amis, les obsèques sont célébrées dans une simplicité et une sobriété bouleversantes, en tout petit comité et à distance les uns des autres.

La liturgie grave et silencieuse du Vendredi-Saint nous invite à rejoindre nos amis et voisins marqués par le deuil, tous ceux qui portent leur lourde croix, qui crient vers le ciel « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Cette liturgie nous introduit aussi plus profondément dans le mystère de la mort de Jésus. Le prophète Isaïe nous décrit le serviteur souffrant : « il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche ». (Is 53,7) Cette préfiguration nous permet de mieux comprendre l’attitude de Jésus qui avance résolument vers sa mort, pas dans une démarche suicidaire, mais dans celle du sacrifice : « ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne »(Jn 10,18). Il ne se débat pas, il n’envoie pas les anges ou les gardes pour le délivrer, il ne répond pas à la violence par la violence, il fait le choix du silence. Il répond à peine au Grand Prêtre et à Pilate.  Et sur la croix, il prononce 7 paroles qui d’ailleurs, ont donné lieu à des œuvres musicales extraordinaires. Ces 7 paroles sont des prières « entre tes mains je remets mon esprit »(Lc 23,46), elles sont aussi des mots de pardon « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »(Lc 23,34), des mots de confiance « Voici ton fils, voici ta Mère » (Jn 19,26-27), des mots d’espérance « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis »(Lc 23,43).

À la fin du magnifique récit de la Passion dans l’Évangile selon saint Jean, nous voyons Joseph d’Arimathie prendre le corps de Jésus et le déposer dans le tombeau. « A l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne […] C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19,41-42). Et selon les autres évangélistes, on va rouler la pierre, et mettre des gardes devant, au cas où il aurait l’intention de sortir. Je revois les magnifiques sculptures Renaissance de la mise au tombeau déjà admirées à Semur-en-Auxois, Châtillon-sur-Seine, Chaumont et aussi dans notre basilique de L’Epine. Chaque fois, les visages de ces personnages grandeur nature expriment tant d’émotion spirituelle : simultanément l’infinie tristesse et la grande espérance.

Le confinement de Jésus dans le tombeau est pour nous tous un temps d’attente croyante. Ce n’est pas la fin de tout. A vue humaine, oui, pour les Apôtres, tout s’écroule. C’est d’ailleurs ce désarroi que ressentent beaucoup de personnes devant la mort d’un être cher, prostrés, là, silencieux devant la tombe où l’on dépose le cercueil. Frères et sœurs, nous le savons, le Seigneur avait annoncé à plusieurs reprises à ses Apôtres qu’il allait mourir et ressusciter : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort, ils le livreront aux nations païennes, qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. » (Mc 10,33-34). Nous savons aussi que plusieurs fois, dans l’Évangile, Jésus offre une parole d’espérance à ceux qui sont frappés par la mort. Ainsi lorsqu’il arrive chez Jaïre dont la fille vient de mourir, il dit « ne pleurez pas ; elle n’est pas morte, elle dort » (Lc 8,53). Et aux amis de Lazare, il dit : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » (Jn 11,11). Dans la gravité de ce jour, dans ce profond silence, nous entendons Jésus, le Verbe éternel, la Parole de Dieu, nous dire à chacun la puissance de sa grâce et nous appeler à un acte de foi. « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11,25-26)

En ce Vendredi-Saint, nous allons vénérer la sainte croix de Jésus. Chez vous, à la maison, grâce à la vidéo, ou si vous nous suivez par la radio seulement, je vous invite à regarder la croix du Seigneur. Elle est là dans votre salon ou votre chambre, elle est là sur l’autel de la cathédrale. Contemplez-la. Regardez Jésus. Et choisissez de vous convertir, de mourir à vous-même et à tous les agissements de l’homme ancien, comme dit saint Paul, pour renaître et revêtir l’homme nouveau ; choisissez de mourir au péché pour vivre de la vie même de Dieu. Vous qui êtes crucifiés par trop d’épreuves, de violence, de mensonges et d’injustice, regardez cette source de vie qui jaillit du cœur de Jésus : « un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19,34). A cette source, puisez toute la force dont vous avez besoin pour avancer et pour formuler votre acte de foi, avec le disciple bienaimé qui écrit : « celui qui a vu rend témoignage et son témoignage est véridique, et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez » (Jn 19,35).

Vendredi-Saint…. Silence sur la terre aujourd’hui, et demain, Samedi-saint. Nous entrons dans le temps de l’Espérance.

Amen

Chers frères et sœurs,

Nous l’avons entendu dans le livre de l’Exode : les hébreux attendaient dans leurs maisons la libération de l’esclavage en Égypte. Selon le commandement du Seigneur, le sang de l’agneau marquant le linteau de leurs maisons fut le signe qui écarta le fléau frappant tout le pays : la dixième plaie d’Égypte.
A nous qui sommes confinés dans nos maisons pour échapper au fléau d’aujourd’hui, ce récit de la Pâque juive apporte quelques lumières en ce Jeudi-Saint où Jésus rassemble les Douze pour le repas de la Pâque. La plaie « covid19 » ne vient pas d’Égypte et ne frappe pas que l’Égypte, mais elle est là, et bien là, dans le monde entier. Nous vivons un temps d’épreuve au cœur d’un monde qui découvre tout à coup qu’il n’est pas tout-puissant. La crise mondiale est venue d’un virus, quelque chose d’infiniment petit : le monde qui courrait avec folie, entretenant toutes sortes d’illusions, détruisant petit-à-petit la planète et la biodiversité, croyant maitriser toutes les techniques et prétendant construire un avenir extraordinaire en se lançant dans le transhumanisme… ce monde s’est presque arrêté de vivre, terrassé par ce petit microbe invisible. Pharaon lui-même se prenait pour le maître du monde, avec ses garde-chiourmes, puis avec son armée, ses chars et ses chevaux. Mais dans la mer, ils furent stoppés net, engloutis, anéantis. Voilà que l’humanité découvre sa vulnérabilité. Oui, nous sommes fragiles.
Avec les philosophes des Lumières, les grandes idéologies marxiste et nazie, puis l’ultra-libéralisme et le règne de l’argent, et le libertarisme, Dieu a été chassé du paysage, tué, déclaré mort. Et l’homme est devenu maître du monde, sans limites de puissance et de jouissance. C’était la tentation d’Adam et Ève ! Benoit XVI déclarait en 2008 (je cite quelques lignes) : « En se débarrassant de Dieu et en n’attendant pas de Lui son salut, l’homme croit pouvoir faire ce qui lui plaît et se présenter comme seule mesure de lui-même et de sa propre action. Mais, quand l’homme élimine Dieu de son propre horizon, qu’il déclare Dieu « mort », est-il vraiment plus heureux ? Devient-il vraiment plus libre ? Quand les hommes se proclament propriétaires absolus d’eux-mêmes et uniques maîtres de la création, peuvent-ils vraiment construire une société où règnent la liberté, la justice et la paix ? N’arrive-t-il pas plutôt – comme nous le démontre amplement la chronique quotidienne – que s’étendent l’arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l’injustice et l’exploitation, la violence dans chacune de ses expressions ? Le point d’arrivée, à la fin, est que l’homme se retrouve plus seul et la société plus divisée et confuse. » Ces propos du Pape émérite sont d’une éminente actualité ! C’est l’épreuve de vérité. Le drame de la Passion se joue encore aujourd’hui dans notre monde. Et Jésus apporte le salut. C’est ce que nous célébrons ce soir, en communion de foi les uns avec les autres, nous qui attendons d’être libérés. Dieu s’est abaissé, anéanti, mis à genoux pour nous remettre debout. Lui, le Maître et Seigneur, lave les pieds de ses disciples ! Lui, le Roi, se fait serviteur ! Lui le Pasteur, devient l’Agneau si fragile conduit à l’abattoir ! Ce n’est pas une histoire du passé, ni une contine pour distraire les enfants. C’est l’Histoire de l’humanité, l’Histoire du salut. Ce soir, en contemplant Jésus à genoux par terre devant ses disciples ou dans la profonde et ténébreuse solitude du jardin des Oliviers, alors que ses propres disciples s’endorment, nous accueillons le grand mystère du salut. C’est la Pâque du Seigneur ! Nous entrons dans le grand silence de l’offrande et du sacrifice où Dieu va mourir pour que nous vivions par sa victoire. Le grand silence du confinement en est une image : nous y percevons le cri des malades ou des personnes âgées, les appels de détresse des soignants et le râle des agonisants. Après le confinement, il faudra revivre, mais d’une façon nouvelle.
Je vous invite tous à vous arrêter dans le silence ce soir chez vous, seul ou en famille. Mettez-vous à genoux, veillez et priez avec Jésus, et tâchez de tenir, pourquoi pas, une heure avec Lui, sans vous endormir comme Jacques et Jean. Offrez à Dieu cette souffrance, l’angoisse des malades et des pauvres qui subissent de plein fouet l’épidémie et ses conséquences. Faites silence ce soir. Entrez dans la Passion. Donnez votre vie. Faites cette offrande « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » !
Et dans ce silence, redites au Seigneur votre acte de foi en sa présence. Certes nous vivons une sorte de famine eucharistique, ou au moins, un jeûne prolongé. Je sais votre souffrance de ne pouvoir vous rassembler ni communier. Il ne faudrait pas perdre le goût de cet aliment spirituel, le pain de la Vie éternelle. Je souhaite que ce jeûne forcé, qui va durer encore, fortifie et fasse grandir en vous la foi dans la présence réelle du Seigneur dans le pain et le vin consacrés. On est tellement dans la routine, avouons-le, on communie sans se poser de questions et sans que cela change véritablement notre vie. On ne sait même plus s’agenouiller devant ce mystère. On fait un geste banal avec des mains maladroites, on va à la messe quand on a le temps …. Et pourtant, le Seigneur Jésus est bien là : « ceci est mon corps » « ceci est mon sang ». Ce n’est pas un spectacle, un mime, une reconstitution, ou même un rite, une tradition, encore moins une dérive ou un délire. C’est une anamnèse : aujourd’hui, Jésus donne sa vie pour toi ! Saint Paul nous le dit : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Même si nous ne pouvons pas tous communier, Il est là, bien présent au milieu de nous. Il se donne à nous.

J’offre la célébration de la messe pour vous tous ce soir. Et je vous invite à communier spirituellement, à adorer dans le silence de votre chambre, à demander au Seigneur son amour infini, à lui exprimer votre faim, à lui rendre grâce pour ses bienfaits. Et vous qui êtes comme des brebis sans berger, dites merci aux prêtres, consacrés pour rendre Jésus présent dans l’Eucharistie : ce sont eux qui vous donnent son Corps et son Sang et qui donnent leur vie pour vous. Eux aussi souffrent, vous savez, d’être comme des bergers sans brebis.

Dites aussi merci aux diacres, consacrés pour rendre Jésus présent dans le service fraternel.
Jeudi-Saint…. Dans 3 jours, nous chanterons la résurrection, avec les cloches de nos églises à grande volée. Même si le confinement doit encore durer, je ne doute pas que ces célébrations si particulières nous fortifieront pour une vraie résurrection de notre vie chrétienne, familiale, paroissiale, sociale, un vrai renouveau de nos cœurs pour répondre à notre vocation de disciples missionnaires.

Amen.

Chers frères et sœurs,

« Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Les rues de Jérusalem étaient pleines pour acclamer le Roi qui entrait dans la ville !

Elle est bien vide, notre cathédrale, c’est très impressionnant. Et pourtant, avec vous tous qui êtes confinés à la maison, ici dans la Marne ou ailleurs en France et dans le monde, à Châtillon sur Seine par exemple, et qui suivez la retransmission sur internet, facebook ou RCF, la même acclamation a retenti sous les voûtes magnifiques de notre église-mère. D’une façon très mystérieuse, je vous entendais chanter avec nous 4 lors de la procession d’entrée. Nous sommes réunis dans la prière, chacun avec le poids de la souffrance et de l’inquiétude, mais aussi avec la lumière de l’espérance chrétienne.

Nous entrons dans la Semaine Sainte, après un Carême bien particulier. Dès la 3è semaine, le confinement demandé à toute la population française nous a fait vivre une expérience de désert inouïe (pas encore 40 jours, mais ça pourrait venir !) : davantage de silence dans les rues et les cours de récréation, percé toutefois par les cris de douleur des malades et des mourants, et par les appels de détresse des soignants … une fraternité qui a pris un visage plus concret dans les multiples services à rendre pour faire les courses des personnes âgées ou accueillir les enfants du personnel médical ou d’autres personnes obligées de se rendre au travail… et aussi la privation des réunions, des assemblées et des sacrements, de nos équipes de lectio divina « A la table de la Parole », de nos chemins de croix le vendredi après-midi. Les catéchumènes appelés n’ont pu célébrer les scrutins et voient leur baptême reporté à la Pentecôte, si tout va bien. Je veux leur redire ici, en complément de ma vidéo, combien je pense à eux tout particulièrement.

Beaucoup de textes, prières, méditations circulent sur internet. Et c’est bien. Beaucoup de témoignages d’amitié aussi. C’est bien. Nos smartphones sont en surchauffe. Grande activité tout de même dans ce désert du confinement.

Ce Dimanche des Rameaux est pour nous le moment de nous arrêter un peu pour prendre du recul et regarder comment nous vivons ce temps exceptionnel, et comment nous pouvons vivre cette Semaine Sainte hors norme : n’est-ce pas l’occasion de nous demander quel rôle nous tenons dans le récit de la Passion … et donc dans le drame de souffrance et de mort que vit notre humanité aujourd’hui ?

  • Suis-je Judas qui ai trahi mon Maître et Seigneur en faisant mine de l’embrasser : après tout, derrière ma façade de disciple fidèle, peut-être que je m’accommode assez bien de ce manque de messe et de confession ?
  • Suis-je dans la foule, un de ceux qui hurlent et crachent : c’est facile de hurler sur les autorités, les institutions, et aussi sur l’Église, notre Église ?
  • Suis-je comme Pilate, en train de me laver les mains dans mon indifférence devant l’injustice et la souffrance, continuant ma petite vie bien tranquille chez moi comme si de rien n’était ? Et restant dans le déni devant la gravité de la situation … ?
  • Ou suis-je Simon de Cyrène, portant la croix des autres, me portant même volontaire, pourquoi pas, pour rendre service, venir en aide, soutenir les soignants… il y a tellement d’appels à saisir dans le cadre de cette mobilisation générale.
  • Suis-je Jacques ou Jean qui me suis endormi : spirituellement, je me suis peut-être mis en sourdine, en pause… et concrètement, j’ai tiré les volets un peu trop et je n’entends plus, je n’écoute plus les appels à l’aide …mais il ne faudrait pas que ça dure, je risquerais de ne pas me réveiller !
  • Suis-je Pierre qui jure de ne jamais laisser tomber Jésus et qui le renie pourtant à 3 reprises, qui recule devant les obstacles, les prises de parole courageuses, les actes de bravoure et de dévouement ?

Je le crois, cette période, avec ses souffrances et ses deuils, nous permettra providentiellement de renaître à une vie nouvelle. Et l’humilité sera nécessaire à tous et à chacun, et à la collectivité tout entière, pour repartir sur des bases saines, sans se croire si solide et si puissant. Il faudra être vigilants pour garder les réflexes de service et de solidarité, approfondir le sens de l’engagement social et civique, d’autant plus nécessaire que cette crise est et sera aussi sociale et économique. Il nous faudra aussi reprendre le chemin de nos assemblées, redécouvrir le goût et donc la foi en l’Eucharistie, présence réelle du Seigneur Jésus. Sans oublier de nous émerveiller ensemble devant la beauté de la famille, la dignité de la vie humaine à protéger et à sauver quoi qu’il en coûte.

Et je voudrais lancer un vibrant appel au cœur de cette liturgie : nous devons veiller au contact avec les personnes âgées, tout spécialement dans les EHPAD. Leur isolement est très lourd. Un véritable drame est à notre porte. Le téléphone existe. Mais aussi parfois des tablettes mises à disposition par le Département. Prenons du temps avec nos anciens.

Frères et Sœurs, cette Semaine Sainte, vivez-la saintement, non seulement par la prière et la liturgie le mieux possible, grâce aux retransmissions, mais aussi par la charité active en portant la croix de Jésus, la croix de l’humanité souffrante, la croix de nos malades et de nos soignants, la croix des mourants et de leurs familles.

Que vous en ayez aujourd’hui, ou plus tard après le confinement, accrochez les rameaux sur la croix que vous avez chez vous : ce n’est pas un gri-gri mais dites ainsi que la croix n’est pas qu’un gibet, elle est l’arbre de la vie ! Et ainsi préparons-nous à recevoir toutes les grâces de la résurrection.

Amen.

« Sois sans crainte, tu as trouvé grâce auprès de Dieu »

Des mots qui résonnent de façon curieuse, alors qu’angoisse, peur, inquiétude nous habitent. Nous découvrons l’ampleur du mal qui frappe des milliers de personnes, et aussi des soignants qui montent au front, tels de valeureux soldats sur le champ de bataille.

A nous, il est seulement demandé de rester à la maison. Certes, c’est un grand bouleversement par rapport à nos modes de vie en famille, en société, au travail, à l’école. Il nous faut apprendre de nouveaux comportements. Ça va durer.

Même pour notre vie de prière, la nourriture spirituelle, la vie sacramentelle. Que de renoncements, y compris pour la Semaine Sainte à venir. C’est du jamais vu !

« Sois sans crainte »

La salutation de l’Ange que nous reprenons dans le chapelet « je vous salue Marie » nous invite à redoubler de confiance en Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi » répond-il à Marie qui demande « comment cela va-t-il se faire ? » les circonstances actuelles, si douloureuses soient-elles, nous invitent à redire notre foi au Dieu vivant, à Jésus Sauveur, à l’Esprit Consolateur.

Et si au moins, cette crise sanitaire, en plus de conduire à un examen lucide des choix politiques des dernières décennies et à une juste remise en question des prétentions humaines soi-disant modernes…, si cette crise pouvait provoquer en nous un sursaut, un déclic, une conversion !

Tiens, tiens, …on entend parler d’épidémie et de mort …et on se remet à prier…et on fait davantage attention au prochain…, et on renforce la solidarité entre tous…il faudra continuer après, quand on sortira de chez nous. Une fois les retrouvailles célébrées, il faudra comme pour des gestes d’hygiène, pour les circuits commerciaux, la vie de famille, …il faudra poursuivre et renforcer ce retour à Dieu.

Souvent les efforts de Carême retombent vite… là notre Carême très spécial devra continuer de porter du fruit.

« Sois sans crainte » …pourquoi ?

« Le Seigneur est avec toi ».

Cette fête de l’Annonciation nous permet d’accueillir ensemble l’Evangile, la Bonne Nouvelle. Pas beaucoup de bonnes nouvelles à la télévision en ce moment ! Nous avons cette Bonne Nouvelle à dire et à redire : Dieu est avec nous. Emmanuel !

Cet Evangile, nous l’offrons au monde, aux malades, aux mourants, aux soignants. C’est une parole d’espérance car Dieu a vaincu la mort. Jésus est ressuscité !

Prenons le relais de l’Ange Gabriel et annonçons cette nouvelle, disons notre foi, invitons à la prière et aux rencontres sur les réseaux.

Témoignons dans nos conversations téléphoniques, nos textos et nos échanges.

Chers amis, la tradition locale nous rapporte qu’il 620 ans, le 25 mars 1400, des bergers trouvèrent la statue de ND de l’Epine. Depuis, les pèlerins viennent de partout en pèlerinage.

En 1793, cette statue a été cachée pour échapper au pillage révolutionnaire.

En 1914, la basilique a été épargnée grâce à la foi du Capitaine d’Hangouwart qui au lieu d’exécuter l’ordre de la détruire, est venu y prier.

Ces jours-ci nous nous sommes tournés vers Elle, notre protectrice, notre Mère. Et nous continuerons chacun, au-delà de cette neuvaine.

Que Marie de Nazareth nous apprenne à écouter les appels du Seigneur, à y répondre avec foi et générosité, à donner au monde en souffrance l’Emmanuel, Dieu avec nous, à l’instar des Filles de la Charité, les Sœurs de St Vincent de Paul qui renouvellent aujourd’hui, comme chaque année le 25 mars leurs vœux religieux, les Sœurs de l’Annonciation de Bobo Dioulasso, et les Sœurs de Bon Secours dont la congrégation fut fondée le 25 mars 1840.

Toutes, elles nous disent aussi que, annoncer l’Evangile, c’est selon les mots de St Vincent de Paul « savoir quitter Dieu pour Dieu », c’est-à-dire : quitter la prière pour servir les pauvres.

Et si nous étions tous des Filles et Fils de la Charité ? ! des frères et des Sœurs de Bon Secours ? des frères et des Sœurs de l’Annonciation ?

Amen.

Chers frères et sœurs,

Pourquoi Dieu impose-t-il au peuple de l’Exode, à peine libéré des eaux de la Mer Rouge, le passage par « le grand et terrible désert » sur la route vers la Terre promise (Dt 1,19) ? Pourquoi dans les évangiles, l’Esprit Saint pousse-t-il Jésus au désert, avant qu’il ne commence sa prédication (Mc 1,12) ? Pourquoi faut-il que, chaque année, pendant le temps du Carême, l’Église entraîne les baptisés et les catéchumènes dans le désert avant de célébrer la Pâque du Christ ?

Laissons de côté les visions romantiques qui transforment le désert en un lieu de haute et belle inspiration poétique. Laissons aussi les magnifiques émotions d’Ernest Psichari dans « le voyage du centurion ». Dans la Bible, le désert s’impose aux hommes comme une terre ingrate, stérile (Is 6,11), chaotique (Jr 2,6), repère de bêtes sauvages et de démons (Is 13,21). Le désert, terre du dénuement et de la soif, est le lieu d’une redoutable épreuve. Il prend les airs d’une malédiction. Le passage par le désert est une expérience rude pour les croyants.

Le peuple de l’Exode va pourtant séjourner 40 années dans le désert hostile. Jésus habitera le désert pendant 40 jours dans des conditions extrêmes. Et nous sommes appelés, nous aussi, à persévérer 40 jours dans le désert symbolique du Carême. En quoi ce passage au désert est-il, aux yeux de Dieu, un passage nécessaire pour les croyants ? Quel sens ce passage a-t-il pour les catéchumènes à quelques semaines de leur baptême célébré pendant la vigile pascale ? Qu’est-ce donc qui est en jeu dans cette traversée spirituelle ? Que nous dit-elle de décisif sur notre humanité et notre vie chrétienne ?

Dans l’immensité du désert, l’homme s’éprouve démuni. Il se sent particulièrement vulnérable et petit. Dans ce monde étrange et vide, il perd ses repères et ses points d’appui. Il est comme mis à nu et prend conscience de sa solitude. Il ne peut plus échapper à sa pauvreté. Et cette confrontation lui fait souvent peur. Pensons à toutes nos expériences personnelles où nous avons éprouvé nos limites, nos échecs, notre pauvreté, notre mortalité… On parle de « traversée du désert », n’est-ce pas ? Expérience éprouvante de notre propre finitude. Inquiétude insupportable, qui peut nous conduire à des voies sans issue ou à l’illusion de pouvoir être délivré de la fragilité.

Ce fut l’expérience des fils d’Israël qui récriminaient contre Moïse à cause de la faim et de la soif. Le peuple n’oublie pas qu’en Égypte, il était réduit en esclavage, mais, enfin, il avait de quoi manger ! Israël est tenté de préférer l’esclavage à sa liberté … le prix de celle-ci lui semble trop cher à payer. Il est tenté aussi d’adorer des idoles. Il se prosterne devant un veau d’or, un dieu misérable remplaçant. Et il espère que ce dieu marchera devant lui pour le sortir enfin du désert. Il cède à la tentation de se révolter contre Dieu, de choisir et d’adorer un autre dieu, de regretter le passé et de faire marche arrière. Mais ce ne sont là que des mirages !

Expérience que Jésus vit lui aussi : dans le désert, Satan tente de le séduire. D’une certaine manière, Jésus revit symboliquement la traversée de l’Exode. Le tentateur cherche à lui faire miroiter, tel un mirage, le rêve d’échapper à sa condition humaine bien difficile, marquée par la faim, la soif, le manque et la pauvreté. S’il est vraiment le Fils de Dieu, ne mérite-t-il pas la toute-puissance et la gloire ? Tout cela, le diable prétend lui offrir à condition qu’il se prosterne devant lui. Mais, Jésus refuse de tomber dans le piège.

Confrontés au désert dans nos vies si fragiles, nous connaissons nous aussi les tentations d’en finir avec les limites de l’existence humaine. Parfois nous refusons de vivre, nous régressons ou nous nous abandonnons à des forces illusoires qui prétendent nous extraire de nos difficultés. À l’image du peuple hébreu au désert, nous crions notre misère, nous nous révoltons contre Dieu, nous nous tournons vers des idoles, nous nous évadons dans toutes sortes de fuites ou d’addictions. Comme pour Jésus dans l’Évangile, Satan renouvelle sous de multiples formes sa proposition de nous transformer en petits dieux sans limites.

L’épreuve du désert nous place devant un appel exigeant : accepter que nous ne sommes pas Dieu et que nous avons besoin de Lui, car tout vient de Lui. Le temps du Carême nous invite à la conversion : c’est le temps favorable pour quitter notre orgueil, nos désirs d’immortalité́ et de toute-puissance, et pour nous laisser accompagner par Dieu dans notre vie.

Chers catéchumènes, comme je vous l’ai écrit à chacun, je vais vous appeler aujourd’hui. Et dans 40 jours, au terme de ce Carême, vous serez baptisés, plongés dans l’eau de la mort pour en ressortir vivants en Jésus-Christ. Vous serez unis à Lui qui est passé par le désert du mal et de la mort et qui nous ouvre à la vie éternelle. Vous recevrez le pardon de tout péché. Vous serez lavés, purifiés. Et vous ressemblerez à Jésus.

Chaque jour, unis dans l’Église, les baptisés se laissent transformer par l’amour du Christ, plus grand que leurs haines, leurs fautes et leurs infidélités. Par la marque de l’Esprit Saint reçue dans le sacrement de la Confirmation, qui leur donne le courage et la force de vivre en témoins, ils sont envoyés dans le monde pour annoncer la victoire de Dieu sur la mort. Chaque dimanche, les baptisés se nourrissent de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Ils deviennent un seul corps, l’Église, Corps du Christ.

L’espérance, enracinée dans la foi reçue au Baptême, donne aux chrétiens le courage de traverser les déserts de chaque jour. Elle leur donne la force d’accepter leurs limites et de reconnaître, dans leur pauvreté, la présence du Seigneur. Il est l’ami fidèle qui les guide vers la Terre promise de la vie éternelle.

Peut-être avez-vous connu cette grâce de croiser un jour quelqu’un qui vient de traverser le désert de la maladie, du chômage ou de la solitude. Vous auriez parié que, face à l’épreuve, il aurait fini abattu, démissionnant, ne croyant plus à rien ni à personne tant l’épreuve était rude, bouleversante, insensée. Et vous le voyez maintenant, marqué encore, certes, par la dureté de la traversée du désert. Mais c’est comme une autre densité de vie, une nouvelle et mystérieuse clarté dans l’existence, un renouveau de la foi, plus profonde, plus lucide et plus courageuse. Une vraie résurrection.

Cette expérience de la renaissance de la vie grâce à Dieu, je l’ai lue dans certaines de vos lettres, et je me suis émerveillé devant la puissance de l’Esprit-Saint à l’œuvre dans vos vies. En ce temps de Carême, temps du désert, avec l’Église, vous voici invités à scruter votre existence pour y reconnaître vos limites et ce qui doit être guéri en vous. Nous vous accompagnons dans la préparation de vos cœurs. Nous prions pour vous. Accueillez le Christ mort et ressuscité qui vient vous libérer du pouvoir du mal et de la mort, et vous faire vivre de sa vie pour toujours.

Bonne marche dans le désert vers Pâques ! Amen.

Fête de Saint Vincent – Samedi 18 janvier 2020 – Épernay

Mesdames, messieurs, Chers amis, chers frères et sœurs, chers confrères et consoeurs,

C’est une joie immense pour moi d’être présent aujourd’hui pour cette grande et belle fête de Saint Vincent qui rassemble toutes les confréries. Moi-même, venu de Bourgogne il y a 4 ans pour être votre évêque, suis tellement heureux de retrouver ici cette noble tradition populaire, comme j’aime le faire aussi dans les villages. Le vin, ici, recèle des accents exceptionnels, peu familiers aux bourguignons, et il donne aux retrouvailles, aux fêtes familiales, aux réceptions officielles, un accent tout particulier. Je ne peux, vous me pardonnerez, délaisser les Chambertin, Corton, Pommard ou Meursault dont les noms prestigieux résonnent aussi dans le monde entier, mais très différemment. En tant qu’ambassadeur des vins de Champagne, puisque l’archiconfrérie m’a fait l’honneur de m’admettre en son sein il y a 2 ans, je ne manque pas une occasion, je vous assure, de vanter la grandeur et la royauté du Champagne.

Si les vendanges de cette année ont été très intéressantes, malgré les gelées tardives et les très fortes chaleurs de l’été, le climat social dans notre cher pays a été nettement moins bon, et nous ne savons toujours pas quelle sera la vendange en ce domaine…Voilà 14 mois que l’agitation, les tensions et aussi la violence se sont installées, souvent de façon bien désolante et déplorable. La crise sociale est profonde, le dialogue difficile voire impossible, les mesures annoncées ou décidées semblent impuissantes pour apaiser. Le peuple est en révolte, et il importe que chacun, dans le cadre de ses responsabilités, prenne le temps d’écouter, de comprendre pourquoi, et de chercher comment contribuer à davantage de fraternité. Partout, on nous parle de solidarité, de dialogue, de cohésion, de partage, de tolérance, et il semble que l’esprit d’une véritable fraternité soit en train de nous échapper.

Certes, il y a des différences parce que nous n’avons pas la même histoire, la même éducation, la même culture. Et pourtant, nous sommes capables, comme à toutes les étapes de l’Histoire de France, l’histoire de nos villages et de nos familles, de nous réunir pour parler, nous soutenir et construire ensemble. La fête de Saint Vincent en est une belle illustration. Nous n’avons pas les mêmes parcelles, les mêmes superficies, nous ne travaillons pas tous la vigne de la même façon, nous sommes propriétaires, récoltants, manipulants, négociants, l’un ou l’autre, l’un et l’autre, nous sommes héritiers d’une longue lignée ou installés plus récemment, … nous voici rassemblés les uns les autres dans cette église Notre-Dame d’Épernay après le grand défilé dans l’avenue de Champagne sous nos bannières et statues du même saint. Nous formons une et une seule assemblée pour vivre en communion un moment important de notre fête de Saint-Vincent, celui de la messe pendant laquelle nous écoutons le même Évangile et pouvons recevoir le Corps du Christ en nourriture et son Sang en boisson, si nous y sommes prêts intérieurement. Cet instant est celui de la fraternité véritable, construite autour de Jésus le Sauveur, et enracinée dans la foi des Apôtres transmise de génération en génération dans nos familles. Les chrétiens que nous sommes, pour la plupart je pense, devons relever ce défi de la fraternité au cœur d’une société où les liens se délitent, chacun tirant la couverture à soi et cherchant ses intérêts particuliers. Nous avons entendu le prophète Isaïe nous rappeler la promesse de Dieu qui est d’établir cette fraternité solide et durable. Pour l’exprimer, le Seigneur nous donne l’image d’un loup et d’un agneau réunis, d’un léopard et d’un chevreau couchés près l’un de l’autre, du veau et du lionceau nourris ensemble conduits par un petit garçon, de la vache et l’ourse dans la même pâture, du nourrisson jouant sur le nid du cobra ou le trou de la vipère… Vous avez entendu ! impensable à vue humaine, et pourtant c’est la promesse de Dieu. Nous qui sommes tantôt un agneau tantôt un loup, tantôt un nourrisson tantôt une vipère, comment allons-nous relever ce défi de la fraternité ? Alors que la crise écologique révèle notre responsabilité dans la dégradation de la planète et génère des mouvements de désespoir et de catastrophisme, … alors que le Parlement étudie un projet de loi qui va, dans un déni incroyable de la réalité de la sexualité et de la procréation, détricoter tout le lien familial des vraies paternité et maternité, … alors que les débats actuels sur les retraites révèlent des manquements à la véritable solidarité entre générations, nous sommes invités à nous engager résolument pour travailler ensemble à la vigne du Seigneur, dans la recherche du Bien commun. Il nous faut pour cela puiser dans le trésor de la foi chrétienne qui est une parole de salut, de délivrance, de libération. Nous croyons que Jésus, Dieu parmi nous, est mort sur la Croix pour le pardon des péchés. Nous croyons que, par sa résurrection au matin de Pâques, il nous ouvre les portes de la vie éternelle, là où le loup et l’agneau sont réunis, où l’enfant joue sur le trou de la vipère. Frères et sœurs, notre passion commune pour le vin de Champagne nous démontre la capacité de tous et de chacun à travailler ensemble pour le bien commun et pour une vie plus fraternelle. Les forces humaines ne suffiront pas, les plans politiques, les mesures sociales, les allocations de toutes sortes, ne suffiront pas à apporter cette fraternité durable. L’Évangile est la Lumière à déployer pour éclairer tous ceux qui doutent et désespèrent. Cette Parole de Dieu est semée dans les cœurs, nous venons de l’entendre. Il y a des cœurs tendres prêts à l’accueillir, mais aussi des cœurs pleins d’épines ou de rocailles… le vigneron chrétien ne fait pas un Champagne chrétien meilleur que les autres, mais, éclairé par l’Évangile et fortifié par sa prière et le soutien de l’Église, il va travailler sa vigne, fait vivre sa famille, participe à la vie coopérative, favorise l’entraide, nourrit le dialogue, dénonce les injustices, protège la création de Dieu… c’est cela la fraternité dont notre société a soif. Un défi à la portée de chacun, de chaque personne de bonne volonté. Pas à coup de volontarisme et de prétention, mais avec humilité et pauvreté pour nous laisser conduire par le Seigneur.

Pour conclure en évoquant le sacrement de l’Eucharistie que nous allons maintenant célébrer, je voudrais évoquer 2 points : tout d’abord, très simplement rapidement mon récent voyage au Vietnam, en visite chez les religieuses qui ont établi une communauté ici à Épernay en 2011. Les catholiques vietnamiens qui n’ont pas de sécurité sociale ni de retraite ni le droit de grève, vivent sous un régime communiste de surveillance étroite après que leurs aïeux ont vécu le sang, le lavage de cerveau et la mort. Ils ont gardé la foi, chevillée au corps. Et nous, volant dans le grand vent de la liberté et du bonheur éphémère, avons tout laissé tomber. Et on s’étonne ! Quelle espérance chez les catholiques du Vietnam, quelle ferveur, des vocations en très grand nombre, les enfants et les jeunes proclamant la foi et participant à la messe dans des églises pleines…. J’évoque aussi le Père Albert Mathieu dont je célébrais les obsèques ce matin. Ambassadeur des vins de Champagne, grand érudit, conteur inimitable de l’Histoire du Champagne, ancien curé de Pierry et Moussy. Il écrivait le soir de son ordination en 1948 : « demain ce sera la 1è messe, le cœur à cœur avec la voix de Dieu, l’hostie mon corps, le vin mon sang. Que ce soit la concrétisation de mon ordination, de mon sacrifice ». Il disait ainsi sa foi en l’Eucharistie, présence réelle du Seigneur, Pain de vie éternelle et vin du Royaume. Il formulait ainsi le don de lui-même en imitant Jésus et faisant de son corps, de sa vie toute entière, un vin précieux de charité. Il doit sourire de là-Haut, lui qui peut goûter le vin de la charité divine, le vin de l’éternité. Même lui nous dit aujourd’hui, j’en suis certain, que ce vin est encore bien meilleur que le Champagne ! Il nous apprenait à nous approcher avec foi de ce grand mystère qui nourrit notre vie et lui donne tout son sens.

Que saint Vincent nous apprenne à recevoir notre vie de Dieu et à la donner aux autres. Ainsi nous porterons du fruit pour une vendange de charité sur le monde entier. Amen.